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World Forum à Lille : Gérard Mulliez passe à confesse

GérardMulliez

Début du World Forum ce matin à Lille, le forum de l’économie responsable. En vedette : Gérard Mulliez, le patron d’Auchan. L’homme est rare en public. Raison supplémentaire de l’écouter, surtout s’il consent à parler de lui et… d’argent. Même si, avec un art consommé de la dérision, « GM » mélange habilement l’essentiel et l’anecdote. Probablement d’ailleurs pour évoquer plus facilement deux sujets « difficiles ». Morceaux choisis de ce qui ressemblait par moment à une confession…

Sur la fortune…

« J’appartiens à la famille la plus riche de France, lit-on. Est-ce un avantage ? Non ! Ou, alors uniquement quand on est devant un banquier… Je n’ai aucune fierté d’appartenir à cette famille la plus riche de France. Ma seule fierté, ce sont les emplois créés et les collaborateurs qui y travaillent ».

Sur sa radinerie supposée…

« C’est vrai, ma voiture date de 2001. Mais pourquoi en changer si elle peut encore rouler ? En fait, je ne suis pas radin, je suis économe. Mais j’aime quand même qu’on dise que je suis radin. Ca fait bien de dire que je reçois les ministres au Flunch. Ce qui a d’ailleurs été parfois vrai ! Et en plus, ça place les collaborateurs dans de bonnes dispositions, celles de l’esprit d’économies. Ou comment faire du beurre avec de l’eau, comme je l’ai souvent entendu chez Auchan. »

Sur les écarts de salaires dans les entreprises…

« Je m’interroge : comment le travail d’un homme peut valoir 400, 500 ou 600 fois celui d’un autre homme ? Ca manque juste de bon sens et d’esprit de justice. Dans nos entreprises, depuis l’origine, l’écart de salaire maximal est d’environ de 1 à 20. Mais c’est vrai que j’ai toujours regretté de ne pas être autant payé que le patron de mon principal concurrent, Carrefour, ou de mon principal fournisseur, Danone ! ».

Son premier argent…

« On me l’a pas donné, je l’ai gagné ! Je devais avoir 10 ans, peut-être moins. Mon père m’a concédé un bout de terre de cinq mètres sur sept, pour cultiver des salades, des radis et des fleurs. Mes parents me les payaient au prix du marché. Et j’avais en plus la concurrence de mes frères ».

Sur le crédit…

« Comment voulez-vous bien dormir quand vous avez du crédit sur le dos ? Quand j’ai construit ma maison, pour y loger ma famille, mes parents m’avaient interdit d’emprunter. Dans les affaires, nous avons une convention qui fixe le montant de l’endettement maximum entre 1,5 et 2 fois le montant du cash flow. Personnellement, j’estime que c’est déjà beaucoup trop. On devrait redescendre à une fois ».

Sur la bourse…

« La loi de l’offre et de la demande pour valoriser les entreprises (c’est ainsi que fonctionne la bourse) n’est pas la bonne. Sa valeur doit refléter d’abord la réalité de son activité et non le sentiment que des investisseurs ont de sa valeur actuelle ou… future ! Quand il arrive au bureau le matin, le patron d’une entreprise côtée en bourse a déjà passé une demi-heure à regarder son cours. Et si le cours n’est pas bon, il passe ensuite une heure à engueuler les uns et les autres. Et puis quand vous devez faire tous les trimestres des show pour dire que votre entreprise va mieux qu’elle ne va réellement, vous finissez par y croire. »

Sur les actionnaires familiaux…

« Nous avons de la chance d’avoir eu des parents et grand-parents prolifiques. Aujourd’hui, nous sommes 500 actionnaires familiaux. Par convention, établie en 1955, nous distribuons en dividendes au maximum 1 % de la valeur de l’entreprise (qui est fixée une fois par an sur la base de ses résultats). Ce qui représente en général 10 % du résultat, c’est-à-dire beaucoup moins que les grandes entreprises côtées en bourse. »

Sur les actionnaires salariés…

« Ce sont mes plus proches collaborateurs qui m’ont convaincu de le faire, dans les années 1970. Mes parents m’ont d’abord refusé l’actionnariat salarié. Probablement l’inquiétude de voir des salariés ou des syndicalistes co-responsables de l’entreprise. J’ai alors mis ma démission dans la balance. Mes parents m’ont alors suivi, mais à une condition : former chaque collaborateur à l’économie de l’entreprise de l’entreprise. »

Sur la Belgique…

« Les journalistes qui écrivent que je vis en Belgique sont très mal renseignés. J’habite bien en France, à quelques minutes de l’entreprise. Pourquoi ? C’est simple… Ma femme m’a dit : si tu pars en Belgique, je reste. Et à mon âge c’est quand même bien compliqué de changer de femme ! ».