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Le cri d’alarme du patron de Beauty Success

PG

Très impacté par la crise sanitaire, notamment ce second confinement à l’approche des fêtes de Noël, le patron de l’enseigne de parfumerie Beauty Success, pousse un cri d’alarme. “C’est un carnage qui est devant nous” dit-il, résumant  le sentiment de nombreuses enseignes de points de vente indépendants et de taille modeste. Questions/réponses… 

 

Que représente les fêtes de fin d’année pour la parfumerie ?

Avec le jouet, le parfum est le marché le plus « Noël-dépendant ». Novembre et décembre représentent un peu plus de 40 % de notre activité. C’est la période de l’année qui détermine le résultat de l’ensemble de l’exercice et qui permet d’envisager – ou non – la suite. Je n’apprends rien aux commerçants mais, dans nos métiers, quels que soient les produits que nous vendons (des flacons de parfums ou des boîtes de conserve), 5 % de chiffre d’affaires en plus ou en moins changent totalement nos comptes d’exploitation.

 

Dans quel état est le réseau Beauty Success aujourd’hui ?

Avant même ce second confinement, nous étions déjà exsangues. Pendant 2 mois au printemps, nous avons perdu 100 % de notre chiffre d’affaires. Pour être concret, à l’échelle de notre réseau, sur 300 millions de chiffre d’affaires annuel, nous avons enregistré 60 millions d’euros de manque à gagner. Soit, déjà, 20 % de notre activité, sachant que les mois suivants n’ont pas permis de rattraper ce retard. Et, devant nous, en novembre et décembre, nous avons donc 120 millions d’euros de ventes théoriques. Ou… rien si nous demeurons fermés. En clair, c’était déjà une catastrophe, c’est un carnage qui est devant nous. Derrière notre enseigne, il y a des franchisés, des entrepreneurs, souvent TPE ou PME. Une part très importante ne survivra pas à ce nouveau confinement. C’est la triste réalité et, je le regrette à l’avance, mais il y aura des drames économiques et, soyez-en certains, des drames humains. Que reste-t-il à un petit entrepreneur quand il a tout perdu ? Une montagne de désespoir. Rien d’autre.

 

Il y a pourtant le click & collect comme alternative à la vente en magasins…

Bien sûr… Et nous avons activé ce canal. Mais nous ne rattrapons qu’environ 10 % des ventes. Ce qui, en plus, n’est pas suffisant pour couvrir ne serait-ce que les coûts d’ouverture des points de vente pour assurer le service.

 

Lorsqu’ils sont interrogés, Bruno Le Maire et Jean Castex mettent en avant les dispositifs qui ont été et qui sont à nouveau mis à œuvre…

Bien sûr il y a des « filets de sécurité » puisque c’est leur terme. Mais c’est malheureusement tellement insuffisant. Dans une approche « macro », ces milliards « claquent », c’est vrai. Mais, ramené à un niveau « micro », c’est-à-dire entreprise par entreprise, que représentent-ils ? Alors, oui, les dispositifs de chômage partiel ont été utilisés. Les prêts de trésorerie aussi. Mais comment seront-ils remboursés ? Impossible vu l’ampleur de la catastrophe.

 

Les bailleurs disent avoir fait des efforts. Info ou intox ?

Les deux. Pour être transparent, les plus compréhensifs ont été les « indépendants » : les patrons de Leclerc, de Super U ou d’Intermarché, lorsqu’ils sont propriétaires de leur galerie. Dans certains cas, on a obtenu jusqu’aux 2 mois de fermeture subie. Mais avec les « grandes » foncières, c’est nettement moins le cas. Prenez Intermarché : l’écoute d’ImmoMousquetaires est bien plus faible que celle des adhérents sur le terrain. Sans compter que ces foncières (c’est aussi le cas de Carmila pour Carrefour, Mercialys pour Casino ou Fongaly pour Cora) exigent des contreparties, comme l’abandon de notre faculté à dénoncer le bail à sa prochaine période triennale pour le prolonger automatiquement de trois ans. Et que nous donnent-elles ? Un mois ou un mois et demi. Donc dans tous les cas, on perd. Ne vous y trompez pas : il y a aura des dépôts de bilan massif.

 

Vous demandez donc une réouverture ?

Oui mais pas n’importe comment, dans un cadre sanitaire qui est beaucoup plus strict que ce que l’on pense. Lors du déconfinement, notre profession, donc pas uniquement Beauty Success, a élaboré une norme spécifique, certifiée Afnor. Nous n’avons d’ailleurs pas eu un seul cluster ! Et, à présent, nous sommes prêts à être encore plus exigeant. Nous sommes adaptables et agiles. Par exemple, s’il faut élargir les amplitudes horaires, pas de problème. S’il faut organiser des prises de rendez-vous pour les clients qui le souhaitent, pas de problème. S’il faut une jauge plus stricte, pas de problème. Mais que l’on nous rende notre « droit à commercer ». Sinon, ils auront nos morts sur la conscience.