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Tribunes n°60 & 61 (nov. 2008)
Posté par Olivier Dauvers dans Tribunes le 22 novembre 2008
Au revoir José Luis, Bonjour Lars
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Cher José Luis…
LES FAITS. José Luis Duran n’est plus le patron de Carrefour. Débarqué vendredi par son conseil d’administration, faute de résultats probants.
Voilà, c’est fini ! Après de longs mois d’atermoiements, les actionnaires de Carrefour ont donc tranché. Vous êtes viré ! Viré, ou plutôt, comme je le pense, libéré… Libéré d’une stratégie qui ne vous convenait plus. Il y un an, jour pour jour, face à vos principaux cadres français, vous aviez lâché
: «Si des choses doivent se faire, elles se feront sans moi». Allusion évidente à un désaccord stratégique avec le tandem d’actionnaires Colony/LVMH, à la fois sur l’immobilier du groupe et sur la cession du hard-discount. Nul ne sait aujourd’hui si «elles se feront», une seule certitude : vous n’en porterez pas la responsabilité. A l’heure du bilan, le directeur financier que vous fûtes aura donc échoué sur sa matière de prédilection (la finance, j’y reviendrai) et forcé le respect sur son apprentissage du commerce. Quelle audace – et quelle vision – fallait-il, il y a trois ans, pour asséner que Carrefour devait inventer un nouveau modèle économique «basé sur une croissance durable du chiffre d’affaires plutôt que sur une expansion des marges commerciales». Et, qu’en conséquence, Carrefour devait mettre ses hyper-structures au régime drastique. La simplicité et la justesse du diagnostic vous avait valu, ici même, ce surnom affectueux de José Luis Duran-Boucicaut, référence au génial visionnaire du commerce moderne.
Une vision et des convictions mais…
Vous aviez donc la vision. Et, à vous écouter, des convictions. Mais pas les fortifications qui les protègent de la facilité. Voilà votre erreur : ne pas avoir compris suffisamment tôt que s’il fallait bien revisiter le modèle économique et commercial, il fallait aussi soigner cette fragilité structurelle de Carrefour, l’inconstance : ces périodes d’agressivité commerciale qui suivent – et toujours – précèdent des phases de relâchement coupable. 2008 en est un malheureux résumé : un premier semestre marqué par une certaine timidité promotionnelle et une rentrée de septembre où Carrefour aura, le premier, mis le feu aux prix. Seul vous savez qui, de l’actionnaire ou du management, porte la vraie responsabilité de ce pilotage en zig-zag. Un pilotage sur terrain glissant que le Suédois, Lars Olofsson, appelé à vous remplacer, devra vite maîtriser pour ne pas, lui-aussi, sortir de la route.
Sur l’immobilier, en revanche, vous avez non seulement fait preuve de
clairvoyance, mais aussi de constance… 1) Clairvoyance pour avoir toujours plutôt minimisé la vraie valeur de l’immobilier du groupe. Aux 30 milliards annoncés ça et là par vos nouveaux actionnaires, vous rétorquiez souvent 20.
Au Mapic, ces jours-ci à Cannes, il n’est plus question que d’à peine 15.
C’est dire… 2) Et constance pour avoir soutenu que la maîtrise de l’immobilier (et de ses loyers…) était dans l’ADN d’un distributeur.
Mais voilà, Cher José Luis, vous avez flanché sur votre matière favorite :
la finance et les relations avec les investisseurs. Par facilité, comme les trops bons élèves ? Peut-être… Toujours est-il que, vous, l’ancien directeur financier de l’ère Bernard, apprécié des analystes, aura plusieurs fois secoué le marché par ses commentaires ou ses annonces. C’est vrai d’un congrès CIES à Barcelone ou de la conférence téléphonique pour le lancement de «Market» il y a quelques mois. Dans ces deux cas, vous avez donné des hauts-le-cœur à vos actionnaires qui, rancuniers, en sont donc venus à vous passer par dessus bord.
Bon vent José Luis…
O. DAUVERS
Cher Lars…
LES FAITS. Les administrateurs de Carrefour ont choisi Lars Olofsson, vice-président de Nestlé pour diriger le groupe à compter du 1er janvier prochain.
C’est donc vous ! Nouveau patron de Carrefour. Aux commandes du second distributeur mondial. Bravo ! Pour être franc, j’avais tout imaginé et pensé à tous, sauf à vous. Un industriel, pas loin du Graal suprême chez Nestlé, qui débarque à la tête de l’un de ses premiers clients mondiaux, avouez que ce n’est pas commun. Me revient en mémoire à cet instant un échange approfondi il y a déjà plus d’une quinzaine d’années… Vous, patron de Findus, moi, jeune scribouillard spécialisé sur le marché du surgelé. La quête de la «valeur» revenait en boucle. Logique d’industriel affirmé et compréhensible.
Vous voilà donc de l’autre côté de la barrière. «Spécialiste de la marque et des clients» titrait un journal économique hier. Belle description, mais est-ce un compliment ?
Vous le sentirez nécessairement, tant en interne (ça s’entend d’ici, c’est dire !) que dans le «monde» de la grande conso : un industriel qui se fait distributeur, ça intrigue. Votre premier défi sera évidemment de rassurer.
Pas sur vos capacités sur «la marque» ou «les clients». Aucun doute ! Non, mais sur la compréhension d’un autre métier, par définition différent. Le commerce de masse se résume en quelques principes simples : acheter le moins cher possible, exploiter au meilleur coût-outil possible (jusque-là, vous me suivez), tout ça pour revendre… au plus bas prix. C’est là que ça change !
C’en est même incroyable, mais plus on baisse ses prix, plus on gagne d’argent. Le cas Colruyt est en ce sens un modèle dans la distribution européenne…
Vous avez le temps que n’avait plus José Luis Duran Le commerce a aussi une autre particularité, trop souvent passée sous silence. C’est un véritable spectacle vivant qui se joue et se rejoue tous
les jours, dans tous les magasins, avec l’obligation de recréer,
quotidiennement, une nouvelle pièce. Centralisation et reproductibilité sont là des armes à double tranchant. Parfaitement utiles pour concentrer les moyens d’action, dangeureux dès qu’il s’agit d’exécution, là où le magasin ne doit pas être considéré uniquement comme un «terminal» où vos décisions seraient appliquées. Si vous redonnez toute sa valeur à l’exécution magasin, la proposition commerciale de Carrefour n’en sera qu’améliorée. Et si vous utilisez la puissance du groupe au service du discount (demandez à José Luis, il a quelques visions sur le sujet !), Carrefour n’aura qu’à se louer d’avoir osé «s’offrir» à un industriel. Par principe, vous avez aujourd’hui le temps que n’avait plus votre prédécesseur. Pour Carrefour, ayez ses convictions.
Bon courage Lars…
O. DAUVERS
PJ : en pièce jointe à ce courrier, cher Lars, quelques «Tranches de vie commerciale» pour vous convaincre de placer la qualité d’exécution de la proposition commerciale au cœur de votre stratégie, évidemment en responsabilisant davantage les hommes et les femmes du terrain. Là où le spectacle se joue et se rejoue tous les jours…
Cas n°1 : Les dangers de la reproductibilité
Le même produit dans deux hypers Carrefour différents. Un prix «historique» de 4,11 e (en témoignent les deux étiquettes électroniques de gondole), et deux nouvelles propositions commerciales, évidemment incompréhensibles, qui viennent s’y superposer. Le plus extraordinaire : que cette exécution (pas franchement réussie…) soit identique dans deux hypers pourtant différents.
A priori, la preuve que le magasin n’a été, ce jour-là, que le terminal d’une décision qui ne se discutait pas, parce que devant être reproduite partout et par tous.
Cas n°2 : Retail is detail
Un samedi matin ordinaire, très récemment. La vraie bonne promo. La quadrette de Danette à 1 euro, ce à quoi s’ajoute 40 % sur la carte de fidélité. La meilleure promo jamais observée à ce jour. Autour du stop-rayon, aucune étiquette ne mentionne pourtant ce prix. Selon les parfums (voir ci-contre), le tarif fluctue de 1,17 e à 1,77 e. Excusez du peu… Explications ? Hélas trop simples. D’un côté, les industriels qui multiplient les gencods (votre passé devrait vous permettre d’y remédier !).
De l’autre, les distributeurs qui se reposent sur des étiquettes électroniques qui sont, certes, d’une aide précieuse dans la gestion, mais qui, pour ne pas être pénalisantes pour le client, supposent une vigilance accrue. Car, ce jour-là, Carrefour a «crié» à ses clients que la Danette était à 1 e. Plus discrètement, sur les EEG, l’enseigne leur a dit qu’en fait c’était davantage (déplorable pour l’image-prix). Et en caisses (comme les gencods étaient ceux de la promo), le produit est bien passé à un 1 e.
Un bien malheureux exemple de destruction de valeur.
Tribune n°58 (juillet 2008)
Posté par Olivier Dauvers dans Tribunes le 22 juillet 2008
Rumeur de mouvement à la tête de Carrefour
Il faut sauver le soldat Duran !
LES FAITS. A moins d’une semaine de l’Assemblée générale extraordinaire de Carrefour qui doit entériner le changement de statut du groupe, de nombreuses indiscrétions font état d’un remplacement de José Luis Duran par Thierry Breton, sous la pression du premier actionnaire, Blue Capital.
Il n’y a pas de fumée sans feu, dit-on. Et encore moins en matière financière… Aussi, José Luis Duran, le patron de Carrefour, ne peut-il que prendre au sérieux les bruits du marigot boursier qui lui promettent quelques vacances forcées dès lundi prochain, date de l’Assemblée générale extraordinaire du groupe, destinée à en modifier les statuts. Son éventuel successeur ? Déjà annoncé : Thierry Breton, ancien ministre de l’Economie et au préalable patron de France Télécom. Une honorable entreprise qui n’a eu de cesse, des années durant, de vendre au prix fort des minutes de communication téléphonique, au besoin en s’entichant du soutien confraternel de ses concurrents, SFR et Bouygues Télécom. Bref, “l’anti chantre” du discount avec lequel les difficultés récentes de Carrefour ne pourraient finalement s’avérer que d’aimables mises en bouche d’une crise plus profonde encore. D’où l’opération qui s’impose : sauver le soldat Duran et, plus généralement, Carrefour, accessoirement numéro 1 français et numéro 2 mondial du commerce.
Le poids des marchands…
Pourquoi sauver Carrefour ? Parce que n’en déplaise aux procureurs du “grand” commerce, un pays trouvera toujours intérêt à compter dans son
patrimoine de solides marchands. L’Histoire démontre à quel point
des peuples démographiquement modestes (en l’occurrence les Hollandais) ont pu trouver dans leurs marchands de solides vecteurs de leur rayonnement. Le présent le rappelle : la distribution est par principe le premier débouché de l’industrie agro-alimentaire. Et le futur l’imposera : Carrefour, Leclerc ou Auchan auront toujours plus de scrupules que Wal-Mart ou Tesco pour préserver, même a minima, les intérêts Français.
Pourquoi sauver le soldat Duran ? Parce qu’il est aujourd’hui le seul (et en tous les cas bien davantage que l’impétrant annoncé, Thierry Breton) à pouvoir éventuellement contenir la gestion ultra-financiarisée de Carrefour.Oh ! certes, à court terme, les vues prêtées au tandem d’actionnaires, Colony Capital et Groupe Arnault, ne sont pas dénuées d’intérêts. Démanteler Carrefour peut même faire sens. Les seules cessions de l’immobilier, du hard-discount et des activités chinoises et brésiliennesrapporteraient pas loin de la valeur boursière globale du groupe. Mais à long terme, un tel démantèlement signerait la disparition de Carrefour dont le salut ne passera que par le retour à une véritable et durable gestion commerciale. En la matière, c’est vrai, José Luis Duran n’est pas exempt de tout reproche. Début 2007, justifiant un terrible dernier trimestre 2006, “JLD” disait avoir payé pour valider que “prix bas et promotions font le modèle de l’hyper”. A quelques mots près, l’explication était identique il y a dix jours lorsqu’il s’agissait de commenter les performances du premier semestre. Entre-temps, Carrefour avait remis puis relâché la pression.
Inconstance donc. Inconstance toujours avec la mesure “numéro 1” du plan pouvoir d’achat qui attend toujours (depuis la mi-avril) la mesure numéro 2 ! Des inconstances dont, avec quelques mois de recul, il est aisé d’imaginer qu’elles se nourrissent de la crainte de l’actionnaire que promotions et prix bas ne finissent par être trop coûteux. Alors qu’il s’agit à l’inverse de l’alpha et l’oméga du commerce. Mieux que Colony Capital et Groupe Arnault, José Luis Duran le sait. Voilà au moins une raison de sauver le soldat Duran. Pour sauver Carrefour.
O. DAUVERS
Tribune n°39 – février 2007
Posté par Olivier Dauvers dans Tribunes le 5 mars 2007
La parole est d’or…

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La parole est d’or…
LES FAITS. Dans deux interviews publiées simultanément en fin de semaine (dans l’hebdomadaire LSA et le quotidien Le Figaro), José Luis Duran, président du directoire de Carrefour tire les enseignements des difficultés du groupe sur le dernier trimestre 2006 tout en assurant ne pas vouloir baisser la pression sur le terrain des prix.
Evidemment tout sauf un hasard… La publication coup sur coup de deux interviews de José Luis Duran, le patron de Carrefour, n’a rien d’un hasard… C’est un véritable plan média. Objectif : ne pas briser ce lien de confiance qui (ré)unit depuis quelques mois l’épicier et la bourse. Car ce lien est par principe fragile et la confiance, par expérience, pour partie irrationnelle. Surtout dès que sonne à l’oreille de l’analyste financier l’infamante “croissance négative à magasins comparables”. Trou d’air garanti.
“JLD” se devait donc de livrer sa propre analyse pour éviter que ne se propagent celles des autres ! Et, de fait, il surfe habilement entre mea culpa – ce qui crédibilise forcément l’analyse – et engagements. “En octobre, la magie n’a pas fonctionné”, explique JLD à LSA. “Le Mois Carrefour est devenu trop prévisible”, poursuit-il dans le Figaro. Bref, Carrefour avait, pour l’occasion, un quart d’heure de retard… D’autant plus pénalisant pour le chiffre d’affaires que la fin d’année dans son ensemble a été plutôt sous promotionnée. Bref, Carrefour a payé – plein tarif – pour (re)valider ce fondamental de l’hyper : la promo fait le trafic.
Côté engagements, l’Espagnol a l’entêtement breton, digne d’un Leclerc : le prix, le prix, et encore le prix. Pas question de baisser la garde à la première bourrasque. C’est d’ailleurs dans le gros temps que se révèlent les loups de mer. Et si “Captain Duran” avait impressionné, peu après son intronisation, par sa capacité à changer brutalement de cap (Cf. TGC n°34, 09/06), il n’avait pas encore essuyé de véritables grains, donc pas gagné tous ses galons. Le cap qu’il a fixé en donnant la priorité au chiffre d’affaires – grâce au discount – et non à la marge commerciale comme par le passé est assurément le bon. L’histoire du commerce l’a suffisamment démontré. Mais les actionnaires n’ont souvent cure de ces considérations historiques, préférant le “court-termisme” aveuglant. JLD doit donc convaincre de la pertinence de sa vision. Et donc s’exprimer pour… créer de la valeur. A 16h00 vendredi, l’action s’envolait de 3 %, soit près d’un milliard d’euros de capitalisation boursière supplémentaire. Ce qui nous met l’interview à 500 millions ! La parole peut donc être d’or…
O. DAUVERS
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Tribune n°34 (sept. 06)
Posté par Olivier Dauvers dans Tribunes le 8 septembre 2006
José Luis Duran-Boucicaut
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EN UN AN, LE PATRON DE CARREFOUR A DELIVRé UNe SINGULIèRE LEçON DE COMMERCE
José Luis Duran-Boucicaut
Les résultats semestriels de Carrefour, publiés hier, illustrent tous les bénéfices d’un retour aux fondamentaux du commerce. José Luis Duran, président du directoire, l’avait annoncé il y a tout juste un an. Les faits lui ont donné raison. Le voilà en digne héritier de Boucicaut.
C’était il y a un an, presque jour pour jour. Invité à s’exprimer devant la presse et les analystes financiers à l’occasion de la publication des résultats semestriels, José Luis Duran, fraîchement nommé à la tête de Carrefour, résumait en une phrase la nouvelle stratégie du groupe : “Notre nouveau modèle économique prend forme, basé sur une croissance durable du chiffre d’affaires, plutôt que sur une expansion des marges commerciales, comme par le passé”. Une véritable leçon de commerce appliqué ! Et, accessoiremment, une sèche remise en cause de l’ère Daniel Bernard. Pour avoir longtemps épaulé “DB”, José Luis Duran avait dû évaluer, in situ, sa stratégie. Brillante sur l’expansion internationale, notamment chinoise, mais à contre-sens de l’Histoire sur l’art du “bien-commercer”, au moins en France. Il y a déjà plus de 150 ans (1), Boucicaut, le génial inventeur du commerce… moderne avait démontré à quel point le résultat d’une enseigne se construit d’abord par son chiffre d’affaires, l’excellence dans la gestion permettant ensuite de bâtir sa rentabilité. Un siècle et demi plus tard, José Luis Duran s’est réapproprié cet héritage fondamental du commerce comme quelques autres avant lui, Edouard Leclerc, Jean-Pierre Le Roch ou encore Gérard Mulliez. Certes, à la différence de ces glorieux aînés, ce “quadra” n’a pas bâti d’empire. Certes, la trace dans l’Histoire est un sillon qui se construit dans le temps, patiemment. Mais José Luis Duran a déjà réussi à remettre d’aplomb un colosse qui chancelait. Pas mal en 18 mois de présidence ! Car c’est bien ainsi qu’il faut lire les résultats du premier semestre 2006 présentés hier par Carrefour, conséquence directe du revirement stratégique annoncé un an plus tôt.
Le retour du discount
“Prix”, “agressivité”, “discount”, voilà des mots qui étaient – presque – tombés en disgrâce chez Carrefour. José Luis Duran leur a (re)donné leurs lettres de noblesse et a démontré que discount et rentabilité ne s’opposaient pas. Bien au contraire ! Sur les six premiers mois de l’année, la marge opérationnelle en France s’est effritée (de 4,56 % à 4,34 %) alors que le résultat opérationnel progressait. Modestement il est vrai : + 1,2 %. Mais, le symbole est là, matérialisant ce vieux théorème, si cher à Boucicaut : vendre moins cher, pour gagner plus.
L’idée n’est pas nouvelle, même chez Carrefour. En 1963, les fondateurs du groupe, Marcel Fournier et les frères Defforey, n’avaient pas procédé autrement, bousculant au passage leur banquier, fort inquiet devant un modèle économique érigeant le discount en point cardinal d’une stratégie ! Mais comme souvent, le temps avait eu raison des héritages. Surtout quand ils peuvent apparaître contradictoires avec l’intérêt à court terme d’actionnaires exigeants. José Luis Duran a eu cette chance de pouvoir rebâtir sans tabou un projet volontariste. Probablement servi par la part de marché moribonde de l’enseigne lorsqu’il en a pris les commandes. Depuis, les clignotants repassent au vert les uns après les autres. Mais, là encore, l’histoire du commerce est riche d’enseignements… Les vieux démons guettent toujours. A commencer par le relâchement. L’éviter sera le prochain défi de José Luis Duran.
Olivier DAUVERS
(1) Cf. La Saga du commerce français, de Frédéric Carluer-Lossouarn et Olivier Dauvers (disponible sur le site).
(2) Cf. Résultats 1er semestre et présentation stratégie Carrefour en pdf téléchargeable ci-dessous.





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