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En passant par Fessenheim…

OD DS

Passage par Fessenheim mercredi, là où Dominique Schelcher, patron des U, exploite « son » Super U. Masques (presque) sur le nez, discussion au temps du covid…

 

La première prise de conscience qu’il se passait quelque chose de significatif ?

Mi février. Tout le monde me regardait avec étonnemment quand j’évoquais la crise à venir. Une épidémie ne connaît pas les frontières et nous avions déjà des signaux clairs, venant de Chine ou plus près de nous d’Italie. Au sein de Système U, j’ai le souvenir précis d’en parler pour la première fois lors de notre comité stratégique de mi-février. Et je sens bien que le sujet n’est pas encore dominant.

 

La première action ?

Dès fin février, au sein de mon magasin, ici à Fessenheim. Je demande à mon directeur de faire adopter les gestes barrières. Je prends ensuite la décision d’annuler la soirée du personnel. Pas une décision facile à prendre mais il faut être cohérent.

 

Être en Alsace, au cœur de l’épidémie, a-t-il changé le regard sur la situation ?

Evidemment. Ici, nous sommes sur l’épicentre. Tout le monde connaît des personnes atteintes ou disparues. Sans exception. Tous les jours, dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, il y a 6, parfois 8 pages, de nécrologie. C’est terrible. Tous les jours, on connaît quelqu’un. Oui, ça change le regard.

 

La décision dont vous êtes le plus fier ?

Il y en a 2. L’une pour l’interne, l’autre pour l’externe. En interne, pour garder le lien avec le réseau, j’ai très vite écrit quotidiennement à tous les associés. Il fallait partager les enjeux, les actions, les ambitions. Tous les jours ou presque, nous découvrions une situation nouvelle. Il était indispensable d’embarquer tous les associés. Désormais, j’écris trois fois par semaine. Et en externe, c’est évidemment la décision de payer comptant nos fournisseurs les plus modestes. Ce sont des sommes importantes, très importantes. Mais nous ne sommes pas seuls. Un commerçant sans ses fournisseurs n’est pas grand chose. Il y a une forme de co-responsabilité à assumer.

 

La chaîne alimentaire aurait-elle pu rompre ?

Bien sûr. Avec le recul, quand nous regardons les incroyables à-coups auxquels nous avons eu à faire face et les enjeux sanitaires pour nos personnels, sur toute la filière, oui, la chaîne alimentaire a été menacée. Désormais, elle est passée en mode dégradée mais sécurisée je le pense.

 

L’indicateur le plus important que vous regardez désormais ? Toujours le chiffre ?

Non. Le nombre de malades parmi les salariés et les associés U. L’épisode remet en avant à quel point le commerce est un métier d’hommes et de femmes. Donc, oui, c’est l’indicateur que je suis de plus près. Quotidiennement.

 

Ici, en Alsace, c’est surprenant de voir des rayons trad’ fermés et notamment la charcuterie. C’est faute de bras ou de clients ?

Un peu les deux ! Mais les clients sont frileux aujourd’hui vis-à-vis des rayons trad. Là encore, pour le comprendre, il faut accepter que nous sommes bien à l’épicentre de l’épidémie. Et que ça modifie profondément le comportement des consommateurs. Nous avons bien testé de rouvrir le trad pour Pâques. Mais sans succès. Il y a une impressionnante quête de l’hygiénisme.

 

Le retour en grâce du plastique, banni il y a encore 2 mois ?

Oui, un sacré paradoxe !

 

Le monde d’après ?

Aussi dur qu’aujourd’hui mais sur une autre dimension. Après la crise sanitaire, viendront inévitablement les difficultés sociales et économiques. Et j’ai bien peur là encore que nous n’en ayons pas pris la mesure. Mais c’est en restant solidaires, comme nous le sommes actuellement, que nous dépasserons cette crise

 

Fessenheim, mercredi 15 avril, 19h