
Le rapport de l’Observation de la fixation des prix et des marges est toujours très attendu… D’abord parce que ses conclusions sont fondées sur la plus grande compilation de données existante. Ensuite, parce que chaque partie (de l’amont à l’aval) adore l’instrumentaliser au service de ses intérêts. Et cette année plus encore que d’ordinaire, le rapport était très attendu après plusieurs semaines d’une séquence où tout (et surtout n’importe quoi) a été dit sur les marges de la distribution. Avec, en point d’orgue, le “40 %” du duo Gulh/Mevel, toujours incapable de nuancer leur sortie (de route), aveuglé par un militantisme respectable (par principe) mais qui n’a pas sa place dans un rapport officiel. Pour faire simple, on aura compris que Sophie Devienne, la présidente de l’Observatoire n’achète pas le “40 %” et la conclusion hâtive du rapport sénatorial sur le sujet. Enfin un peu de mesure…
De la mesure et des chiffres précis sur les sept rayons alimentaires étudiés. Ce qui, de fait, remet l’église à la bonne place ! La marge brute moyenne ? 29,4 %, en hausse de 0,3 pt sur un an, mais légèrement inférieure à la tendance long terme. Impossible donc d’en conclure à un enrichissement démesuré ou, à l’inverse, à un appauvrissement massif. La mesure, enfin ! Idem pour la marge nette : 1,1 % du CA. En hausse de 0,5 pt sur un an. Les procureurs du commerce sauteront sur ce résultat comme des morts de faim (sur l’air d’un quasi doublement des bénéfices), oubliant qu’il est totalement “dans la plaque” des 12 années précédentes. Bref, comme toujours, chaque corporation fera du corporatisme.
Sur les rayons par exemple. A peine le rapport sorti, la FICT (les industriels de la charcuterie) pointait la progression de la rentabilité du rayon charcuterie alors que nombre d’industriels sont, eux, en difficulté. Rien de faux, évidemment, Mais impossible d’analyser un rayon indépendamment de l’ensemble. Car cette édition de l’OFPM rappelle en creux que le compte d’exploitation d’un commerçant est une péréquation. Et que si certains rayons sont très rentables (charcuterie, volaille), d’autres sont structurellement déficitaires : pour faire simple, tous les rayons où la main d’œuvre est rare donc chère… Boucherie, marée, “boul-pât”, voilà autant de rayons sur lesquels le commerce perd de l’argent. Et pas qu’un peu ! Et comme il est illusoire de fermer les rayons non rentables (le magasin y perdrait toute attractivité commerciale), la péréquation est nécessaire. En simplifiant à peine, la charcuterie finance la boucherie. C’est cette péréquation que l’amont conteste, en oubliant souvent qu’elle est pourtant partout. Y compris dans l’agricole ou la première transformation. Par exemple entre les différents morceaux du porc à la sortie de l’abattoir.



