Les bavardages de Carrefour Euralille
Posté par Olivier Dauvers dans Notes, Tribunes et Vidéos le 18 novembre 2009
Escale à Lille où se déroule jeudi et vendredi le World Forum, le Forum de l’économie responsable (www.worldforum-lille.org). Gérard Mulliez, le patron d’Auchan, y détaillera sa vision du « bon usage de l’argent au service du progrès économique et social ». Tout un programme !
A deux pas de la gare, le centre commercial Euralille et sa locomotive, Carrefour. Un hyper particulièrement bavard, multipliant affiches et stop-rayons. Et, comme trop souvent hélas, pas toujours à bon escient. Ce qui, évidemment, est contre-productif. Exemple ici avec cet affichage sur l’éco-participation. Sur le fond, pas inintéressant d’expliquer au client – au moment où il s’interroge sur le prix d’un produit hi-tech – le pourquoi de ce qui est finalement une taxe. Mais j’ai peine à comprendre l’intérêt de démultiplier pareil affichage, jusqu’aux rayons épicerie. Sauf à préparer le terrain à ce qui serait un jour, pourquoi pas, une « taxe gourmandise » !
E-commerce vs commerce : comparaison n’est pas (totalement) raison
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 18 novembre 2009

Comme d’autres, Le Figaro le crie en « une » ce matin : les Français plébiscitent les achats sur Internet. Un titre qui revient tous les trimestres, au rythme de la publication des statistiques de la FEVAD, la fédération du e-commerce et de la vente à distance. A chaque fois, même scénario : tous les journalistes s’enthousiasment pour ce secteur qui ne craint décidément pas la crise et, par ricochet, en font – un peu abruptement – l’avenir du commerce. Certes le chiffre d’affaires du e-commerce progresse fortement année après année : 25 milliards sont attendus en 2009 après 20 milliards en 2008, soit + 25%. Mais le périmètre du « e-commerce » tel que présenté est notablement plus large que celui du « commerce classique » auquel il est généralement comparé. Ce qui fausse quelque peu la comparaison… La billetterie et les voyages représentent en effet une large part du e-commerce. Plus symbolique, le premier cybercommerçant français devrait être cette année encore… voyage-sncf.com, la web filiale de la SNCF. Pas franchement un « commerçant ». C’est bien la preuve que le vrai rapport de force entre commerce et e-commerce ne doit pas se mesurer par la globalité des achats en ligne, mais bien par la part de marché du e-commerce catégorie par catégorie : environ 10 % pour les produits techniques, 5 % pour les vêtements mais seulement 0,2 % pour l’alimentaire.
VU D’AILLEURS : Desigual, enseigne de son époque
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 15 novembre 2009

Escale à Barcelone, le temps d’une conférence pour une enseigne de négociants en matériaux. L’occasion, en parallèle, de s’intéresser à Desigual, la nouvelle star du retail textile, née ici à Barcelone il y a 25 ans. Après avoir longtemps « végété », les performances de Desigual étonnent (au point, parfois, d’en éclipser la success story de son compatriote de Zara, c’est dire !) : un chiffre d’affaires multiplié par 20 en sept ans (162 millions d’euros en 2008, largement plus de 200 attendus cette année). Le slogan de Desigual ? « It’s not the same ». Et de fait, une boutique Desigual ne ressemble à rien… de connu. Tant dans le merchandising que dans la marchandise. Et quelle marchandise… Ici règnent les couleurs, associées au-delà même de l’imaginable (pas sûr que les stylistes des années 1970 aient eu autant d’audace !) ; les matières qui s’entrechoquent sur un même vêtement ; ou les formes, qui heurteront la sensibilité des plus conventionnels. A n’en pas douter, Desigual est l’enseigne de son temps. Mélange de revival assumé (le retour aux sources, très tendance), de différenciation (l’individualisation dans la consommation) et de provocation gentiment bourgeoise (la révolte intime de tout un chacun). Parfait pour l’époque. Mais pour demain ? C’est toujours le grand défi des idées trop parfaitement en phase avec leur temps : peut-on toujours « être » après avoir tellement « été » ?
Garantie Promo : Merci Leclerc !
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 13 novembre 2009

Comment la Garantie Promo de Leclerc (voir à ce sujet la Tribune n°69) fonctionne-t-elle vraiment ? Quels sont les scenarii promo « couverts » par l’engagement de l’enseigne de rembourser ses clients si, dans les magasins concurrents, les prix sont plus attractifs ? Rien de tel, pour en avoir le cœur net, que de remplir son chariot chez Leclerc, prospectus de la concurrence en main… Un exercice auquel je me suis livré, trois semaines durant, dans deux hypers de l’enseigne, rattachés à deux des quatre centrales testant la mécanique (Socamaine et Scaouest). Et, au fil des jours (sept semaines sont techniquement nécessaires pour confronter l’enseigne aux prospectus des concurrents, le tout sous l’égide d’IRI et d’A3 Distrib), Leclerc alimente ma cagnotte… Samedi dernier, un joli versement : 26,79 euros. Merci Leclerc !
Pour les curieux du fonctionnement de cette mécanique inédite, Editions Dauvers publiera prochainement l’étude exhaustive d’une soixantaine de scenarii testés. A suivre donc…
Charié, Galland et… le Monopoly à venir
Posté par jpgallet dans Notes, Tribunes et Vidéos, Tribunes le 6 novembre 2009
LES FAITS. Député du Loiret, Jean Paul Charié est décédé le 3 novembre. Elu sans interruption à l’Assemblée depuis 1981, il avait fait des relations commerciales un véritable fond de… commerce. A sa manière, il aura marqué l’époque commerciale, enrichissant au-delà de l’imaginable ceux qu’il fustigeait, parfois sans mesure…
Les symboles sont parfois cruels. 2009 marquera donc la disparition effective de la loi Galland et de son plus zélé défenseur – Jean Paul Charié – bien au-delà du ministre lui même, Yves Galland. Passionné de la «chose» commerciale depuis sa première élection sur les bancs de l’Assemblée Nationale en 1981, Jean Paul Charié avait quitté l’anonymat du député ordinaire pour la lumière du spécialiste peu avant le vote de la loi Galland. Son rapport parlementaire d’alors (fort documenté) avait grandement inspiré le ministre. Son obsession de l’époque : la revente à perte. Son combat : l’empêcher à tout prix (un objectif éminemment louable tant la revente à perte est macro-économiquement une pratique nuisible). Ainsi était né le seuil de revente à perte, instaurant de facto les marges arrières. Des sommes que les enseignes pouvaient toujours négocier (la loi Galland leur ayant même donné une existence légale) mais qu’elles ne pouvaient réintégrer dans les PVC. En clair (et sans qu’il faille voir là insulte à sa mémoire), Jean Paul Charié n’aura pas été étranger – contre son gré évidemment – au formidable enrichissement de la distribution sur la période. Situation pour le moins cocasse…
A nouvelle ère, nouvelles règles
Avec la disparition de Jean Paul Charié et la mise au placard de la loi Galland, une page s’est donc tournée. Une autre, pleinement consubstantielle, va s’ouvrir…. Une grande partie de Monopoly s’annonce. Une douzaine d’années d’ère Galland ont pour partie décoréllé la taille de la performance (voir à ce propos la Tribune Grande Conso n°65, avril 2009). Autrement dit, les enseignes les plus faibles étaient mécaniquement protégées des plus fortes. Sans vraie bataille sur les prix, où était l’intérêt stratégique de la puissance d’achat ? Carrefour négociait certes des avantages supérieurs à Cora par exemple, mais pour quel usage dans sa politique commerciale ? Bien mince… 2009 ouvre donc à cet égard une nouvelle ère et interpelle tous les acteurs. Les plus modestes au premier rang. Qui imagine sérieusement que Cora et Casino puissent durablement assumer seuls leurs achats ? Leurs difficultés actuelles à suivre les meilleurs en prix sont patentes. Et si, à l’heure du bilan, les résultats 2009 sauveront – peut-être – les apparences, il faudra avant tout y voir une titanesque œuvre de gestion (les mauvais esprits évoqueraient là une opération «raclage de tiroirs»…). Jean-Charles Naouri est assurémment trop brillant pour ne pas avoir compris que, faute de taille aujourd’hui, la valeur de son principal actif, Casino, ne peut que décroître demain sous les coups de boutoir de la concurrence. Et que l’enjeu est donc de le valoriser au mieux… à un terme qui se rapproche inexorablement. Même raisonnement pour les Bouriez avec paradoxalement peut-être davantage d’options. Car la famille propriétaire de Cora ne cherchera pas nécessairement à céder son actif, mais peut-être plus simplement à l’adosser. Les groupes d’indépendants sont alors autant d’hypothèses. A une toute autre échelle certes, Leclerc et Système U l’ont déjà pratiqué avec, respectivement, Coop d’Alsace et Coop de Normandie.
Les forts comme les faibles : tous se doivent d’être aux aguets
A l’inverse, les plus forts sont, eux-aussi, nécessairement sur le qui-vive. Car l’histoire ne repassera pas les plats. Et les positions seront durablement figées par la prochaine grande recomposition. Système U peut voir dans ce grand Monopoly l’incroyable occasion d’atteindre la puissance d’achat des meilleurs. Auchan l’opportunité de rattraper Carrefour en France. Ou Leclerc de conforter son rang et donc sa capacité à proposer les meilleurs prix. Le jeu est ouvert. Et aucun des acteurs, les forts comme les faibles, ne peut prendre le risque de ne pas en être. Ce qui, l’air de rien, donne un sacré piquant aux évidentes conversations de salon qui vont s’engager. Un véritable jeu de poker menteur qui livrera son verdict bien plus rapidement que les – trop – naïfs ne le pensent…
Bingo sur les prix, c’est jackpot assuré !
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 4 novembre 2009

Quelques Leclerc démarrent ce matin une opération promotionnelle dont on peut déjà prédire – sans grand risque d’être démenti – qu’elle sera un succès. Et pour cause… Les ingrédients fondamentaux de la bonne promo sont là. Outre la dramatisation et la part de rêve toujours indispensable (avec un Renault Espace à gagner), la proposition commerciale est simplissime (- 50 %) et les produits concernés – pas trop nombreux – sont tout sauf des nanards ! Certes, la remise n’est pas immédiate mais cagnottée sur la carte… Certes le – 50 % ne concerne pas la quasi totalité de l’offre mais « juste » 61 des 76 références… Il n’empêche… Si – 50 % sur un pot de rillettes Bordeau Chesnel à 1,57 euro, des knacki Herta x 10 à 1,50, du camembert Président à 1,40, de la Vache qui rit x 32 à 2,35 ou encore un pot de Ricoré (200 g) à 3,70 ne déplace pas les foules, c’est à rien n’y comprendre à la promo. Mais le pari est objectivement peu risqué…
L’infidélité, constituante naturelle de la consommation
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 3 novembre 2009
Entretien avec le philosophe et sociologue Gilles Lipovestksy pour préparer l’une des conférences de la journée Sial / Adict (17 novembre, Paris, www.agitezvouslinnovation.com). Comme quiconque suit de près les grandes évolutions de la consommation, Gilles Lipovestksy pointe évidemment la quête de l’émotion, la recherche d’expériences, etc. Autrement formulé, la consommation a quitté la logique de la propriété pour la logique de l’usage, du bénéfice personnel (jusqu’à l’émotion ressentie). C’est d’ailleurs le sens de la remarquable mue publicitaire d’enseignes telles que Leroy Merlin qui ne vendent plus de produits, mais bien des solutions. Là où l’apport de Gilles Lipovestksy est plus original, en revanche, c’est dans le lien qu’il établit avec l’infidélité du client (alors que toutes les marques et les enseignes ne jurent que par sa fidélisation). L’infidélité serait donc une constituante naturelle d’une consommation en quête d’émotions ou d’expériences. De fait, une expérience par trop renouvelée devient par principe une routine. Exactement l’inverse de l’effet attendu. Car l’émotion se nourrit plus souvent du changement que de la routine. Comment transposer ces vues à la grande conso ? En une phrase… « L’innovation engendre certes l’infidélité des consommateurs, tout en y répondant… ».
Le juste prix de… la mort
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 30 octobre 2009

« Le coût des obsèques augmente régulièrement », titre ce matin le quotidien Les Echos : + 2,3 % en 2006, + 3,2 % en 2007 et + 3,4 %. A l’origine de cette étude, les « Professionnels de la pompe » (c’est ainsi que se résume ce secteur d’activité) qui ont rendu public, via leur chambre syndicale, un manifeste à l’attention des pouvoirs publics. Ainsi y apprend-on que le prix moyen des funérailles est aujourd’hui de 3 500 euros, que les frais de tiers (acte, frais de culte, taxes municipales, etc.) pèsent pour 20 % de cette somme, etc. Bref, le monde du funéraire – bien obscur jusqu’à présent – ose enfin parler de prix. Logique et légitime. Car, après tout, la mort est leur marché. Et le prix un sujet comme un autre que s’approprient progressivement les pros de la pompe. Historiquement, seul RocEclerc (créé par le propre frère d’Edouard Leclerc) osait parler prix. Son dernier slogan ? « Parce ce que la vie est déjà assez chère ». Tout un programme ! Nouvel acteur à revendiquer le prix : Le Choix Funéraire. Un réseau d’indépendants que j’ai eu l’occasion d’accompagner et auquel j’ai proposé, comme un défi, un slogan décapant : « Mourir ne doit pas être luxe ». Une signature qui, signe des temps, a été validée par l’enseigne. Preuve que la mort devient (peu à peu certes) un marché ordinaire. Au moins dans son fonctionnement.
L’IMAGE : Halloween, mort et enterré
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 30 octobre 2009

N’en déplaise aux procureurs de la distribution, les hypers sont parfois un formidable révélateur de l’air du temps… Année après année, Halloween disparaît des rayons, marquant ainsi sa disparition de l’imaginaire collectif. C’est encore le cas cette année. Oubliées les opérations promotionnelles spécifiques et d’envergure, Halloween n’est désormais – au mieux – qu’un rendez-vous commercial mineur. En témoigne cette pénétrante d’un hyper jaugeant pourtant plus de 10 000 m2. Quelques modeste box-palettes, pas davantage. Une « Nuit des bonbons » qui n’évoque pas même explicitement Halloween. Et le faste d’antan avec décorum terrifiant et courges géantes qui n’est plus qu’un lointain souvenir. Halloween est bien mort et enterré !
LA RENCONTRE : Pierre Castel
Posté par Olivier Dauvers dans Notes le 28 octobre 2009

Fin d’après-midi, sur le parking d’un hôtel Toulousain. Pierre Castel, fondateur et propriétaire du groupe qui porte son nom (2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires) guette un taxi pour rejoindre l’hyper Leclerc de Roques sur Garonne qui inaugure sa nouvelle cave à vins. L’occasion de faire « voiture commune » et partager quelques vues avec un homme au parcours peu ordinaire. Toujours aux affaires, Pierre Castel est un octogénaire alerte et garanti « 100 % bon sens ». Peut-être l’avantage de l’âge ! Castel est – entre autres – propriétaire de la chaîne Nicolas et, à ce titre, a été confronté il y a plus de 15 ans à la très stratégique question du foncier commercial. « Faut-il, oui ou non, être propriétaire de ses murs ?» nous interrogeons-nous chemin faisant, allusion aux velléités de Carrefour en la matière. Réponse immédiate : « Oui, évidemment », même si Castel a, en son temps, vendu les murs de Nicolas. « Pas ma meilleure décision », poursuit-il. Quand je cumule mes loyers depuis, j’ai dû payer les murs deux ou trois fois. Et surtout, je suis dépendant du propriétaire pour mon coût immobilier ». Du bon sens ! Et, un rien provocateur, Pierre Castel d’interpeller les actionnaires de Carrefour : « Ils devraient m’appeler, je leur dirai de ne pas le faire ». (photo : Rayon Boissons)




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