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Cora : le prix de l'indépendance

Sur le moment, l’information est passée presque inaperçue, parce que révélée le 28 décembre. Pensez donc ! Entre le sapin et la dinde, la cession des 7 hypers Cora hongrois à Auchan a peu mobilisé les foules. Et pourtant… Il y a, de mon point de vue, une lecture bigrement intéressante  à faire de cet épisode que je rapproche de la reprise de contrôle en 2006 de Cora par le holding familial des Bouriez, Louis Delhaize. Je m’explique (attention, ça peut paraître ardu, mais l’histoire elle-même est assez exceptionnelle).

En 1996, Anne-Marie et Michel Bouriez – frère et  soeur de Philippe Bouriez, le patron du groupe Cora – cèdent à Carrefour leur participation dans l’affaire familiale, soit 42 %. Colère de Philippe Bouriez qui refuse toute synergie avec Carrefour lequel se retrouve avec un actif immobilisé et non productif. La solution ? Passer la “patate chaude” à Casino qui, en 2001 via une banque allemande, reprend ces fameux 42 %. Casino et Cora étaient alors partenaires opérationnels au sein d’une centrale d’achats commune, Opéra. Re-colère de Philippe Bouriez, qui soupçonne Jean-Charles Naouri de vouloir lui forcer la main. La centrale commune est dissoute. Comme Carrefour plus tôt, Casino se retrouve avec un actif immobilisé mais non productif. Seule solution. Vendre ? Mais à qui ? Aux Bouriez qui rachètent donc, en 2006, les 42 % et reprennent le contrôle total de leur affaire, cette indépendance à laquelle ils tiennent tant. Un contrôle qu’ils paient cher : 850 millions d’euros et, logiquement, le niveau d’endettement qui va avec. Je ne le sais pas, mais je l’imagine aisément : le niveau des échéances de remboursement a été calculé sur les prévisions de résultat de Cora, telles qu’établies alors. Mais, voilà, le paysage commercial a changé depuis, suite à la sortie de l’ère Galland. Les rentabilités de toutes les enseignes ont baissé. Cora avec. Et pourtant, il faut rembourser ! Conséquence, lorsque l’objectif de résultat devient insuffisant pour couvrir l’échéance, il faut agir. C’est ainsi que j’ai interprété le relèvement des prix Cora sur le dernier trimestre de 2011. C’est ainsi, également, que j’interprète la cession de l’activité hongroise : pour se donner les marges de manoeuvres financières vis-à-vis des échéances à venir. L’indépendance est à ce prix. Ca tombe bien ! Pour les Bouriez, l’indépendance n’a pas de prix !