
Le départ précipité du président de l’association des franchisés Carrefour, que j’ai révélé hier, cachait une véritable bombe. La Lettre vient de rendre public un projet d’accord secret, proposé par Carrefour, qui laisse pantois (et qui a choqué le conseil d’administration de l’association au point de chasser son président, lequel n’aurait donc pas démissionné volontairement).
Selon ce document, Carrefour était prêt à signer un (très) gros chèque pour que l’AFC cesse de contester les conditions de franchise du groupe et, surtout, abandonne le procès qu’elle lui intente. Procès auquel s’est associé Bercy pour réclamer 200 millions d’euros d’amende au distributeur.
Jugez plutôt les éléments apportés ce matin par La Lettre. En échange d’un renoncement au contentieux en cours, Carrefour versait directement 15 millions d’euros à l’AFC. Et en contrepartie d’un lobbying bienveillant de l’association auprès de Bercy (pour expliquer que finalement les conditions de franchise sont top…), Carrefour prévoyait un bonus pouvant aller jusqu’à 20 M€ si l’amende prononcée ne dépassait pas 10 M€. Du… gagnang-gagnant en quelque sorte !
Les largesses du distributeur ne s’arrêtaient pas là. S’y ajoutait aussi un demi-million d’euros de subvention annuelle, dès lors que l’AFC cessait de critiquer Carrefour et ne concurrençait plus les services qu’il fournit aux franchisés (notamment via des achats parallèles : le projet X).
Dans ce “package”, la seule concession de Carrefour pour améliorer la santé financière des franchisés (ce qui constitue quand même le cœur de la contestation) résidait en une amélioration, pour les trois ans qui viennent, des bonus et remises à hauteur de 0,6 ou 0,7 % de marge brute/an. Mais rien sur la compétitivité des prix de cession ni sur la liberté contractuelle des franchisés (ce qui a cristallisé le rejet du plan par le conseil d’administration de l’AFC).
Maintenant qu’il a été éventé, ce projet prend des airs de tentative maladroite, de la part de Carrefour, d’étouffer dans l’œuf une contestation qui pourrait mettre à mal l’activité la plus rentable du groupe en France. Ce qui lance donc un signal terrible sur la portée d’une éventuelle condamnation.
En outre, cette perspective a montré la ligne qui fracture quand même l’AFC dans son combat. Faut-il être “arrangeant” avec Carrefour et trouver une solution (ce qui a donc conduit le précédent président de l’AFC à négocier) ? Ou, à l’inverse, faire plier Carrefour ? A en croire les membres du conseil, l’association a rejeté l’offre en bloc en même temps qu’elle se séparait de son président, qui avait pris sur lui de discuter seul avec Carrefour avant de présenter le projet aux autres membres. À ce sujet, l’AFC tient aussi à préciser que son avocat n’a jamais été associé aux négociations avec Carrefour, mais simplement consulté une fois le projet ficelé. Bref, le feuilleton continue.



