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Leclerc ? Même pas peur (enfin si…)

TGC170 bloc

LES FAITS. Monoprix a annoncé hier avoir signé avec Amazon pour rejoindre la plateforme PrimeNow et son système de livraison express. Leclerc ? Rien de menaçant… 

En présentant les comptes 2017 de Casino, Jean-Charles Naouri avait pris soin de miniminer la menace Leclerc à Paris. Savants calculs à l’appui, le patron du groupe avait tenté de convaincre que l’effet Leclerc serait marginal, tant sur le chiffre d’affaires que sur la rentabilité de Monoprix et Franprix : environ 1 % sur les ventes, moins de 2 % sur les bénéfices.  Dit autrement : Leclerc ? Même pas peur !  

Un activisme sur le sujet Paris qui ne trompe pas 

Même distance, au moins apparente, chez Carrefour. Jeudi, à quatre jours du lancement de Leclerc Chez Moi, Marie Cheval, la patronne de l’activité digitale de Carrefour minimise la menace (“Il y a les effets d’annonce Leclerc et la réalité Carrefour”), tout en accordant une longue interview aux Echos. Le lendemain, comme pour “signer” qu’il s’agissait bien d’un comité d’accueil, Carrefour inonde la presse d’une publicité “Ici c’est Paris”, rappelant sa présence depuis 40 ans dans la capitale. Au passage, le groupe s’accomode un brin de la réalité historique puisque Carrefour doit d’abord sa présence parisienne à la fusion avec Promodès en 2000. Mais qu’importe, la déclaration d’amour était claire : Paris n’a pas besoin d’un nouvel amant, Carrefour fait bien l’affaire. Hier, enfin, à l’heure où Morphée ouvre ses bras, c’est Casino qui annonçait avoir signé avec Amazon Prime pour la livraison express de l’offre Monoprix. Sans même pouvoir annoncer une date de démarrage du service… Comme si la signature avait été quelque peu anticipée pour démontrer – dans une forme d’urgence – l’activisme de Casino sur le sujet Paris. D’évidence, la réaction de Carrefour comme de Casino dit quasi l’inverse de la posture officielle. Même pas peur, enfin si… Et c’est juste… légitime. Car Paris est pour les deux groupes un véritable coffre-fort et nombre de magasins sont des cash-machines. Au-delà même de la part du gâteau que Leclerc pourrait croquer, le premier effet est ailleurs : sur les prix. Leclerc met sur la table une proposition de valeur radicalement différente. Moins chère de 20 à 25 %. Et même si la construction de l’offre est encore imparfaite, Carrefour et Casino ne pourront pas minimiser longtemps la menace. Surtout lorsque Leclerc (pas gêné par des magasins existants, à la différence de ses rivaux) multipliera les drives piétons pour s’émanciper du coût de la livraison. Car c’est bien, là, la véritable menace : que Leclerc disrupte la proximité urbaine. Avec un argument juste massue : le prix. Un détail.

Olivier Dauvers

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