
C’est une info que j’avais choisi de révéler ce matin sur RTL : la fraude à la taxe soda. Mon histoire démarre dans une boulangerie comme une autre. C’est là que j’ai acheté la canette de Coca-Cola avec laquelle je suis venu en studio (photo). Une canette qui, comme beaucoup, arrive d’Europe de l’Est. La mienne est Tchèque. Il y a non seulement des mentions écrites en tchèque mais aussi une adresse de Coca-Cola en République Tchèque.
Faites d’ailleurs l’exercice : vous trouverez souvent des canettes de Coca-Cola importées dans les boulangeries, les kebab, les snacks et les fast food indépendants, ce qu’on appelle la “street food”. Et ça n’est pas un hasard parce qu’un marché parallèle (et à grande échelle) du Coca-Cola importé s’est développé avec la forte hausse de la taxe soda, c’était le 1er avril dernier : le montant de la taxe avait plus que doublé. Sur une bouteille de 1,75 l à 2,45 €, il y a plus de 60 centimes de taxe. Et c’est ça qui a donné l’idée à certains d’organiser à grande échelle une fraude à la taxe soda (et par extension à la TVA).
Je vous explique comment ça marche en imaginant que je sois le fraudeur… Je créé une société en France pour acheter des cargaisons de Coca-Cola en Pologne, en Tchéquie bref ailleurs en Europe, pour que la marchandise puisse circuler librement. Je vais oublier (volontairement) de déclarer au fisc les dizaines de milliers de canettes que je fais rentrer en France à chaque passage de camion. Le temps que le camion traverse l’Europe, je vends la cargaison à des grossistes qui ont des entrepôts (et qui sont contents de payer leur Coca-Cola moins cher que s’ils l’achetaient aux usines françaises de Coca qui, elles, payent la taxe soda). Ce sont ces grossistes qui livreront ensuite les boulangeries, les kebabs, les fast food indépendants. Mais sans que le soda ait payé la taxe.
Aujourd’hui, on estime à plus de 200 camions par mois qui rentrent en France. Ce qui représente une fraude à plus de 20 millions d’euros. Et selon les grossistes que j’ai pu contacter (dont certains reconnaissent s’approvisionner auprès de ces fraudeurs), c’est une estimation basse. Donc un manque à gagner pour les caisses de l’État ! Sans compter un sujet réglementaire puisque, sauf exception, ces sodas d’importation ne respectent pas l’obligation d’afficher la liste des ingrédients en français. Et c’est pas un petit sujet puisque ces coca-colas d’importation sont souvent élaborés non pas avec du sucre, mais avec du sirop de glucose fructose. Et je ne connais pas un nutritionniste qui en recommande la consommation !
Bref, un dossier pour Bercy.



