
On appelle ça allumer des contrefeux. Avant même la publication du rapport du Sénat sur les marges et les pratiques de la grande distribution, les patrons d’enseigne ont occupé les plateaux TV, radio et les colonnes des journaux. C’est classique, et c’est normal. Ça fait partie du job.
Depuis hier, la grande distribution française déroule ses arguments. L’enquête était menée à charge, les lobbies industriels écoutés avec trop de bienveillance ou de naïveté. Les préconisations du rapport sont hors-sol, les réalités économiques mal comprises, et la commission du sénat aurait cédé à la facilité en chargeant uniquement la barque des “méchants” distributeurs. Dont acte.
Interrogé ce matin durant l’assemblée générale de son groupe, Alexandre Bompard est allé encore plus loin. Le PDG de Carrefour a tout simplement… balayé d’un revers de main les conséquences éventuelles du travail de la commission d’enquête sénatoriale.
“Le rapport n’aura pas d’impact, il ne sera pas appliqué, a-t-il asséné à ses actionnaires. Les recommandations ne seront pas suivies d’effet.” Selon lui, les préconisations de la commission d’enquête sont délétères pour le pouvoir d’achat ou inapplicables au regard du droit européen. Comprendre : c’est un combat politique perdu d’avance, donc le gouvernement ne s’y risquera pas.
L’analyse n’est peut-être pas mauvaise. Et il était sans doute nécessaire de rassurer les actionnaires de Carrefour. On peut donc y voir la volonté de se montrer direct et pragmatique. Ou s’offusquer, 24 heures à peine après la publication du rapport, d’une telle arrogance apparente. À votre avis, comment penchera la balance ?



