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Le vin, un marché comme un autre

vinPassage à Narbonne pour partager quelques réflexions sur le marché du vin avec des vignerons et négociants de ce qui est le plus grand vignoble du monde : le Languedoc. Créateur du magazine Rayon Boissons en 1993, j’ai toujours suivi ce marché avec une attention particulière, doublée d’une passion – parfois exagérée – pour les produits. Depuis longtemps, je répète à qui veut l’entendre dans cette filière que le vin est un marché comme un autre, au moins pour la masse du marché, celle là même qui fait vivre les producteurs « ordinaires ». Et donc que l’archaïsme pesant qui encroûte nombre d’opérateurs est la première raison au désamour des consommateurs. Mais, jamais, je n’avais disposé d’arguments aussi solides que le bilan 2009 pour étayer ma conviction. Jugez plutôt : l’an dernier, les vins d’appellations dans leur ensemble ont vu leurs ventes baisser de 1,6 %. Mais, parmi ceux-ci, les vins de cépages (les Cabernet-Sauvignon, les Chardonnay, etc) ont progressé de 16 %. Un écart trop important pour être insignifiant, ai-je martelé aux Languedociens. Dans le même temps, les bag-in-box progressaient de 17 % lorsque les bouteilles reculaient de 4 %. Deuxième – grand – écart. Enfin, côté couleurs, le rosé s’affiche à + 10 %, lorsque les blancs et les rouges évoluent entre – 1 et 1,5 %. Là encore, des destins grandement opposés.

Pourquoi vous détailler pareille données ? Parce qu’elles sont à la base d’un cas marketing exemplaire. Les trois segments qui ont fortement progressé (cépages, bag-in-box et rosés) rencontrent un vrai écho chez le consommateur : la simplicité de l’offre pour le cépage (tellement plus aisé à comprendre que la sous-appellation d’une région) ; la praticité pour le bag-in-box ; et des instants de consommation très identifiés pour le rosé. En clair, ce marché a été, plus qu’il ne l’avait jamais été, drivé par des attentes consommateurs finalement très banales, communes à tous les marchés. La preuve que le vin est bien un marché comme les autres. Et que si la production n’accepte pas la grande remise en question qui s’impose, dans sa réglementation comme dans ses pratiques, le client oubliera jusqu’au goût du vin. Car c’est bien lui le patron du marché !