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"Live report" : les résultats 2011 Casino

CasinoPavillon Gabriel, Paris. Toujours une audience fournie pour la présentation des résultats de Casino : journalistes, analystes et quelques cadres sup’ du groupe que je reconnais. Et toujours cette même obsession de la sécurité (rappelez le compte-rendu de l’AG l’an dernier). Fouille de ma valise-cartable à l’entrée, sans doute trop volumineuse pour la réunion, juge l’agent de sécurité. Pour tout vous dire, j’ai le malheur d’utiliser – entre autre – un déodorant le matin ! Et, évidemment, il tombe dessus, l’ausculte et me demande si c’est vraiment utile pour la réunion ! Je vous passe les palabres. Me voilà installé. Dans la salle, encore des agents de sécurité en bout d’allées. 10h00, c’est parti. Jean-Charles Naouri a cette qualité heureuse pour le provincial que je suis : il est ponctuel !

10h10. JCN déroule la présentation des chiffres 2011. Du billard. D’abord parce que c’est très maîtrisé (l’enjeu n’est pas neutre : la confiance des analystes et leur recommandation sur l’achat ou non de l’action). Ensuite parce que les chiffres qu’il doit présenter sont objectivement assez flatteurs. Une présentation qu’il faut quand même suivre attentivement entre les “effets relutifs“, les “variations organiques“, les “effets de change“, le “modèle dual” (comprendre à la fois l’exploitation de magasins et l’immobilier). Un chiffre frappant : l’internationalisation du groupe. 38 % du CA en 2010. 45 % en 2011. 2012 verra donc la bascule du centre de gravité du groupe.

10h15. Focus sur la France à présent. Passage en revue des enseignes. Les supers sont qualifiés de format “full-service”. Le discount est loin. Intéressant : le développement de Franprix, + 67 magasins en 2011. “Dont 3/4 hors de Paris“, précise JCN comme pour rassurer sur la situation concurrentielle dans la capitale ! Géant à présent. Hausse des ventes alimentaires : + 0,2 % en comparable. Pas terrible, mais mieux que les 2 autres années (- 4,9 %, – 3,7 %). En non-al, “les ventes sont en retrait, naturellement“. J’adore le “naturellement“. Parce qu’en creux, il en dit long sur la – bonne – vision de JCN sur l’évolution du commerce. En parallèle, Cdiscount s’envole : + 14,3 % à 1,1 milliard d’euro. Le futur du commerce se lit sans doute dans les deux phrases précédentes… Commentaire de JCN sur Cdiscount : “On a le plus gros chiffre d’affaires et on a les prix les plus bas“. Sous-entendu : on est armé. 100 % d’accord. Et c’est précisément ce qui manque au groupe sur son activité retail alimentaire en France.

10h20. La parole à Antoine Giscard d’Estaing, le directeur financier du groupe pour les résultats financiers. L’EBITDA progresse de 17 %, le ROC de 19 %. Forte progression à l’international (+ 50 %), quasi-stabilité en France. Mais le S2 est meilleur pour la renta en France, assure Antoine Giscard d’Estaing. Et ce, grâce à des “ajustements de prix“. J’attends de savoir si “ajuster” signifie “augmenter“… Tout est en effet dans le sous-entendu. Je poserai la question plus tard. Dans le détail du ROC, Casino France (les hypers, les supers et la proxi) affiche 3,7 % du CA, Franprix-Leader Price également 3,7 % et Monoprix 6,5 %. On comprend bien pourquoi l’enseigne de centre-ville est un actif stratégique. Là aussi, on y reviendra très probablement dans les questions. Un sujet toujours attendu par les analystes à présent : l’endettement. La dette est passée sur l’exercice de 3,8 milliards à 5,4 milliards. Pour une part importante, c’est l’acquisition d’actions du brésilien Pao de Acucar (en contre attaque de Carrefour) qui l’explique.

10h40. Toujours la parole au directeur financier. Ce genre de présentations est, par sa longueur, toujours un brin fastidieuse. Mais la transparence est la rançon de la cotation en bourse.

10h41. JCN reprend la parole pour les perspectives. Notamment 2012. En juin, Casino prendra par exemple le contrôle de GPA (Pao de Acucar). En 2012, annonce JCN, largement plus de 50 % du CA et du ROC seront générés à l’international. Séquence d’auto-satisfaction (y’a pas de mal à se faire du bien de toute façon). JCN revient sur ce qu’était Casino en 2005. Très loin, de fait, de ce qu’est devenu le groupe. “Casino s’est profondément transformé“. Focus d’ailleurs sur l’immobilier : “Nous allons poursuivre le redéploiement des surfaces, en libérant des surfaces non-alimentaires des hypers vers les galeries marchandes“.

10h44. Revue d’enseignes pour 2012. “Nous sommes confiants sur la proximité et le discount“. “Nous allons accélérer la puissance promotionnelle chez Géant. Nous allons réactiver la fidélité. Nous allons procéder à des baisses de prix, ciblées et durables“. Honnêtement, j’ai l’impression d’entendre ça à chaque fois.

10h52. Conclusion des perspectives (avant les questions). En quelques mots : poursuite de la stratégie. D’un autre côté, au vu des résultats dans leur ensemble, pas surprenant.

10h53. L’heure des questions. Premier thème : Monoprix. Manifestement, la réponse est prête. JCN rappelle que Casino est à l’origine arrivé pour “épauler” Monoprix dans l’acquisition de Prisunic. Puis sur le rôle de Casino. “Monoprix s’est branché sur la centrale d’achat Casino, ce qui explique une grande part de la croissance de ses résultats“. On apprend ensuite que Philippe Houzé, le patron des Galeries Lafayette est venu voir JCN le 6 décembre pour lui faire part de ses probables intentions de vente. “Il lui semblait que les perspectives de Monoprix n’étaient guère porteuses“. Long déroulé. Et ce paradoxe que soulève JCN : tout en s’interrogeant sur le futur de Monoprix, Philippe Houzé a établi un business-plan qui laisse malgré tout augurer d’une forte croissance de l’EBITDA (+ 40 %). “Nous avons considéré que c’était certes souhaitable, explique JCN, mais peu crédible“. Logique : l’acheteur a tout intérêt à laisser à penser que la croissance sera faible. Et le vendeur l’inverse, même si lui-même ne le pense pas ;-)

11h00. Petit développement sur la vocation financière ou opérationnelle de Casino (dont l’expérience me dit que cette interrogation fait toujours souffrir Jean-Charles Naouri) : “On dit toujours de Casino que nous sommes des financiers, sous-entendu nous serions vendeurs de notre participation dans Monoprix. Nous ne sommes pas vendeurs de Monoprix, c’est un actif stratégique. La vente de notre participation est une idée saugrenue“. Puis la déclaration d’amour, publiquement rare chez Jean-Charles Naouri :  “Nous aimons Monoprix“. Stéphane Maquaire, le DG de Monoprix assis au premier rang, biche !

11h04. A la question “Quelle est la valeur de Monoprix dans vos comptes ?“. Pas de réponse. Casino s’abrite derrière un règlement de l’AMF qui l’autorise à ne pas le communiquer. Cela dit, Casino a quand même fait une offre de 700 millions d’euros pour les 50 % de Monoprix qu’il ne contrôle pas (alors que Galeries Lafayette en réclame 1,3 milliard). Donc il faut “justifier” les 700 millions proposés. Comme par enchantement, le “slide” du power-point est prêt. Et là, c’est de l’habituel JCN : benchmarkeur (en appelant jusqu’aux valorisations de Sainsbury’s, Tesco, etc.) et hyper-préçis avec force histogrammes, additions, retranchements, etc. Le “P’tit génie de la finance” est à la manœuvre ! Sourires complices dans la salle…

11h12. Question sur les objectifs France. Réponse : stabilité de la part de marché. Evidemment, ça surprend toujours. Mais, là, c’est assumé. “La stabilité de la part de marché est un choix stratégique assumé. Croître de 0,1 pt, c’est en gros 100 millions d’euros de CA supplémentaires. Nous pouvons réaliser 100 millions en investissant 50 millions pour ouvrir de nouveaux magasins. Mais c’est un choix d’allocation de capitaux que nous ne faisons pas. La rentabilité des capitaux investis est supérieure dans les pays à forte croissante“. C’est sans doute un calcul un peu “froid” penseront certains. Mais ça au moins le mérite de la franchise !

11h22. Ma question à JCN : les prix, évidemment. Donc je confirme que quand Casino évoquait un “ajustement” des prix sur le S2 (voir plus haut), il s’agissait bien d’une “hausse“. C’est marrant comme les enseignes les moins bien placées sur le sujet ont du mal avec la sémantique… Plus sérieusement, sa réponse plus globale sur le prix, plus particulièrement sur Géant. Intéressante à lire. “L’offre commerciale, c’est un mélange de promo, de prix permanents et de fidélité.  A la fin, c’est le client qui est juge via la part de marché. Et notre PDM stable confirme que l’offre commerciale de Géant est satisfaisante. Quand on se compare à notre principal concurrent coté (Carrefour pour ceux qui ne comprendraient pas), on voit qu’on fait mieux que lui (en hyper) chaque trimestre et sur chaque région“. Sur le moment, me vient cette belle phrase (sans forcément qu’elle s’applique, mais elle me revient alors…) : “Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je console“.

11h26. Réponse à ma seconde question sur le drive (je lui demandais simplement ses objectifs 2012). Visiblement modeste. 4 ou 5 drives “solo” supplémentaires. Soit un parc de 6 ou 7 (hors la centaine de drives accolés aux hypers et quelques supers). JCN dans le texte sur le sujet : “Nous croyons au drive. Mais nous ne pensons pas qu’il faille des drives pour faire des drives“. Puis, plus loin : “On ne fera pas du drive juste pour dire que notre part de marché progresse“. Comprenne qui pourra. Ou qui voudra…

11h50. La (presque) dernière question d’une consœur : “Quel regard portez-vous sur le nouveau Carrefour, d’autant plus que vous connaissez bien son futur patron ?” A dire vrai, personne ne s’attend à une réponse. Comme ça, personne n’est déçu ! Clap de fin.