Le , par
Au fait, que vaut l'iPad ?

iPadPremier week-end de vie (commerciale) pour l’iPad d’Apple. Déjà 300 000 exemplaires écoulés, que dis-je, réclamés, aux Etats-Unis. Et la preuve manifeste que la consommation – et plus spécifiquement la quête de la propriété – n’est pas morte, elle bouge encore ! A 500 dollars pour la version de base, l’iPad n’est pas un achat anodin, loin s’en faut. Deuxième enseignement : la plus sûre façon de développer les marchés est encore de créer le besoin. A date, l’iPad ne correspond vraiment à aucun besoin exprimé. Et pourtant le geste s’imposera probablement car, tout compte fait, cette espèce d’écran individuel et portable est l’exutoire naturel de la vie numérique et de ses « contenus » aussi divers que parfois improbables.

Troisième enseignement, l’imbrication totale de la consommation et la communication. Avec un talent rare, Steve Jobs a su faire de l’annonce de l’iPad une information et du lancement officiel ce week-end un événement. A bien y réfléchir, les nombreux sujets et « unes » de journaux ou magazines étaient-ils de l’information ou de la publicité ? C’est précisément le talent – et la puissance – de Jobs de parvenir à conjuguer les deux, donc de contraindre les « déontologues de la carte de presse » d’avaler le chapeau de leur indépendance.

Enfin, dernier enseignement : l’époque est à l’opportunisme. Et l’iPad un formidable prétexte à gloriole. Paris Match s’est empressé d’annoncer être le premier magazine déjà disponible sur l’Ipad (sachant que la tablette, elle, ne sera proposée en France qu’à la fin du mois !). Quant au quidam, l’iPad pouvait aussi être un formidable allié dans la quête de notoriété, ce Graal de l’époque moderne. Greg Packer est ainsi un Américain ordinaire dont l’ambition suprême est, selon Le Figaro d’hier, « d’être le premier citoyen lambda dans les files d’attente de tous les événements médiatisés aux Etats-Unis ». Bien que simple… événement commercial, le lancement de l’iPad a donc justifié que Greg passe trois nuits et trois jours avec sac de couchage et chaise de camping devant l’Apple Store de la 5e avenue, à New-York.

Le plus fort ? Qu’aucun des journaux ou magazines qui ont « couvert » le D-day n’aient jugé bon d’évoquer véritablement l’objet lui-même. Bon ou mauvais produit ? La question, pourtant essentielle, s’est elle-aussi effacée derrière le « buzz ». Peut-être bien l’enseignement principal en fait… Peu importe la tablette, pourvu qu’on en est l’ivresse ?