
Même réduite, la dette de Casino ne pourra pas être honorée. Pour s’en sortir, Daniel Kretinsky tente donc de répéter la manœuvre qui avait déjà donné un sursis au groupe en 2024 : faire “reset”. En clair, admettre que le Casino actuel vaut zéro et augmenter son capital, avec de l’argent frais et de l’annulation de dette.
L’homme d’affaires tchèque prend un gros risque, mais il n’a pas le choix. L’essentiel de la dette de Casino (1,4 milliard d’euros sur un total de 2,0 Mds€) arrive à échéance en mars 2027. C’est le sursis qui avait été négocié en 2024 avec les créanciers, quand ceux-ci avaient accepté d’annuler 4,9 Mds€ de dette en échange de 29 % du capital du “nouveau Casino”. Or le distributeur sera incapable de respecter cette échéance. Daniel Kretinsky propose donc aux créanciers le scenario en 4 points d’un “nouveau nouveau Casino”.
1/ On admet l’idée que les actions actuelles ne valent rien (à moins de 100 M€ de capitalisation boursière, c’est déjà une réalité).
2/ Les créanciers acceptent encore d’annuler 610 M€ de la fameuse échéance de 2027, en échange de 32 % des parts dans l’augmentation de capital.
3/ Les autres 68 % du nouveau capital, eux, prendraient la forme de 300 M€ d’argent frais apporté par Daniel Kretinsky et par d’autres actionnaires actuels volontaires. Mais pas par les créanciers, condamnés donc à rester minoritaires.
4/ Quant à la dette 2027 non annulée (800 M€), son échéance serait repoussée à 2031 avec un taux d’intérêt revu à la baisse, passant de 9 à 6 %.
Cette négociation a démarré en novembre dernier et sans surprise, les créanciers concernés ne sont pas franchement enthousiastes. Selon un point d’étape rendu public hier soir par Casino, une contre-proposition a même été mise sur la table, qui pourrait éjecter Daniel Kretinsky de l’échiquier…
Dans cette version, ce serait ok pour le reset et l’augmentation de capital. Mais les 300 M€ d’argent frais seraient apportés exclusivement par les créanciers. Et 910 M€ de dette seraient convertis en capital, soit directement par de l’annulation, soit par un apport des actionnaires actuels en numéraire fléché vers du remboursement. La dette 2027 restante (500 M€) serait repoussée à 2029 ou 2031, sans toucher aux 9 % d’intérêt.
Cette contre-proposition s’assortit d’une mention explicite qui sonne comme une menace : les 910 M€ de montée au capital peuvent très bien s’envisager “sans participation nécessaire de l’actionnaire de référence”. Le second sauvetage de Casino, autrement dit, pourrait se faire sans Daniel Kretinsky. Bref, c’est de la négo dure mais classique, chacun avance ses pions…



