Telemarket : voilà, c’est (presque) fini ! Et c’est normal

LES FAITS. En difficultés chroniques depuis de nombreuses années, Telemarket a été placé en redressement judiciaire.
Mardi dernier, le Tribunal de Bobigny a donc laissé un petit mois de sursis à Telemarket, placé en redressement judiciaire. Mais la suite de l’histoire est déjà écrite… Qui peut réellement se présenter en sauveur d’une entreprise où il n’y a rien à sauver ? Depuis des années, Telemarket est l’ombre d’une entreprise (y compris socialement…) sur l’ombre d’un marché.
En près de 30 ans,
jamais un sou de bénéfice
Le marché d’abord ? Quasi-inexistant. Le surcoût généré par la livraison limite de facto le potentiel à quelques rares consommateurs plus qu’aisés. D’ailleurs, les chiffres sont cruels : moins de 350 millions d’euros pour la livraison à domicile lorsque le drive, pourtant autrement plus récent,    terminera l’année à presque dix fois plus. Le tout à rapprocher d’un marché alimentaire qui dépasse plus qu’allègrement les 100 milliards.
L’entreprise ensuite… En presque 30 ans d’activité, Telemarket n’a jamais achevé un exercice bénéficiaire. Un exploit ! Seule la foi ou les moyens de ses propriétaires successifs l’ont maintenu en survie. Sans doute par aveuglement. Peut-être aussi, et il ne faut pas le négliger, par la fierté mal placée d’une pseudo-modernité commerciale. Au tournant du siècle, l’e-épicerie était un must : Carrefour développait Ooshop (créé par Promodès) à coup de milliards ; Houra livrait tout le territoire, de la campagne gersoise jusqu’aux cimes alpines ! Et les boursiers sanctionnaient les enseignes absentes du web alimentaire. Sans doute pas un hasard, le premier à quitter ce navire qui ne sortirait pas (ou si peu) la proue de l’eau fût un certain… Jean-Charles Naouri, rarement en retard d’une vision. Cmescourses quitta ainsi la scène dès 2002.
L’acheteur,
toujours plus malin que le vendeur !
En 2011, l’intérêt de Système U pour Telemarket étonna. Mais Serge Papin, en prêcheur, emporta la quasi-unanimité des administrateurs de son groupement. Un seul vota contre. Telemarket était l’arme ultime pour… conquérir Paris. La reprise en main, l’amélioration des conditions d’achat, la force de la marque « U », les arguments ne manquaient pas ! Même le montant de la transaction, inférieur à 10 % du chiffre d’affaires, devait servir la démonstration. En fait, comme souvent en pareille      circonstance, l’acheteur se pensait alors plus malin que le vendeur (c’était même le titre de la TRIBUNE GRANDE CONSO consacrée à ce rachat en mai 2011). Si classique…
Système U déchanta rapidement. L’activité chuta en 2011 (49 millions d’euros de CA), éloignant encore la perspective de rentabilité. Mais sans faire trembler les convictions des nouveaux propriétaires, toujours convaincus (au moins publiquement…). 2012 doucha leurs espérances avec un nouveau recul : – 30 % à 37 millions d’euros et une perte supérieure à 5 millions de source syndicale. Désormais, l’hypothétique foi des U ne pouvait suffire… L’heure de «remettre au pot» avait sonné pour sauver Telemarket. Sept millions précisément. Tout à fait accessible pour une enseigne dont la santé est avérée. Sauf, qu’entre temps, Système U a visiblement perdu la foi. Et a démontré, à son corps défendant, qu’un modèle non rentable n’est jamais tenable. Ce qui est finalement juste… normal.
Olivier Dauvers

TGC 1LES FAITS. En difficultés chroniques depuis de nombreuses années, Telemarket a été placé en redressement judiciaire.

Mardi dernier, le Tribunal de Bobigny a donc laissé un petit mois de sursis à Telemarket, placé en redressement judiciaire. Mais la suite de l’histoire est déjà écrite… Qui peut réellement se présenter en sauveur d’une entreprise où il n’y a rien à sauver ? Depuis des années, Telemarket est l’ombre d’une entreprise (y compris socialement…) sur l’ombre d’un marché.

En près de 30 ans, jamais un sou de bénéfice

Le marché d’abord ? Quasi-inexistant. Le surcoût généré par la livraison limite de facto le potentiel à quelques rares consommateurs plus qu’aisés. D’ailleurs, les chiffres sont cruels : moins de 350 millions d’euros pour la livraison à domicile lorsque le drive, pourtant autrement plus récent,    terminera l’année à presque dix fois plus. Le tout à rapprocher d’un marché alimentaire qui dépasse plus qu’allègrement les 100 milliards.

L’entreprise ensuite… En presque 30 ans d’activité, Telemarket n’a jamais achevé un exercice bénéficiaire. Un exploit ! Seule la foi ou les moyens de ses propriétaires successifs l’ont maintenu en survie. Sans doute par aveuglement. Peut-être aussi, et il ne faut pas le négliger, par la fierté mal placée d’une pseudo-modernité commerciale. Au tournant du siècle, l’e-épicerie était un must : Carrefour développait Ooshop (créé par Promodès) à coup de milliards ; Houra livrait tout le territoire, de la campagne gersoise jusqu’aux cimes alpines ! Et les boursiers sanctionnaient les enseignes absentes du web alimentaire. Sans doute pas un hasard, le premier à quitter ce navire qui ne sortirait pas (ou si peu) la proue de l’eau fût un certain… Jean-Charles Naouri, rarement en retard d’une vision. Cmescourses quitta ainsi la scène dès 2002.

L’acheteur, toujours plus malin que le vendeur !

En 2011, l’intérêt de Système U pour Telemarket étonna. Mais Serge Papin, en prêcheur, emporta la quasi-unanimité des administrateurs de son groupement. Un seul vota contre. Telemarket était l’arme ultime pour… conquérir Paris. La reprise en main, l’amélioration des conditions d’achat, la force de la marque « U », les arguments ne manquaient pas ! Même le montant de la transaction, inférieur à 10 % du chiffre d’affaires, devait servir la démonstration. En fait, comme souvent en pareille circonstance, l’acheteur se pensait alors plus malin que le vendeur (c’était même le titre de la TRIBUNE GRANDE CONSO consacrée à ce rachat en mai 2011). Si classique…

Système U déchanta rapidement. L’activité chuta en 2011 (49 millions d’euros de CA), éloignant encore la perspective de rentabilité. Mais sans faire trembler les convictions des nouveaux propriétaires, toujours convaincus (au moins publiquement…). 2012 doucha leurs espérances avec un nouveau recul : – 30 % à 37 millions d’euros et une perte supérieure à 5 millions de source syndicale. Désormais, l’hypothétique foi des U ne pouvait suffire… L’heure de «remettre au pot» avait sonné pour sauver Telemarket. Sept millions précisément. Tout à fait accessible pour une enseigne dont la santé est avérée. Sauf, qu’entre temps, Système U a visiblement perdu la foi. Et a démontré, à son corps défendant, qu’un modèle non rentable n’est jamais tenable. Ce qui est finalement juste… normal.

Olivier Dauvers

Guillaume (small)-BDGuillaume Darasse, DG de Système U et de Telemarket

“Les perspectives de rentabilité étaient trop lointaines”

Moins d’une semaine après la mise en redressement judiciaire de Telemarket, interview exclusive de Guillaume Darasse, le DG de Système U et de sa filiale de livraison à domicile. Il revient sur les raisons de l’échec et les enseignements plus généraux qu’il faut en tirer pour ce marché.

Telemarket est en redressement judiciaire depuis le 30 avril. Comment l’expliquer ?

Hélas très simplement… Il y a d’un côté les difficultés structurelles auxquelles l’enseigne a été confrontées et, de l’autre, la situation difficile du début d’année avec un lourd conflit social. Face à cela, Système U a estimé que les perspectives de rentabilité était désormais trop lointaines et finalement trop aléatoires pour justifier d’un nouvel investissement. N’oubliez pas que nous sommes un groupement d’indépendants où nous sommes comptables des engagements de la centrale devant ses membres, et non un groupe intégré qui aurait pu, pourquoi pas, considérer Telemarket comme un laboratoire.

Au-delà, quelle analyse portez-vous sur ce qui est finalement un échec pour Système U ?

Soyons francs… Oui, nous avons fait une erreur d’appréciation sur cette activité en général et sur cette affaire en particulier. La livraison à domicile est un métier difficile, très difficile même, avec un point économiquement crucial : le dernier kilomètre. Après optimisation, livrer un panier moyen de 150 € coûte quasiment 16 €. Soit plus de 10 %. L’expérience nous montre que nous ne sommes capables de répercuter directement au client que 45 %. Le reste doit donc « passer » dans les prix, avec le risque d’être déphasé, voire de desservir l’enseigne à laquelle on se réfère, « U » nous concernant.

Est-ce à dire que le modèle de la livraison alimentaire à domicile vous paraît difficilement viable ?

L’expérience nous le montre, la situation de nos concurrents aussi sur ce que j’en sais… En raison de ce coût logistique, l’atteinte du point mort impose une exécution opérationnelle parfaite. Considérant que cette perfection est quand même difficile à atteindre en tout point, c’est le modèle de « pure player » sur le web marchand qui est remis en cause. D’ailleurs, regardez les stratégies des grands acteurs, Amazon au premier chef. Ils développent des revenus annexes, précisément pour compenser la difficulté à rentabiliser leur cœur de business.

Quels types de revenus ?

Ils sont de trois ordres : l’ouverture d’une place de marché (qui permet de prendre une commission sur les ventes réalisées par des commerçants tiers) ; la monétisation de l’audience comme le ferait une régie ; ou encore le développement de web-services. Le e-commerçant conçoit et gère alors des sites en marque blanche pour le compte d’autres enseignes. Regardez le compte d’exploitation d’Amazon… Il est très instructif sur la part de ces web-services.

Vous évoquiez vos concurrents. Houra annonce être bénéficiaire, de l’ordre de un million d’euros pour un peu plus de 80 millions de chiffre d’affaires. C’est donc possible d’atteindre le point mort sur son métier d’origine, sans imaginer d’autres sources de revenus…

C’est un fait, mais le niveau de prix de U Telemarket était notablement plus agressif que celui de Houra !

Qu’en conclure ? Que pour être rentable, il faut adresser le marché à un haut niveau de prix ?

Visiblement oui. Mais ça restreint automatiquement le potentiel. De fait, le marché de la livraison alimentaire rentable est une… micro-niche ! C’est l’enseignement que nous tirons de l’expérience Telemarket.

Pour télécharger le PDF de TRIBUNE GRANDE CONSO, c’est ici

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Géant Casino et les prix : c’est du jamais vu !

LES FAITS. Selon l’indice DISTRI PRIX, élaboré sur la base des marques nationales en drive, les hypers Géant Casino sont désormais à l’indice 101,8 vs plus de 105 en janvier et février.
C’est évidemment l’une des vertus du drive… La transparence ! Jamais en effet n’avait été rendu public un tel indice, avec autant de précision (à l’enseigne) et de robustesse (plusieurs milliers       de références exclusivement de marques nationales).  Et, pour une première, un résultat tout aussi inédit… Déjà révélée puis confirmée ici à l’échelle locale, la baisse de prix enclenchée par Géant Casino est une réalité à l’échelle nationale. C’est même du jamais vu ! En mars, l’indice de Géant Casino atteint 101,8, lorsqu’il évoluait les mois précédents entre 105,5 et 106,0. Soit une amélioration de 4 pts en une seule période…
Aucun doute n’est désormais permis sur l’ambition de Casino ! La baisse est trop violente pour n’être… qu’accidentelle. A défaut d’en admettre l’ampleur (histoire de ne pas effrayer des analystes financiers qui, à coup sûr, le seront à la découverte de    DISTRI PRIX…), à défaut d’en admettre l’ampleur, donc, Jean-Charles Naouri en reconnaissait le principe : “Nous avons été décalé en hyper par le passé. Nous pensons que le moment est venu ! [...] Il est possible pour nous d’adresser ce sujet”. Reste à savoir combien de temps Géant Casino pourra tenir pareil tempo… Casino a certes allégé sa structure de coûts en hyper l’an dernier. Les acheteurs ont évidemment eu pour mission de négocier des “améliorateurs”. Pour autant, la baisse de prix est, au moins partiellement, un investissement. Ce qui suppose, par principe, un… retour, grâce à la relance des volumes. Quand et dans quelle proportion ? Casino l’a forcément modélisé. Mais sur la base d’hypothèses et non de faits. C’est désormais la seule question en suspend :  Combien de temps ?
Olivier Dauvers

TGC 124LES FAITS. Selon l’indice DISTRI PRIX, élaboré sur la base des marques nationales en drive, les hypers Géant Casino sont désormais à l’indice 101,8 vs plus de 105 en janvier et février.

C’est évidemment l’une des vertus du drive… La transparence ! Jamais en effet n’avait été rendu public un tel indice, avec autant de précision (à l’enseigne) et de robustesse (plusieurs milliers de références exclusivement de marques nationales).  Et, pour une première, un résultat tout aussi inédit… Déjà révélée puis confirmée ici à l’échelle locale, la baisse de prix enclenchée par Géant Casino est une réalité à l’échelle nationale. C’est même du jamais vu ! En mars, l’indice de Géant Casino atteint 101,8, lorsqu’il évoluait les mois précédents entre 105,5 et 106,0. Soit une amélioration de 4 pts en une seule période…

Aucun doute n’est désormais permis sur l’ambition de Casino ! La baisse est trop violente pour n’être… qu’accidentelle. A défaut d’en admettre l’ampleur (histoire de ne pas effrayer des analystes financiers qui, à coup sûr, le seront à la découverte de DISTRI PRIX…), à défaut d’en admettre l’ampleur, donc, Jean-Charles Naouri en reconnaissait le principe : “Nous avons été décalé en hyper par le passé. Nous pensons que le moment est venu ! [...] Il est possible pour nous d’adresser ce sujet”. Reste à savoir combien de temps Géant Casino pourra tenir pareil tempo… Casino a certes allégé sa structure de coûts en hyper l’an dernier. Les acheteurs ont évidemment eu pour mission de négocier des “améliorateurs”. Pour autant, la baisse de prix est, au moins partiellement, un investissement. Ce qui suppose, par principe, un… retour, grâce à la relance des volumes. Quand et dans quelle proportion ? Casino l’a forcément modélisée. Mais sur la base d’hypothèses et non de faits. C’est désormais la seule question en suspend :  Combien de temps ?

Olivier Dauvers

Pour télécharger la livraison Mars de DISTRI PRIX dans son intégralité, c’est ici

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Casino met (vraiment !) le feu aux prix

LES FAITS. Géant Casino a initié une baisse de prix sans précédent sur les marques nationales. 5 000 produits sont concernés. En parallèle, l’enseigne a mis en place une garantie de remboursement de 10 fois la différence.
Baisser les prix ? La promesse est désormais quasi banale. Tour à tour, sur les derniers mois, Carrefour, Carrefour Market et Géant Casino en ont fait le serment devant les consommateurs ! Ce qui est plus original – et, à dire vrai, presque incroyable dans le cas des hypers de Casino – c’est lorsque ladite baisse  se mesure… “en points d’indice”. Tel est en effet le résultat des premières constatations en magasins. En une semaine, les prix des grandes marques nationales (les majeurs en jargon de releveur de prix) ont reculé d’environ 5 à 6 %. Certes, l’indice prix de Géant Casino était à un tel niveau (stratosphérique) que, statistiquement, la baisse en devenait plus probable que tout autre mouvement… Néan-moins, la violence du mouvement est inouïe. Inédite même dans l’histoire contemporaine du commerce.
Et, à défaut d’apporter à court terme des réponses à la situation commerciale de Géant Casino (– 12 % au T4 2012), ce revirement stratégique pose nombre de questions. Certaines inhérentes à Casino : la volonté de Jean-Charles Naouri          – actuellement avérée – est-elle conciliable avec l’attente de rentabilité de la bourse ? Comment la baisse de prix est-elle (au moins partiellement) financée ? La baisse de l’intensité promotionnelle et l’allègement des coûts menés en 2012 (peu visible mais réel) suffiront-ils ? Réponses probablement demain lors de la présentation des comptes de Casino.
Une pression comme jamais…
La nouvelle stratégie de Casino questionne également ses concurrents. Pas les plus dynamiques en prix évidemment (Leclerc a encore 4 à 5 pts d’avance) mais tous les autres ou presque. Car ce faisant, Géant Casino met plus que jamais le marché sous pression. Et l’enseigne a tendu l’élastique de la concurrence au-delà de tout précédent connu. L’issue est d’autant  plus prévisible qu’elle répond à une loi physique :  passé un certain niveau de tension, l’élastique… casse. Reste à savoir qui en sera victime.
Olivier Dauvers

TGCLES FAITS. Géant Casino a initié une baisse de prix sans précédent sur les marques nationales. 5 000 produits sont concernés. En parallèle, l’enseigne a mis en place une garantie de remboursement de 10 fois la différence.

Baisser les prix ? La promesse est désormais quasi banale. Tour à tour, sur les derniers mois, Carrefour, Carrefour Market et Géant Casino en ont fait le serment devant les consommateurs ! Ce qui est plus original – et, à dire vrai, presque incroyable dans le cas des hypers de Casino – c’est lorsque ladite baisse  se mesure… “en points d’indice”. Tel est en effet le résultat des premières constatations en magasins (voir graphique). En une semaine, les prix des grandes marques nationales (les « majeurs » en jargon de releveur de prix) ont reculé d’environ 5 à 6 %. Certes, l’indice prix de Géant Casino était à un tel niveau (stratosphérique) que, statistiquement, la baisse en devenait plus probable que toute autre évolution… Néan-moins, la violence du mouvement est inouïe. Inédite même dans l’histoire contemporaine du commerce.

Et, à défaut d’apporter à court terme des réponses à la situation commerciale de Géant Casino (– 12 % au T4 2012), ce revirement stratégique pose nombre de questions. Certaines inhérentes à Casino : la volonté de Jean-Charles Naouri – actuellement avérée – est-elle conciliable avec l’attente de rentabilité de la bourse ? Comment la baisse de prix est-elle (au moins partiellement) financée ? La baisse de l’intensité promotionnelle et l’allègement des coûts menés en 2012 (peu visible mais réel) suffiront-ils ? Réponses probablement demain lors de la présentation des comptes de Casino.

Une pression comme jamais…

La nouvelle stratégie de Casino questionne également ses concurrents. Pas les plus dynamiques en prix évidemment (Leclerc a encore 4 à 5 pts d’avance) mais tous les autres ou presque. Car ce faisant, Géant Casino met plus que jamais le marché sous pression. Et l’enseigne a tendu l’élastique de la concurrence au-delà de tout précédent connu. L’issue est d’autant  plus prévisible qu’elle répond à une loi physique :  passé un certain niveau de tension, l’élastique… casse. Reste à savoir qui en sera victime.

Olivier Dauvers

Pour télécharger TRIBUNE GRANDE CONSO et les illustrations prix/image-prix, c’est ici

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Une espèce d’évidence qu’il faut accepter

LES FAITS. Vendredi, la Fnac a publié des résultats en recul : ventes en baisse de 2,5 % et résultat en chute libre de 23 %. Le même jour, Darty lançait un avertissement sur résultat.
La Fnac résiste-t-elle vraiment, comme l’a encore assuré vendredi Alexandre Bompard, son PDG ? Ou recule-t-elle, comme les résultats 2012 le laissent à penser… ? L’an dernier, le chiffre d’affaires a une nouvelle fois reculé : – 2,5 %. Surtout, les profits s’effritent régulièrement : 188 millions d’euros en 2010, 103 millions en 2011 et 79 millions en 2012. Une pente dangereuse ! La Fnac demeure certes une entreprise rentable mais… pour combien de temps ?
Interrogation similaire pour Darty qui, le même jour que la Fnac               – hasard du calendrier ! –, rendait publiques ses performances commerciales pour le troisième trimestre de son exercice clos le 30 avril, incluant donc les fêtes de Noël :          – 2,5 %. Et, là encore, les bénéfices   ne seront pas à la hauteur des espérances : en-dessous de la fourchette basse attendue par les actionnaires (30 millions d’euros) a averti Darty. En cause : la bataille sur les prix à laquelle se livrent toutes les enseignes. Bataille qui a déjà laissé Virgin sur le carreau il y a quelques semaines. Ou encore Surcouf l’an dernier.
Les marchés les plus
web-perméables ne seront,
à terme, que des niches off-line.
Si les situations de Virgin, Surcouf, Darty ou la Fnac sont certes différentes (ne serait-ce que par la taille des affaires), le mal est le même : la “web-perméabilité commerciale” (lire en p. 2). En clair, une porosité différente des marchés à la fuite des achats on-line. Pas de chance (ou de vision), ces enseignes y sont plus particulièrement exposées. D’ailleurs, leur activité on-line en profite (388 M€ pour la Fnac par exemple) mais sans pour autant compenser le recul off-line.  Car il y a une espèce d’évidence qu’il faut bien accepter… Certains marchés, à la web-perméabilité       avérée, sont condamnés à n’être plus, à terme, que des niches. Et les retailers d’accompagner, par la baisse lente mais régulière de leurs ventes, un mouvement inéluctable. Car, une nouvelle fois, l’histoire du commerce est implacable : toute forme de vente accroissant singulièrement la valeur pour le client (souvent par la baisse des prix mais pas uniquement) devient dominante, au détriment des circuits en place, irrémédiablement marginalisés. Et sur l’essentiel des marchés couverts par Darty ou la Fnac, le web-marchand améliore la valeur-client. Soit en baissant les prix (produits dématérialisés ou à haute valeur de stock) ; soit en augmentant le niveau de service (largeur d’offre, disponibilité, etc.).
Les révolutions ont rarement
été initiées par
les acteurs en place
Autres enseignements de l’histoire : 1) La bascule d’une forme de vente à une autre est lent. Très lent même. Car elle induit des changements de comportement face auxquelles tous les consommateurs ne sont pas égaux. Cela ne rend pas la bascule moins inéluctable pour autant. Juste moins douloureuse à court terme.    2) Rarement les acteurs en place ont été les plus pro-actifs pour s’inscrire dans la révolution qui s’annonçait… Précisément parce qu’elle menaçait la valeur de leurs actifs. Il y a 50 ans par exemple, l’hyper a été inventé par de nouveaux acteurs, Carrefour et Auchan, et non par Casino. Il y a 15 ans, en France, c’est bien Cdiscount qui a initié le web-        marchand et non la Fnac. Qui le paye à présent. Et sans doute davantage encore demain.
Olivier Dauvers

TGC122LES FAITS. Vendredi, la Fnac a publié des résultats en recul : ventes en baisse de 2,5 % et résultat en chute libre de 23 %. Le même jour, Darty lançait un avertissement sur résultat.

La Fnac résiste-t-elle vraiment, comme l’a encore assuré vendredi Alexandre Bompard, son PDG ? Ou recule-t-elle, comme les résultats 2012 le laissent à penser… ? L’an dernier, le chiffre d’affaires a une nouvelle fois reculé : – 2,5 %. Surtout, les profits s’effritent régulièrement : 188 millions d’euros en 2010, 103 millions en 2011 et 79 millions en 2012. Une pente dangereuse ! La Fnac demeure certes une entreprise rentable mais… pour combien de temps ?

Interrogation similaire pour Darty qui, le même jour que la Fnac – hasard du calendrier ! –, rendait publiques ses performances commerciales pour le troisième trimestre de son exercice clos le 30 avril, incluant donc les fêtes de Noël : – 2,5 %. Et, là encore, les bénéfices   ne seront pas à la hauteur des espérances : en-dessous de la fourchette basse attendue par les actionnaires (30 millions d’euros) a averti Darty. En cause : la bataille sur les prix à laquelle se livrent toutes les enseignes. Bataille qui a déjà laissé Virgin sur le carreau il y a quelques semaines. Ou encore Surcouf l’an dernier.

Les marchés les plus web-perméables ne seront, à terme, que des niches off-line

Si les situations de Virgin, Surcouf, Darty ou la Fnac sont certes différentes (ne serait-ce que par la taille des affaires), le mal est le même : la “web-perméabilité commerciale” (lire en p. 2). En clair, une porosité différente des marchés à la fuite des achats on-line. Pas de chance (ou de vision), ces enseignes y sont plus particulièrement exposées. D’ailleurs, leur activité on-line en profite (388 M€ pour la Fnac par exemple) mais sans pour autant compenser le recul off-line.  Car il y a une espèce d’évidence qu’il faut bien accepter… Certains marchés, à la web-perméabilité avérée, sont condamnés à n’être plus, à terme, que des niches. Et les retailers d’accompagner, par la baisse lente mais régulière de leurs ventes, un mouvement inéluctable. Car, une nouvelle fois, l’histoire du commerce est implacable : toute forme de vente accroissant singulièrement la valeur pour le client (souvent par la baisse des prix mais pas uniquement) devient dominante, au détriment des circuits en place, irrémédiablement marginalisés. Et sur l’essentiel des marchés couverts par Darty ou la Fnac, le web-marchand améliore la valeur-client. Soit en baissant les prix (produits dématérialisés ou à haute valeur de stock) ; soit en augmentant le niveau de service (largeur d’offre, disponibilité, etc.).

Les révolutions ont rarement été initiées par les acteurs en place

Autres enseignements de l’histoire : 1) La bascule d’une forme de vente à une autre est lent. Très lent même. Car elle induit des changements de comportement face auxquelles tous les consommateurs ne sont pas égaux. Cela ne rend pas la bascule moins inéluctable pour autant. Juste moins douloureuse à court terme.    2) Rarement les acteurs en place ont été les plus pro-actifs pour s’inscrire dans la révolution qui s’annonçait… Précisément parce qu’elle menaçait la valeur de leurs actifs. Il y a 50 ans par exemple, l’hyper a été inventé par de nouveaux acteurs, Carrefour et Auchan, et non par Casino. Il y a 15 ans, en France, c’est bien Cdiscount qui a initié le web-marchand et non la Fnac. Qui le paye à présent. Et sans doute davantage encore demain.

Olivier Dauvers

Pour télécharger le PDF et la présentation du concept de web-perméabilité,  illustré par des exemples, c’est ici.

Webperméabilité

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Seuls les imbéciles…

LES FAITS. Samedi, Casino a lancé à grande échelle une campagne baptisée “Les prix les plus bas sur 3 000 produits”. Le clou ? Un remboursement de 10 fois la différence si le consommateur trouve moins cher ailleurs.
L’année commerciale commence comme la précédente s’était achevée : sur les chapeaux de roues ! Mi-janvier, Carrefour Market enclenchait une baisse de prix. Quelques jours plus tard, Super U goûtait aux délices de la publicité comparative. Et, depuis le week-end dernier, Géant Casino promet 10 fois la différence “si vous trouvez moins cher ailleurs”. Pas “une fois”, comme la première vague de la Garantie Prix Bas de Carrefour. Pas “deux fois”, à l’image du nouvel engagement de Carrefour. Non ! 10 fois. Rien de moins… Un sacré pari d’autant que la garantie concerne non seulement des MDD mais également des grandes marques : Nutella, Danette, Coca-Cola, etc.
Le facteur déclenchant ?
La PDM de Géant qui décroche
Ce faisant, Casino rentre violemment dans la bataille des prix. Et sans doute comme jamais depuis que Jean-Charles Naouri est aux commandes de la maison stéphanoise. Preuve que nécessité finit toujours par faire loi !
Des années durant, Casino a en effet accepté un indice de prix déphasé pour ses hypers. Selon les sources (toujours contestées, c’est le principe !), Géant concédait une dizaine de points au meilleur (Leclerc) sur les marques nationales, celles sur lesquelles la comparaison est vraiment possible. L’enseigne n’avait pas la velléité d’un discounter, mais juste l’ambition de maintenir sa part de marché à environ 3 %. En clair, il s’agissait pour Géant de maintenir un modèle sans grande croissance mais rentable (Casino ayant mieux à faire en France et à l’international). Une vision qui a alimenté une théorie : le commerce de précision. Sous entendu : nul besoin de “parler prix” à tous, mais juste à quelques uns. “Pas d’accord”, ai-je souvent répété, ici et ailleurs…. Pas d’accord parce qu’en matière de mass-market, le prix bas (ou l’image du prix bas) est le préalable à la performance commerciale. “Les prix bas ? Les pauvres en ont besoin, les riches en raffolent”, lançait Edouard Leclerc en… 1958. Rien n’a changé. Pis, avec le développement de l’offre et des tentations, la maîtrise budgétaire sur l’alimentaire (pour libérer du pouvoir d’achat ailleurs) est une attente majeure du client contemporain.
Casino l’a perçu l’an dernier. Après des années de (relative) stabilité, la part de marché de Géant n’a pas tenu : en baisse sur quasiment toutes les périodes. Et parfois durement. En cause : non pas la fidélité des clients (le taux de nourriture évolue peu) mais la pénétration. A long terme, l’indicateur est cruel : 22 % de pénétration il y a 10 ans, environ 16 % désormais. Trop peu de clients en effet s’intéressent à Géant. La faute à une image-prix défaillante, qu’il devenait donc urgent de corriger ! En baissant les prix (pour tous) et en le faisant savoir (à tous). Oubliée la précision. Place à la grosse artillerie. Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.                       Olivier Dauvers

TGC 121LES FAITS. Samedi, Casino a lancé à grande échelle une campagne baptisée “Les prix les plus bas sur 3 000 produits”. Le clou ? Un remboursement de 10 fois la différence si le consommateur trouve moins cher ailleurs.

L’année commerciale commence comme la précédente s’était achevée : sur les chapeaux de roues ! Mi-janvier, Carrefour Market enclenchait une baisse de prix. Quelques jours plus tard, Super U goûtait aux délices de la publicité comparative. Et, depuis le week-end dernier, Géant Casino promet 10 fois la différence “si vous trouvez moins cher ailleurs”. Pas “une fois”, comme la première vague de la Garantie Prix Bas de Carrefour. Pas “deux fois”, à l’image du nouvel engagement de Carrefour. Non ! 10 fois. Rien de moins… Un sacré pari d’autant que la garantie concerne non seulement des MDD mais également des grandes marques : Nutella, Danette, Coca-Cola, etc.

Le facteur déclenchant ? La PDM de Géant qui décroche

Ce faisant, Casino rentre violemment dans la bataille des prix. Et sans doute comme jamais depuis que Jean-Charles Naouri est aux commandes de la maison stéphanoise. Preuve que nécessité finit toujours par faire loi !

Des années durant, Casino a en effet accepté un indice de prix déphasé pour ses hypers. Selon les sources (toujours contestées, c’est le principe !), Géant concédait une dizaine de points au meilleur (Leclerc) sur les marques nationales, celles sur lesquelles la comparaison est vraiment possible. L’enseigne n’avait pas la velléité d’un discounter, mais juste l’ambition de maintenir sa part de marché à environ 3 %. En clair, il s’agissait pour Géant de maintenir un modèle sans grande croissance mais rentable (Casino ayant mieux à faire en France et à l’international). Une vision qui a alimenté une théorie : le commerce de précision. Sous entendu : nul besoin de “parler prix” à tous, mais juste à quelques uns. “Pas d’accord”, ai-je souvent répété, ici et ailleurs…. Pas d’accord parce qu’en matière de mass-market, le prix bas (ou l’image du prix bas) est le préalable à la performance commerciale. “Les prix bas ? Les pauvres en ont besoin, les riches en raffolent”, lançait Edouard Leclerc en… 1958. Rien n’a changé. Pis, avec le développement de l’offre et des tentations, la maîtrise budgétaire sur l’alimentaire (pour libérer du pouvoir d’achat ailleurs) est une attente majeure du client contemporain.

Casino l’a perçu l’an dernier. Après des années de (relative) stabilité, la part de marché de Géant n’a pas tenu : en baisse sur quasiment toutes les périodes. Et parfois durement. En cause : non pas la fidélité des clients (le taux de nourriture évolue peu) mais la pénétration. A long terme, l’indicateur est cruel : 22 % de pénétration il y a 10 ans, environ 16 % désormais. Trop peu de clients en effet s’intéressent à Géant. La faute à une image-prix défaillante, qu’il devenait donc urgent de corriger ! En baissant les prix (pour tous) et en le faisant savoir (à tous). Oubliée la précision. Place à la grosse artillerie. Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

Olivier Dauvers

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Le bêtisier de l’année

La vie commerciale recèle parfois quelques perles. 2012 a généré son lot d’images insolites, de concours de circonstances improbables, d’énormités, bref de pépites ! En guise de “bêtisier de l’année”, quelques images extraites de la nouvelle édition de l’ouvrage
“Tranches de vie commerciale” d’Olivier Dauvers, disponible jeudi 10 janvier. Histoire de méditer sur le “Penser-Client”.

TGC 120La vie commerciale recèle parfois quelques perles. 2012 a généré son lot d’images insolites, de concours de circonstances improbables, d’énormités, bref de pépites ! En guise de “bêtisier de l’année”, quelques images extraites de la nouvelle édition de Tranches de vie commerciale”, disponible jeudi 10 janvier. Histoire de méditer sur le “Penser-Client”.

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Comparateurs de prix : Leclerc doit réagir

LES FAITS. La semaine dernière, Carrefour a initié une large campagne de communication sur les résultats de son comparateur de prix. Lequel, sans surprise, sacre l’enseigne. Leclerc, Intermarché, Auchan et Système U sont, eux, loin derrière.
Presse, web, TV, radio, voilà une vraie communication «360». Nul ne peut désormais ignorer que Carrefour est 3,9 % moins cher que Leclerc ! Avec Intermarché, l’écart atteint même 9,8 %. Avec Auchan 10 %. Quant   aux U, ils pointent, toujours selon Carrefour, à 10,2 %. On n’ose imaginer sur cette échelle-là le positionnement de Géant Casino ou Cora…
Carrefour dit-il juste ? Dans le cadre de sa propre méthologie très probablement. En clair : sur les 500 produits de grandes marques désignés par l’enseigne (mais parfois sur des formats plus annexes que majeurs) et dans les magasins concurrents visités. Ce faisant, Carrefour boucle une année (quasi parfaite) de reconquête de son image-prix. D’abord l’affirmation, ensuite la démonstration (voir p. suivante). Mais, au-delà, Carrefour banalise la comparaison de prix. Longtemps, seul Leclerc s’est réellement livré à l’exercice. A cet égard, 2012 marquera un réel tournant dans le niveau d’agressivité entre enseignes : Auchan a ironiquement réagi à Leclerc en pointant l’absence de produits frais traditionnels dans son comparateur Quiestlemoinscher ; affiches 4×3 à l’appui, Intermarché a comparé le prix de quelques majeurs de l’assortiment (par exemple le Nescafé 200 g) ; Casino, pour sa part, a goûté aux délices de la comparaison sur un chariot de MDD ; et enfin Carrefour s’est payé frontalement Leclerc aux heures de plus grande écoute. Une première !
A défaut de dire «le vrai»,
le comparateur Carrefour banalise Quiestlemoinscher de Leclerc
Pour l’heure, les initiatives des concurrents sont sans réel effet sur l’image-prix de Leclerc. Sur cet item, l’enseigne caracole toujours en tête des hypers/supers, a gagné des points en 2012 et a même symboliquement rattrapé le moins gaillard des hard-discounters, Netto. D’ailleurs, les indices les plus objectifs (provenant de sociétés d’études non commanditées par une enseigne et sur une large base d’assortiment) sont toujours clairement à l’avantage de Leclerc (voir ci-dessus). Mais l’enseigne n’a plus le monopole de la communication de démonstration. Et, en ce sens, se doit de réagir. Certes, son comparateur est méthodologiquement plus abouti que la version de Carrefour (c’est l’incontestable point fort sur lequel capitaliser)  : 1  486 références de marques nationales et 330 «unités de besoin» MDD et premiers prix. Mais ce qui a longtemps été un outil unique dans le paysage commercial devient une arme banale. Qui perd donc de son pouvoir de destruction massive.
Olivier Dauvers

TGC 119LES FAITS. La semaine dernière, Carrefour a initié une large campagne de communication sur les résultats de son comparateur de prix. Lequel, sans surprise, sacre l’enseigne. Leclerc, Intermarché, Auchan et Système U sont, eux, loin derrière.

Presse, web, TV, radio, voilà une vraie communication «360». Nul ne peut désormais ignorer que Carrefour est 3,9 % moins cher que Leclerc ! Avec Intermarché, l’écart atteint même 9,8 %. Avec Auchan 10 %. Quant   aux U, ils pointent, toujours selon Carrefour, à 10,2 %. On n’ose imaginer sur cette échelle-là le positionnement de Géant Casino ou Cora…

Carrefour dit-il juste ? Dans le cadre de sa propre méthologie très probablement. En clair : sur les 500 produits de grandes marques désignés par l’enseigne (mais parfois sur des formats plus annexes que majeurs) et dans les magasins concurrents visités. Ce faisant, Carrefour boucle une année (quasi parfaite) de reconquête de son image-prix. D’abord l’affirmation, ensuite la démonstration (voir ci-dessous). Mais, au-delà, Carrefour banalise la comparaison de prix. Longtemps, seul Leclerc s’est réellement livré à l’exercice. A cet égard, 2012 marquera un réel tournant dans le niveau d’agressivité entre enseignes : Auchan a ironiquement réagi à Leclerc en pointant l’absence de produits frais traditionnels dans son comparateur Quiestlemoinscher ; affiches 4×3 à l’appui, Intermarché a comparé le prix de quelques majeurs de l’assortiment (par exemple le Nescafé 200 g) ; Casino, pour sa part, a goûté aux délices de la comparaison sur un chariot de MDD ; et enfin Carrefour s’est payé frontalement Leclerc aux heures de plus grande écoute. Une première !

A défaut de dire «le vrai», le comparateur Carrefour banalise Quiestlemoinscher de Leclerc

Pour l’heure, les initiatives des concurrents sont sans réel effet sur l’image-prix de Leclerc. Sur cet item, l’enseigne caracole toujours en tête des hypers/supers, a gagné des points en 2012 et a même symboliquement rattrapé le moins gaillard des hard-discounters, Netto. D’ailleurs, les indices les plus objectifs (provenant de sociétés d’études non commanditées par une enseigne et sur une large base d’assortiment) sont toujours clairement à l’avantage de Leclerc. Mais l’enseigne n’a plus le monopole de la communication de démonstration. Et, en ce sens, se doit de réagir. Certes, son comparateur est méthodologiquement plus abouti que la version de Carrefour (c’est l’incontestable point fort sur lequel capitaliser)  : 1  486 références de marques nationales et 330 «unités de besoin» MDD et premiers prix. Mais ce qui a longtemps été un outil unique dans le paysage commercial devient une arme banale. Qui perd donc de son pouvoir de destruction massive.

Olivier Dauvers

Carrefour Image-Prix

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Lidl ou la leçon d’histoire commerciale

LES FAITS. L’état-major de Lidl a réuni la semaine dernière à Paris l’ensemble de son encadrement français pour annoncer un changement radical d’ambition. En reniant, au passage, le hard-discount.
En annonçant la semaine dernière à ses cadres et agents de maîtrise l’abandon du hard-discount, Friedriech Fuchs, le nouveau patron de Lidl en France, n’imaginait pas le tapage médiatique qui allait suivre. D’abord, parce qu’il lui était sans doute inconcevable qu’un seul des petits soldats Lidl qu’il commande puisse raconter à l’extérieur ce qui n’était dans son esprit qu’un événement interne. Ensuite parce que Lidl qui renonce au hard-discount n’est pas une information mais juste une confirmation pour qui suit de près la vie des magasins. Mais le reconnaître quasi-publiquement (3 000 personnes quand même !) alors que l’époque sanctifie le prix bas suffisait à en faire l’affaire du jour !
Voilà des années que Lidl
a abandonné le hard-discount
Lidl et le hard-discount ? L’histoire s’était arrêtée bien plus tôt que ce 24 octobre. Il y a des années même… Lorsque l’enseigne décida d’accueillir les marques nationales. Lorsqu’elle imagina une gamme de produits… «Deluxe». Lorsqu’elle installa des terminaux de cuisson de pains et – en conséquence – de véritables rayons boulangerie, etc. Bref, lorsqu’elle considéra que pour assurer sa croissance, son positionnement rigoriste et historique était davantage un handicap qu’un atout. En ce sens, la mue de Lidl (et d’autres : Netto, Dia, etc.) est une formidable leçon d’histoire commerciale. Ou une énième démonstration (n’en déplaise à certains) que la «roue du commerce» est une théorie toujours très vivace, 160 ans après Boucicaut et son Bon Marché.
Toutes les formes de vente ont démarré par le discount.
Même Monoprix…
Ainsi va donc l’histoire commerciale… Toutes les formes de vente qui, in fine, ont pesé significativement sur leur marché ont pris racine aux sources du discount. Là où seul le prix est roi : assortiment réduit à l’extrême acceptable (un besoin, un produit), services minimalistes (qui se souvient encore que Lidl n’acceptait pas les cartes bancaires lors de son arrivée en France, la faute à un niveau de commission jugée incompatible avec le discount pur et dur ?) et théâtralisation paupérisante. Pourquoi pareille rigueur ? Si simple… Assor-timent, services et investissemet sont les trois déterminants majeurs du coût-outil, la base de l’efficience économique en matière de distribution. «Se coûter moins pour vendre moins cher» : telle est la martingale gagnante pour prendre position. Pour en mesurer la portée, encore faut-il se souvenir que, dans les années 90, le hard-discount grapillait un point de part de marché par an. Jusqu’à atteindre un plafond, la faute à un taux de nourriture       faiblard. Seules solutions : élargir ses assortiments pour couvrir toujours plus de besoins et élever sa proposition commerciale pour séduire de nouveaux clients. A chaque fois, des coups gagnants. Deux années de suite, les marques nationales ont assuré la croissance de Lidl. Le pain cuit sur place tout au long de la journée ? Là encore, un franc succès. De bonne source, la quasi-totalité des Lidl avec point chaud seraient aujourd’hui en positif. Les autres seraient à l’arrêt (euphémisme…). Logique que le siège allemand ait exigé de la filiale française une transformation plus radicale encore et surtout plus rapide. Qu’importe si, depuis ce 24 octobre, la direction de Lidl ait assuré ne pas vouloir devenir «un supermarché traditionnel». Trop tard ! Lidl l’est déjà. C’est le sens d’une histoire qui bégaye. Il y a tout juste 80 ans, en 1932 à Rouen, c’est en hard-             discounter que Monoprix s’était lancé. Le prix bas en étendard. Mais, au fil du temps, l’embourgeoisement finit toujours par faire son œuvre. Imperceptible dans l’instant tant le mouvement avance par petites touches. Lent mais inéluctable. Tout aussi inéluctable que le prochain épisode de l’histoire commerciale. L’émergence, dans quelques années (10, 15, 20 ?), d’une nouvelle forme de discount. Plus agressive que la précédente qui, chaque jour qui passe, se ramollit un peu plus.
Olivier Dauvers

TGC 118LES FAITS. L’état-major de Lidl a réuni la semaine dernière à Paris l’ensemble de son encadrement français pour annoncer un changement radical d’ambition. En reniant, au passage, le hard-discount.

En annonçant la semaine dernière à ses cadres et agents de maîtrise l’abandon du hard-discount, Friedriech Fuchs, le nouveau patron de Lidl en France, n’imaginait pas le tapage médiatique qui allait suivre. D’abord, parce qu’il lui était sans doute inconcevable qu’un seul des petits soldats Lidl qu’il commande puisse raconter à l’extérieur ce qui n’était dans son esprit qu’un événement interne. Ensuite parce que Lidl qui renonce au hard-discount n’est pas une information mais juste une confirmation pour qui suit de près la vie des magasins. Mais le reconnaître quasi-publiquement (3 000 personnes quand même !) alors que l’époque sanctifie le prix bas suffisait à en faire l’affaire du jour !

Voilà des années que Lidl a abandonné le hard-discount

Lidl et le hard-discount ? L’histoire s’était arrêtée bien plus tôt que ce 24 octobre. Il y a des années même… Lorsque l’enseigne décida d’accueillir les marques nationales. Lorsqu’elle imagina une gamme de produits… «Deluxe». Lorsqu’elle installa des terminaux de cuisson de pains et – en conséquence – de véritables rayons boulangerie, etc. Bref, lorsqu’elle considéra que pour assurer sa croissance, son positionnement rigoriste et historique était davantage un handicap qu’un atout. En ce sens, la mue de Lidl (et d’autres : Netto, Dia, etc.) est une formidable leçon d’histoire commerciale. Ou une énième démonstration (n’en déplaise à certains) que la «roue du commerce» est une théorie toujours très vivace, 160 ans après Boucicaut et son Bon Marché.

Toutes les formes de vente ont démarré par le discount. Même Monoprix…

Ainsi va donc l’histoire commerciale… Toutes les formes de vente qui, in fine, ont pesé significativement sur leur marché ont pris racine aux sources du discount. Là où seul le prix est roi : assortiment réduit à l’extrême acceptable (un besoin, un produit), services minimalistes (qui se souvient encore que Lidl n’acceptait pas les cartes bancaires lors de son arrivée en France, la faute à un niveau de commission jugée incompatible avec le discount pur et dur ?) et théâtralisation paupérisante. Pourquoi pareille rigueur ? Si simple… Assor-timent, services et investissemet sont les trois déterminants majeurs du coût-outil, la base de l’efficience économique en matière de distribution. «Se coûter moins pour vendre moins cher» : telle est la martingale gagnante pour prendre position. Pour en mesurer la portée, encore faut-il se souvenir que, dans les années 90, le hard-discount grapillait un point de part de marché par an. Jusqu’à atteindre un plafond, la faute à un taux de nourriture       faiblard. Seules solutions : élargir ses assortiments pour couvrir toujours plus de besoins et élever sa proposition commerciale pour séduire de nouveaux clients. A chaque fois, des coups gagnants. Deux années de suite, les marques nationales ont assuré la croissance de Lidl. Le pain cuit sur place tout au long de la journée ? Là encore, un franc succès. De bonne source, la quasi-totalité des Lidl avec point chaud seraient aujourd’hui en positif. Les autres seraient à l’arrêt (euphémisme…). Logique que le siège allemand ait exigé de la filiale française une transformation plus radicale encore et surtout plus rapide. Qu’importe si, depuis ce 24 octobre, la direction de Lidl ait assuré ne pas vouloir devenir «un supermarché traditionnel». Trop tard ! Lidl l’est déjà. C’est le sens d’une histoire qui bégaye. Il y a tout juste 80 ans, en 1932 à Rouen, c’est en hard-discounter que Monoprix s’était lancé. Le prix bas en étendard. Mais, au fil du temps, l’embourgeoisement finit toujours par faire son œuvre. Imperceptible dans l’instant tant le mouvement avance par petites touches. Lent mais inéluctable. Tout aussi inéluctable que le prochain épisode de l’histoire commerciale. L’émergence, dans quelques années (10, 15, 20 ?), d’une nouvelle forme de discount. Plus agressive que la précédente qui, chaque jour qui passe, se ramollit un peu plus.

Olivier Dauvers

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Cher Arnaud…

LES FAITS. En posant à la une du Parisien Magazine vendredi sur le thème du made in France, Arnaud Montebourg a frappé les esprits. Et même surpris par une mise en scène de prime abord ridicule.
Cher Arnaud… Nous ne nous connaissons certes pas personnellement(1). Mais votre ardeur depuis quelques mois à «être» l’actualité fait de vous un «personnage» pour moi familier. Vous me pardonnerez dès lors cette triviale apostrophe ! Cher Arnaud donc. Autant vous l’avouer sans davantage de prévenance, votre sortie dans Le Parisien Magazine m’a immédiatement parue ridicule.
D’abord, il y a cette pose en marinière Armor Lux, blender Moulinex dans les bras et montre Michel Herbelin ostensiblement arrimée à votre poignet. Avez-vous une seconde songé à l’ouvrier français dont vous vous revendiquez le défenseur acharné ? A 790 euros la montre, le consommer made in France lui apparaîtra comme un luxe bien inaccessible ! Et entre la marinière bretonne et la chemise bangladaise, il n’a – hélas – pas le loisir d’hésiter.
Ensuite, il y a la réalité même du made in France. Visiblement contestable pour ladite montre selon les bons connaisseurs de l’horlogerie. Assemblée dans l’Hexagone, c’est un fait. Mais produite – au sens de ses composants – en France ? Vos conseillers auraient été bien inspirés de le vérifier…
Enfin, dernier volet du ridicule apparent de votre démarche, cette proposition de contraindre les grandes surfaces à créer des rayons de produits français. Après tout, il existe bien des rayons bio, diététique, ethnique, etc. Pourquoi pas… français ? Fallait y penser ! Et surtout n’être guère au fait de la réalité de la consommation : l’alimentaire est très majoritairement made in France. Quant au non-       alimentaire, vous proposez donc de substituer à la traditionnelle organisation par familles de produits         un merchandising(2) par origine. Utopique et, réfléchissez-y, bien trop alambiqué pour le chaland.
Donner une valeur sociale
aux produits
Cher Arnaud, passé l’effarement premier de la mise en scène et de la proposition, je vous sais néanmoins gré d’avoir posé en termes simples l’enjeu : «Connecter le cerveau du citoyen et du consommateur». Peut-être auriez-vous pu rajouter que le produire en France ne peut être que la conséquence de l’achat français. Ce qui impose de donner une valeur sociale aux produits. Sous-entendu une valeur positive pour les produits français. Et, par conséquence, négative pour les autres. Nauséabond patriotisme pour les âmes trop bien pensantes ? Peut-être. Mais l’heure est-elle aux atermoiements idéologiques ? A l’évidence non.
Ministre
du patriotisme consumériste ?
Après François Bayrou il y a près d’un an, vous voilà donc, cher Arnaud, l’incarnation du patriotisme consumériste. Une nuance de taille néanmoins : vous êtes en responsabilité, donc en capacité, que dis-je ?, dans l’obligation de quitter illico la posture pour l’action. Oubliez les rayons français ! Mais cherchez et cherchez encore comment doper la valeur sociale des produits français.
Je n’ambitionne rien cher Arnaud (et surtout pas la Zoé de fonction qui vous sied à ravir) mais voici une piste pour creuser vraiment profondément le sillon que vous n’avez encore que tracé. Profitez donc des opérations commerciales dédiées aux jouets pour inciter chaudement les enseignes à identifier clairement l’origine des jouets qu’elles installent sur leurs gondoles(3). Au besoin, que votre Ministère imprime dans l’urgence les étiquettes d’identification ! L’objectif avoué ? Ne plus cacher l’origine asiatique que les consommateurs ne sauraient seuls voir. Bien sûr, les tendances de marché ne s’inverseront pas dans l’instant    (9 jouets sur 10, excusez du peu…). Bien sûr, les jouets ne sont qu’une infime part de la consommation. Mais dois-je vous rappeler la force et l’utilité des symboles lorsqu’il s’agit de frapper les esprits ? Non ! Je vous sais fort au fait des (bonnes) techniques de comm’… En parallèle, préparez-vous à bousculer les conservatismes bruxellois. Qu’il s’agisse de l’identification obligatoire de l’origine des produits (au-delà des fruits et légumes par exemple) ou des distorsions dans les coûts de production entre pays de l’UE. Vous dites aimer l’action politique cher Arnaud ? Agissez !
Olivier Dauvers

TGC117LES FAITS. En posant à la une du Parisien Magazine vendredi sur le thème du made in France, Arnaud Montebourg a frappé les esprits. Et même surpris par une mise en scène de prime abord ridicule.

Cher Arnaud… Nous ne nous connaissons certes pas personnellement(1). Mais votre ardeur depuis quelques mois à «être» l’actualité fait de vous un «personnage» pour moi familier. Vous me pardonnerez dès lors cette triviale apostrophe ! Cher Arnaud donc. Autant vous l’avouer sans davantage de prévenance, votre sortie dans Le Parisien Magazine m’a immédiatement parue ridicule.

D’abord, il y a cette pose en marinière Armor Lux, blender Moulinex dans les bras et montre Michel Herbelin ostensiblement arrimée à votre poignet. Avez-vous une seconde songé à l’ouvrier français dont vous vous revendiquez le défenseur acharné ? A 790 euros la montre, le consommer made in France lui apparaîtra comme un luxe bien inaccessible ! Et entre la marinière bretonne et la chemise bangladaise, il n’a – hélas – pas le loisir d’hésiter.

Ensuite, il y a la réalité même du made in France. Visiblement contestable pour ladite montre selon les bons connaisseurs de l’horlogerie. Assemblée dans l’Hexagone, c’est un fait. Mais produite – au sens de ses composants – en France ? Vos conseillers auraient été bien inspirés de le vérifier…

Enfin, dernier volet du ridicule apparent de votre démarche, cette proposition de contraindre les grandes surfaces à créer des rayons de produits français. Après tout, il existe bien des rayons bio, diététique, ethnique, etc. Pourquoi pas… français ? Fallait y penser ! Et surtout n’être guère au fait de la réalité de la consommation : l’alimentaire est très majoritairement made in France. Quant au non-alimentaire, vous proposez donc de substituer à la traditionnelle organisation par familles de produits un merchandising(2) par origine. Utopique et, réfléchissez-y, bien trop alambiqué pour le chaland.

Donner une valeur sociale aux produits

Cher Arnaud, passé l’effarement premier de la mise en scène et de la proposition, je vous sais néanmoins gré d’avoir posé en termes simples l’enjeu : «Connecter le cerveau du citoyen et du consommateur». Peut-être auriez-vous pu rajouter que le produire en France ne peut être que la conséquence de l’achat français. Ce qui impose de donner une valeur sociale aux produits. Sous-entendu une valeur positive pour les produits français. Et, par conséquence, négative pour les autres. Nauséabond patriotisme pour les âmes trop bien pensantes ? Peut-être. Mais l’heure est-elle aux atermoiements idéologiques ? A l’évidence non.

Ministre du patriotisme consumériste ?

Après François Bayrou il y a près d’un an, vous voilà donc, cher Arnaud, l’incarnation du patriotisme consumériste. Une nuance de taille néanmoins : vous êtes en responsabilité, donc en capacité, que dis-je ?, dans l’obligation de quitter illico la posture pour l’action. Oubliez les rayons français ! Mais cherchez et cherchez encore comment doper la valeur sociale des produits français.

Je n’ambitionne rien cher Arnaud (et surtout pas la Zoé de fonction qui vous sied à ravir) mais voici une piste pour creuser vraiment profondément le sillon que vous n’avez encore que tracé. Profitez donc des opérations commerciales dédiées aux jouets pour inciter chaudement les enseignes à identifier clairement l’origine des jouets qu’elles installent sur leurs gondoles(3). Au besoin, que votre Ministère imprime dans l’urgence les étiquettes d’identification ! L’objectif avoué ? Ne plus cacher l’origine asiatique que les consommateurs ne sauraient seuls voir. Bien sûr, les tendances de marché ne s’inverseront pas dans l’instant (9 jouets sur 10, excusez du peu…). Bien sûr, les jouets ne sont qu’une infime part de la consommation. Mais dois-je vous rappeler la force et l’utilité des symboles lorsqu’il s’agit de frapper les esprits ? Non ! Je vous sais fort au fait des (bonnes) techniques de comm’… En parallèle, préparez-vous à bousculer les conservatismes bruxellois. Qu’il s’agisse de l’identification obligatoire de l’origine des produits (au-delà des fruits et légumes par exemple) ou des distorsions dans les coûts de production entre pays de l’UE. Vous dites aimer l’action politique cher Arnaud ? Agissez !

Olivier Dauvers

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Fils de Boucicaut, père de tous les autres

LES FAITS. Décédé lundi chez lui à l’âge de 85 ans, Edouard Leclerc a été inhumé hier à Landerneau. Il en demeurera sans aucun doute      «l’Épicier» pour la postérité.
Avec la disparition d’Edouard Leclerc, une page du grand livre du commerce s’est donc tournée. Une sacrée page ! Pour s’en convaincre : le nombre de réactions publiques ou encore l’impressionnant écho médiatique de sa disparition («ouvrant» les journaux télévisés du soir, une considération rare pour un chef d’entreprise). Souvent, une même image : l’inventeur du discount s’en est allé. Trop simple pour être exact au regard de l’œuvre d’Edouard Leclerc. Et, finalement, pas vraiment fidèle à l’histoire du commerce. Car le premier discounter du commerce «moderne» est sans conteste Boucicaut. C’était en 1852. Presque un siècle avant la première échoppe d’Edouard Leclerc à Landerneau, en 1949 ! Boucicaut a compris le premier toute la puissance du prix bas (entre autres visions appliquées au Bon Marché et qui inspirent toujours le commerce aujourd’hui) : c’est-à-dire la puissance commerciale du prix cassé, principal levier d’attraction d’un point de vente ; mais également sa puissance économique, le discount étant, par les volumes générés, le plus sûr moyen de… s’enrichir. En ce sens, Edouard Leclerc fut le digne héritier de Boucicaut. Un héritage qu’il fit prospérer avec talent parce qu’il comprit – mieux que son glorieux aîné – le rôle social du discount : «Permettre aux ouvriers de s’acheter ce qu’ils avaient produit», disait-il. Et c’est probablement cette vision      initiale – martelée urbi et orbi – qui a durablement ancré Leclerc dans l’imaginaire populaire.
Répartir la richesse
plutôt que la concentrer
Fils de Boucicaut, Edouard Leclerc est aussi… le père de tous les autres !  D’abord, de nombreux disciples : les premiers compagnons bretons. Circonstances (l’argent manquait) et  convictions ont fait de Leclerc un mouvement de commerçants indépendants et non la rente d’une famille. Il fallait l’entendre justifier l’organisation de l’enseigne : mieux valait répartir la richesse (compendre : entre de nombreux adhérents) que de la concentrer sur quelques individus incapables d’en profiter en une seule vie, expliquait-il en substance. De fait, Edouard Leclerc vivait certes bourgeoisement mais loin de la douceur ouatée du tapis de milliards des grandes familles !
A l’actif d’Edouard Leclerc figure aussi une part du succès de ses concurrents. L’anecdote est certes connue mais imaginez tout de même, dans la salle à manger familiale de Landerneau, Edouard Leclerc détailler les factures de ses fournisseurs à Gérard Mulliez pour épauler le jeune entrepreneur nordiste à créer Auchan ! Plus tard, alors que Annecy bruisse de la rumeur de son installation prochaine, Edouard Leclerc poussera de facto Marcel Fournier à accélerer la création de… Carrefour. En 1969, en s’opposant à Jean-Pierre Le Roch (l’un de ses compagnons de route), il favorisera bien involontairement la création d’Intermarché. Le Roch prônait une interdépendance plus marquée entre adhérents. Leclerc, lui, ne jurait que par l’indépendance. Une opposition de pensée, de sémantique et aussi d’égos. Mais le temps passé ensemble (plus de 10 ans) avait suffi à Leclerc pour convaincre Le Roch de la primauté du discount.
Ce que Carrefour doit à Leclerc…
Plus étonnant peut-être, dans les années 1970/80, la première vague d’internationalisation des enseignes françaises doit aussi beaucoup à Edouard Leclerc et… à la politique commerciale de son enseigne. Pour Carrefour, Auchan et consorts,     planter son drapeau en Espagne, au Brésil ou en Argentine avait un       évident bénéfice collatéral : améliorer la rentabilité d’ensemble des affaires. D’un côté ou de l’autre des Pyrénées, les résultats variaient en effet du simple au double ! Saugrenue penseront certains, mais pourtant véridique : à la différence de Tesco par exemple, confortablement installé sur un marché domestique rémunérateur, Carrefour doit à l’évidence une part de son avance hors-frontière à Edouard Leclerc et sa vigueur commerciale dans l’Hexagone.             Olivier Dauvers

TGC116LES FAITS. Décédé lundi chez lui à l’âge de 85 ans, Edouard Leclerc a été inhumé hier à Landerneau. Il en demeurera sans aucun doute «l’Épicier» pour la postérité.

Avec la disparition d’Edouard Leclerc, une page du grand livre du commerce s’est donc tournée. Une sacrée page ! Pour s’en convaincre : le nombre de réactions publiques ou encore l’impressionnant écho médiatique de sa disparition («ouvrant» les journaux télévisés du soir, une considération rare pour un chef d’entreprise). Souvent, une même image : l’inventeur du discount s’en est allé. Trop simple pour être exact au regard de l’œuvre d’Edouard Leclerc. Et, finalement, pas vraiment fidèle à l’histoire du commerce. Car le premier discounter du commerce «moderne» est sans conteste Boucicaut. C’était en 1852. Presque un siècle avant la première échoppe d’Edouard Leclerc à Landerneau, en 1949 ! Boucicaut a compris le premier toute la puissance du prix bas (entre autres visions appliquées au Bon Marché et qui inspirent toujours le commerce aujourd’hui) : c’est-à-dire la puissance commerciale du prix cassé, principal levier d’attraction d’un point de vente ; mais également sa puissance économique, le discount étant, par les volumes générés, le plus sûr moyen de… s’enrichir. En ce sens, Edouard Leclerc fut le digne héritier de Boucicaut. Un héritage qu’il fit prospérer avec talent parce qu’il comprit – mieux que son glorieux aîné – le rôle social du discount : «Permettre aux ouvriers de s’acheter ce qu’ils avaient produit», disait-il. Et c’est probablement cette vision initiale – martelée urbi et orbi – qui a durablement ancré Leclerc dans l’imaginaire populaire.

Répartir la richesse plutôt que la concentrer

Fils de Boucicaut, Edouard Leclerc est aussi… le père de tous les autres ! D’abord, de nombreux disciples : les premiers compagnons bretons. Circonstances (l’argent manquait) et  convictions ont fait de Leclerc un mouvement de commerçants indépendants et non la rente d’une famille. Il fallait l’entendre justifier l’organisation de l’enseigne : mieux valait répartir la richesse (compendre : entre de nombreux adhérents) que de la concentrer sur quelques individus incapables d’en profiter en une seule vie, expliquait-il en substance. De fait, Edouard Leclerc vivait certes bourgeoisement mais loin de la douceur ouatée du tapis de milliards des grandes familles !

A l’actif d’Edouard Leclerc figure aussi une part du succès de ses concurrents. L’anecdote est certes connue mais imaginez tout de même, dans la salle à manger familiale de Landerneau, Edouard Leclerc détailler les factures de ses fournisseurs à Gérard Mulliez pour épauler le jeune entrepreneur nordiste à créer Auchan ! Plus tard, alors que Annecy bruisse de la rumeur de son installation prochaine, Edouard Leclerc poussera de facto Marcel Fournier à accélerer la création de… Carrefour. En 1969, en s’opposant à Jean-Pierre Le Roch (l’un de ses compagnons de route), il favorisera bien involontairement la création d’Intermarché. Le Roch prônait une interdépendance plus marquée entre adhérents. Leclerc, lui, ne jurait que par l’indépendance. Une opposition de pensée, de sémantique et aussi d’égos. Mais le temps passé ensemble (plus de 10 ans) avait suffi à Leclerc pour convaincre Le Roch de la primauté du discount.

Ce que Carrefour doit à Leclerc…

Plus étonnant peut-être, dans les années 1970/80, la première vague d’internationalisation des enseignes françaises doit aussi beaucoup à Edouard Leclerc et… à la politique commerciale de son enseigne. Pour Carrefour, Auchan et consorts, planter son drapeau en Espagne, au Brésil ou en Argentine avait un évident bénéfice collatéral : améliorer la rentabilité d’ensemble des affaires. D’un côté ou de l’autre des Pyrénées, les résultats variaient en effet du simple au double ! Saugrenue penseront certains, mais pourtant véridique : à la différence de Tesco par exemple, confortablement installé sur un marché domestique rémunérateur, Carrefour doit à l’évidence une part de son avance hors-frontière à Edouard Leclerc et sa vigueur commerciale dans l’Hexagone.

Olivier Dauvers

Pour télécharger TRIBUNE GRANDE CONSO en PDF, c’est ici

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