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LIVE REPORT : les résultats 2015 de Casino

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Ce matin, direction le Pavillon Gabriel à Paris pour les résultats 2015 Casino. Résultats forcément attendus eu égard aux difficultés – que dis-je ?, aux turbulences ! – rencontrées par Casino ces dernières semaines. Au Brésil, avec le recul de la consommation ; à la Bourse avec les attaques de Muddy Waters ; et en France où la guerre des prix ravage la rentabilité. 

10h28. Il pleut averse à l’extérieur. Trains et RER sont en grève. Qu’importe. L’heure c’est l’heure ! Jean-Charles Naouri arrive dans la salle et lance “un petit film” (bon honnêtement, il est meilleur patron qu’il ne serait animateur télé, le lancement est un peu poussif !). 2 minutes de film, il est pile 10h30. C’est parti ! 

10h30. Tour d’horizon général. La France d’abord. “Nous gagnons des parts de marché depuis septembre“, résume JCN. Puis, malicieux, “nous sommes le seul groupe intégré à gagner des parts de marché“. Top chrono. La première pique à son concurrent coté en bourse (comprendre Carrefour) est intervenue à 3 minutes, 45 secondes et 58 centièmes ;-) A la base de la recovery : le prix, dont on apprend toujours pas grand chose sur l’enveloppe qui y a été consacrée : “quelques centaines de millions d’euros“. Comme à chaque fois, il n’y a pas de doute sur la force du prix pour faire revenir des clients. Mais bien sur le fait de savoir si les “quelques centaines de millions d’euros” sont payés de retour (ou le seront un jour). C’est précisément ce qui inquiètent les analystes depuis quelques mois. 

10h38. C’est l’exercice qui le veut : se présenter sous son meilleur jour. Donc, va pour les chiffres les plus flatteurs possibles. Sur les 2 premiers mois de l’année, Géant “roule” à + 4,4 % en comparable. Leader Price à + 5,2 %. Impossible de le passer sous silence. En revanche, pas d’info sur le début de l’année des supermarchés Casino. Faut-il en déduire que… ? Ben oui, il faut en déduire que c’est pas le format le plus dynamique de Casino en France aujourd’hui !

 10h42. En Colombie à présent. En 2015, Exito, la filiale locale, est devenue la véritable tête de pont de Casino en Amérique du Sud. Et une pépite. Pour avoir fait deux fois le voyage de Bogota, je peux témoigner des niveaux de rentabilité des magasins sur place : 7,6 % de marge Ebitda, avec certains hypers qui pointent à deux fois plus ! Pas surprenant que Casino continue d’ouvrir sur place : 4 hypers et 22 supermarchés l’an dernier. Au Brésil, en revanche, la situation économique du pays est plus chahutée. Là, JCN ne ménage pas sa peine : “très forte croissance des ventes et de la rentabilité pour Assaï“, “un portefeuille de formats résiliants et de plus en plus équilibré“, “gains de parts de marché chez Via Varejo“, etc. En fait, ne pouvant convaincre de la situation macro-économique brésilienne, Casino veut s’employer à rassurer sur sa propre situation. Je me souviens, il y a quelques années, ici même, on évoquait davantage le potentiel du pays. Les temps changent…

10h52. Les résultats désormais. Antoine Giscard d’Estaing, le directeur financier, à la manœuvre. Très attendus ces résultats 2015. L’Ebitda : 2,34 milliards d’euros vs 3,20 milliards en 2014. Un détail (qui n’en est pas un / je connais trop Casino pour n’y voir qu’un hasard) : les évolutions n’apparaissent pas en pourcentage sur les documents présentés ou ceux remis aux analystes et journalistes. Parce que ça ferait pas joli-joli sur un tableau ? Sans doute… Donc, et puisqu’il faut se le calculer, l’Ebitda recule donc de 27 %. 

 11h04. Long développement d’AGE sur l’activité de promotion immobilière de Casino, dans le cadre de sa division française. On va à Géant Clermont-Ferrand, à Monoprix Puteaux, et jusque dans le détail des rénovations. Je le vois venir “gros comme une maison”… Il faut justifier aux yeux des analystes le pourquoi d’une partie immobilière dans les résultats. Ce que certains contestent, car considérant qu’il s’agit de masquer de piètres performances opérationnelles. 

11h07. Bingo. La promotion immobilière participe pour 167 millions aux 726 millions de l’Ebitda Casino en France. Au moins, cette année, c’était présenté de manière plus transparente. J’attends les questions pour voir si les analystes sont convaincus… 

11h10. Les résultats worldwide. En baisse en Amérique du Sud (mais toujours sans les évolutions en pourcentage, juste des valeurs brutes…) et en hausse en Asie. C’est pourtant l’Asie qui sera vendue. Va comprendre Charles ;-) 

11h12. La dette. Ah, la dette ! Voilà le sujet qui a mis le feu à l’action, qui a contraint Casino à se désengager d’Asie et dont Muddy Waters a fait son miel (et quelques dollars) en fin d’année. MW qui, faut-il le rappeler, spécule sur la baisse du cours. Et tous les moyens sont bons… Je l’ai appris hier (hors réunion ce matin donc), MW a fait analyser par d’anciens experts de la CIA la voix du directeur financier lors des conf-calls avec les analystes pour savoir s’il… était sincère. La réponse ne surprendra pas. Pour MW, c’est non ! Hâte de voir (ou plutôt d’entendre) comment JCN va évoquer le sujet dans les questions/réponses tout à l’heure. En attendant, le détail de la dette : 6,1 milliards d’euros à fin 2015, pour l’essentiel porté par Casino France. C’est le plus haut niveau des dix dernières années mais c’est le fruit “d’acquisitions stratégiques” justifie Antoine Giscard d’Estaing. Bon, cela dit, la dette a beau être légitime, le marché financier a imposé une cure minceur. La vente de l’Asie va permettre une division de la dette par trois. Nouvelle illustration que pour enclencher un vrai régime, il faut y être contraint par les événements. Et ce qui est valable dans la vie perso l’est donc aussi dans les affaires. Ça en serait presque rassurant ! 

 11h22. Jean-Charles Naouri reprend le micro pour les “perspectives” 2016. Sans surprise, il commence par… (attention je vous laisse deviner)… le désendettement. JCN promet des cessions à hauteur de 4 milliards. Puis, par une belle pirouette, parvient à justifier les ventes en cours. “Casino a toujours eu une politique de rotation de ses actifs“. Et le voilà justifiant les ventes (anciennes) de SFI aux États-Unis, en Pologne, aux Pays-Bas, au Vénézuela, etc. A chaque fois sur l’air “regardez comme on a bien fait de vendre”… On en finirait presque par croire que la vente de la Thaïlande était quasi-programmée. Je veux bien que JCN ait souvent un coup d’avance, je n’ai pas le souvenir que l’an dernier, à la même place, il laissait à comprendre que la vente thaïlandaise était une piste. En tous les cas, ça ne figurait pas dans les “perspectives” à venir.

11h28 L’argument qui tue… Les actions de Big C Thaïlande ont été acquises (“il y a longtemps quand même“, reconnaît JCN) à 9 baths. Elles seront revendues à 252 baths. Bon effectivement, vu comme ça, j’aurai peut-être aussi vendu ! 

11h30. En France, JCN repose l’ambition de Casino : répondre à trois créneaux. D’abord le discount avec Géant et Leader Price, ensuite le premium avec Monoprix et enfin la proximité. Et devinez quoi… Casino est un groupe “équilibré“. 38 % de l’activité française est dûe au discount, 39 % au premium, 23 % à la proximité. 

11h32. Les engagements 2016. L’attention de la salle est palpable. Une forme de tension aussi. C’est le grand oral. Convaincre  que la prévision de 500 millions d’euros de résultat France (vs 337 en 2015) n’est pas une promesse en l’air, faite à la va-vite pour contrecarrer une baisse violente de l’action en fin d’année. Donc, pour y parvenir, JCN table sur la poursuite de la croissance de l’activité (ce qui induit mécaniquement une masse de résultat en croissance), sur “l’optimisation du mix et du pricing” (bon, là j’ai envie d’en savoir plus…), sur l’extension de l’accord à l’achat avec Intermarché et sur de nouvelles économies en interne. A voir si les analystes seront convaincus (et les syndicats pas trop inquiets par la dernière piste…). 

11h40. Les questions à présent. La première d’un analyste : “Quel est le niveau de capex normatif en France ?“. Bon, pour ceux qui ne sont pas bac + 18 en finance (c’est mon cas), je vais vous faire plus simple : les investissements normaux en France. Pas de réponse précise, un ordre d’idée : 300 millions par an. Mais une info sous-jacente : les hypers et Leader Price ne seront pas particulièrement privilégiés. Dans ces formats, le prix passe avant tout. 

11h48. A moi le micro. Pas question de rompre avec cette habitude… Je rebondis sur la réponse précédente où tout le monde aura compris que le gros des investissements ira chez Monoprix (et donc pas chez Géant) : “La qualité d’actifs en hypers n’est-elle donc pas discriminante pour le client à vos yeux ?” Dit autrement : le prix bas peut-il justifier une expérience d’achat parfois paupérisante ? Réponse : “Bien sûr que l’expérience d’achat est un élément important. Mais demandons-nous quelles sont les attentes des clients ? L’assortiment, l’absence de ruptures, l’attente en caisses et le prix naturellement. Si je vous lis bien, le prix, c’est même le plus important !“. J’avais qu’à pas l’écrire depuis 25 ans ;-) Plus tard, le voici défenseur absolu du discount dans le commerce (Edouard Leclerc ne doit pas en revenir…). JCN dans le texte : “Baisser les prix créé de la valeur“. Chantre du discount, je vous dis ! “On préserve l’actif commercial“. Voilà une dizaine de mots qui méritent leur place dans tous les livres au chapitre Le cercle vertueux du discount ! Bon cela dit, attention à ne pas mal interpréter. Le sujet était Géant. Pas Monoprix où c’est… l’inverse ! “Nous n’avons pas à baisser les prix tant que nous gagnons des clients“. 

11h52. Au gré d’une question plus générale, une conviction de JCN sur le e-commerce alimentaire. “Nous pensons que la livraison depuis un entrepôt aura du mal à être rentable. Le seul modèle qui peut réussir c’est la préparation en magasins. C’est ce qu’on essaye de faire avec Cdiscount et Franprix. La commande passée sur Cdiscount est préparée dans le Franprix le plus proche et livrée depuis le magasin”.

12h05. La rentabilité des activités françaises revient sur la table. On apprend au passage que Géant et Leader Price ont affiché un ROC négatif l’an dernier. Mais – et parce qu’il y a toujours un “mais” dans ce genre de réponse ! – le second semestre a été positif. C’est déjà ça ! Plus intéressant, l’argumentation de la perte 2015 permet d’y voir plus clair sur l’effort de prix consenti depuis 2 ans. “Quand on investit de 700 à 800 millions d’euros dans les prix, c’est normal que les résultats soient difficiles“. Ben voilà, suffisait de le dire. La baisse de prix a donc coûté de 700 à 800 millions d’euros à Casino. JCN a certes démarré sa phrase par l’habituel “comme vous savez“, perso je ne le savais pas. Ou l’avais manqué. Ce qui est aussi possible… 

12h23. Dernière question sur les swaps de taux. Vous avez pas compris ? Moi non plus. Du coup, pour tout dire, je n’ai pas écouté la réponse ;-) Et je file dans la… back room. C’est là qu’avec quelques camarades, je vais prendre un drink avec le boss…