Le , par
FO joue à faire peur pour forcer le politique à intervenir

Etonnante sortie hier du secrétaire fédéral FO en charge du commerce, Dejan Terglav. Une “sortie” très politique qu’il faut évidemment décoder. Selon lui, 12 000 emplois seraient menacés dans la grande distribution. Le chiffre a fait frémir et a été largement repris depuis.

Décodage… Jusqu’à lors, FO (dominant dans le métier) n’évoquait pas la grande distribution en général mais Carrefour en particulier et la crainte de voir disparaître 3 000 à 5 000 emplois. Mais voilà, même en période électorale, aucun politique n’était monté au créneau pour défendre ces emplois. Ou alors si timidement que personne ne l’a vraiment entendu. FO a donc décidé de passer la vitesse supérieure. Si le sort de 3 000 à 5 000 salariés n’intéresse pas, dramatisons encore un peu, a du estimer Derjan Terglav. Quitte à travestir la réalité. D’où cette déclaration à l’AFP hier : “Il y a la crainte de 3 000 à 5 000 suppressions de postes chez Carrefour mais aussi celle de fortes suppressions d’emplois chez Casino, Leclerc, Intermarché et Système U, qui sont tous globalement sur le même projet avec le développement d’internet“. Très subtil. Car en évoquant le développement du web, Derjan Terglav rend en apparence crédible la démonstration. En creusant néanmoins, difficile d’imaginer les trois groupements d’indépendants à la santé insolente (un + 5 % de CA sur l’année semble un minimum pour chacun des trois…) mettre en place de vastes plans sociaux. Même Casino, qui a annoncé + 2 % en France hors carburants sur le T1, n’aura nul besoin de dégraisser. Dès lors, “pourquoi FO fait-il cet amalgame ?” m’a interrogé hier soir le patron d’une des 4 enseignes mise en cause… Tout simplement pour faire peur, lui ai-je rétorqué. La menace – même infondée – sur 12 000 emplois pourrait déclencher une petite phrase de réaction du nouveau pouvoir. Imaginez Hollande au pied de son immeuble confier qu’il “ne laissera pas les patrons mettre à exécution leurs macabres desseins”. Dejan Terglav aurait alors obtenu ce qu’il cherche depuis des semaines : une pression politique sur la nouvelle direction de Carrefour. Histoire d’épargner quelques postes par magasin.