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Gérard Mulliez dans le texte

GérardMulliez

Aujourd’hui vendredi, c’est « la » journée Auchan (OK, y’a aussi les « femmes », mais c’est ici pas le propos). La journée Auchan, donc, puisque le groupe va présenter ses résultats 2018 ce matin à Paris. Attendus comme jamais (parce sous pression comme jamais). Alors, j’ai choisi d’évoquer aujourd’hui mon déjeuner d’hier puisqu’il s’agissait d’Auchan. C’était à Lille, dans le cadre du Flandres Business Club avec… Gérard Mulliez.

Autant le dire, à 87 ans, l’homme n’a rien perdu. Sa gouaille ? Intacte.  « Appelez moi Gérard ! », lance-t-il en introduction de la séquence questions / réponses. Et à une interlocutrice qui n’y parvint pas (la faute à son éducation, assura-t-elle), il lance : « L’éducation, c’est fait pour passer par dessus ! ». Sa vivacité ? Toujours là. Fallait le voir se sortir sans difficulté d’un lapsus où, l’espace d’une phrase, Leroy Merlin devint par erreur… Castorama. Aussitôt : « Laissons les Anglais avec les entreprises françaises et les foutre par terre, ça laisse Leroy Merlin tranquille ». Ses convictions sur l’entreprise ? Toujours solidement établies (c’est à lire plus bas). Et même ses lubies légendaires figurent en bonne place dès qu’un micro se tend. Le couplet sur la permaculture et la référence au (contesté) professeur Joyeux étaient sans doute de trop mais j’ai toujours compris qu’il fallait prendre Gérard Mulliez comme il l’était. Et qu’il était toujours intéressant de l’écouter. Morceaux choisis…

 

Sur ses débuts

« Ce n’est pas un secret, les débuts du premier magasin furent difficiles. Un jour mon père m’a dit : « Soit c’est le métier qui n’est pas le bon ; soit c’est toi qui n’est pas bon. Dans les deux cas, pourquoi la famille doit-elle continuer à financer ton projet ? ». Je me souviens être devenu blanc comme un linge ! Mon père m’a alors dit : « Je te laisse 3 ans, pas un jour de plus ». Ca a suffit ! »

 

Sur les salaires des patrons

« Il est scandaleux de voir la rémunération de certains patrons du CAC 40. C’est un scandale. Ca n’est justifié par rien. Dans leurs affaires, mon père et son frère avaient décidé qu’un patron ne pouvait pas gagner plus de 20 ou 25 fois plus que leurs employés. Ils se le sont appliqués. »

 

Sur la discrétion dont il faisait preuve lorsqu’il était aux commandes

« Il y a beaucoup de raisons pour demeurer discret. D’abord parce que sur le principe, il vaut toujours mieux « faire » que « dire ». Et puis pourquoi aller raconter à vos concurrents les idées que vous n’avez pas encore eu le temps d’appliquer ? »

 

Sur d’éventuels regrets

« Par définition, le regret ne sert à rien puisque c’est réfléchir sur du passé. Et le passé c’est dépassé. Donc, non, je n’ai aucun regret. »

 

Sur la Belgique

« Un tiers des Français pensent que j’habite en Belgique. Autant le dire, je n’ai jamais voulu habiter en Belgique. Ma femme ne voulait pas. Et là on se dit « tu sais la femme que t’as, pas celle que tu auras ». Alors je suis resté en France ! »

 

Sur l’actionnariat des salariés

« Avant de mettre en place l’actionnariat des salariés en 1976, j’ai du convaincre ma famille. Ca m’a pris 8 ans avant que ma famille accepte. Et j’ai même du menacer de démissionner pour l’obtenir. La famille a finalement accepté mais en posant une condition, qui m’a rendu service : que le personnel soit formé pour comprendre comment devait fonctionner une entreprise. »

 

Sur les actionnaires (ou les héritiers) familiaux

« Je préfère largement un actionnaire. Un actionnaire est dans l’action. Un héritier utilise le patrimoine pour vivre. Le danger, c’est donc que les actionnaires deviennent des héritiers. Il faut se battre pour que les « familiaux » passent par l’entreprise. Et même les faire démarrer à « zéro » dans l’entreprise. Tout ça, c’est comme une échelle : si vous ne passez pas par les barreaux du bas, vous ne pouvez pas arriver en haut ».

 

Sur les gilets jaunes

« On paye le manque de formation à l’économie. Si j’étais Président de la République, je rendrais obligatoire la formation à l’économie familiale, à l’économie de l’entreprise, à l’économie de la nation et à l’économie internationale. Si tout le monde comprenait comment ça fonctionne, on aurait beaucoup avancé… »

 

La dernière question posée à Gérard Mulliez, comme en clin d’œil au déjeuner qui nous réunissait : composer votre table idéale. Forcément, ça surprend… Mais c’est révélateur de son intacte volonté de convaincre sur l’entreprise / l’économie et d’en faire la pédagogie. A table donc : les patrons du Parti Communiste et de la CFDT, 2 gilets jaunes (du Nord !), un prêtre, le Ministre de l’éducation et un patron influent de la presse écrite. Improbable table… 

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