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Carrefour 2030 : ce qu’il y a dans le nouveau plan d’Alexandre Bompard…

Alexandre Bompard

Du temps long et la liberté de réinvestir les bénéfices dans le développement du groupe. Voilà ce qu’Alexandre Bompard, en tant que PDG d’une entreprise cotée, peut difficilement s’offrir. Alors il fait sans. Le plan “Carrefour 2030” qu’il présente ce matin cherche comme à chaque fois à “maximiser” la valeur du groupe, avec la promesse de redistribuer dès cette année au moins 50 ou 60 % des bénéfices nets aux actionnaires. Et même davantage si possible.

La spécialité d’Alexandre Bompard, qu’il applique avec constance depuis son arrivée chez Carrefour en 2017, c’est un monstrueux plan d’économies. Un milliard d’euros de coûts supprimés chaque année, avec une régularité de métronome. Le rythme, prévient-il ce matin, ne faiblira toujours pas jusqu’en 2030.

Dans ces conditions, évidemment, pas la peine de chercher dans son programme une relance musclée des hypermarchés. Le dirigeant continue de laisser à d’autres la gestion des magasins s’il estime qu’ils feront mieux. Les transferts en location-gérance vont se poursuivre. De même, c’est nouveau, que les concessions d’univers fruits et légumes au spécialiste Blachère. Ce dernier se verra remettre les clés de 200 rayons d’hypers et supermarchés en France (une trentaine de concessions, déjà opérationnelles, donnent de bons résultats, tant en chiffre d’affaires qu’en satisfaction client via le NPS).

Et parce que le plan 2026-2030 de Carrefour est la suite logique du plan 2022-2026, je vous propose de prendre un peu de recul. Pour juger des promesses d’aujourd’hui à l’aune de celles de 2022, selon qu’elles ont été tenues ou pas, qu’elles sont poursuivies ou abandonnées.

Ce qu’Alexandre Bompard a tenu…

1 Md€ d’économies par an : il l’a fait et il continuera donc jusqu’en 2030.

Le recentrage géographique des actifs : il a multiplié les cessions depuis son arrivée (Asie, Italie et désormais Roumanie) ; il assume aujourd’hui se focaliser sur la France, l’Espagne, le Brésil et chercher les meilleures options pour ses autres implantations.

La franchise et la location-gérance : c’est désormais un credo majeur chez Carrefour, pour aller chercher de la croissance sans consommer de capital. Le développement dans de nouveaux pays ne passe plus que par des partenaires franchisés. En France, le distributeur va encore transférer 40 supermarchés par an en franchise et 15 hypers supplémentaires vont basculer en location-gérance en 2026.

La MDD : Alexandre Bompard va atteindre son objectif de 40 % du CA en 2026 (38 % en 2025, en hausse d’un point sur un an). Un équilibre jugé satisfaisant. Les marques d’enseigne continueront de croître plus vite que les marques nationales, mais pas à marche forcée comme il l’a fait par le passé.

Le e-commerce : le volume d’affaires réalisé en ligne par le groupe s’est fortement développé et il continuera. Mais, s’agissant de l’alimentaire, toujours à partir des magasins. En optimisant le picking avec Vusion (voir plus bas) et en proposant en ligne 100 % de l’offre PGC des points de vente français.

La valorisation immobilière : le patrimoine immobilier de Carrefour en France, Espagne, Brésil s’est valorisé de 25 % entre 2021 et 2025. Le distributeur entend continuer sur sa lancée. Il envisage notamment d’ouvrir des surfaces de parking à des commerces spécialisés.

Le retail média : Unlimitail, la joint-venture avec Publicis, est sur les rails et son chiffre d’affaires doit doubler d’ici 2028.

La RSE : Carrefour balise très bien ses démarches RSE ces dernières années et ne va pas s’arrêter là. La mise en avant des produits sains va prendre de l’ampleur.

Ce qu’Alexandre Bompard n’a pas tenu…

Le plan d’investissement : Alexandre Bompard avait promis de consacrer 2 Mds€ aux investissements, chaque année, entre 2022 et 2026. En réalité, les budgets ont été sévèrement rabotés d’exercice en exercice, pour descendre à 1,5 Md€ en 2025. La promesse est moins ambitieuse pour les années qui viennent : 1,8 Md€ en 2026, pour arriver à 2 Mds€ en 2030. Sauf si de nouveaux imprévus, donc, amènent à revoir les plans. Dans un sens ou dans un autre d’ailleurs…

Le résultat opérationnel courant : loin de progresser, il est passé de 3,1 % du CA en 2021 à 2,6 % en 2025. Alexandre Bompard promet de le remonter à 3,2 % en 2028, puis 3,5 % en 2030. Là, le gap est énorme.

L’optimisation des hypers : le dirigeant misait beaucoup, en 2022, sur le déploiement de sa méthode “Maxi” pour améliorer l’efficacité et la productivité des hypermarchés. Le sujet est tombé aux oubliettes et rien n’en prend la relève.

La proxi : 2 000 magasins supplémentaires devaient gonfler le parc entre 2022 et 2026. Seule une moitié du chemin a été réalisée, le développement du format est toujours l’ordre du jour (+ 1 750 magasins en France et en Espagne).

Les nouveaux concepts : le lancement d’Atacadao en France est un flop. Potager City se développe poussivement, avec 22 magasins à date.

Les nouvelles promesses

Les produits frais : Match est une pépite qui doit servir à marcher sur les plates-bandes de Grand Frais. Le parc doit croître de 40 % pour atteindre 160 unités, avec une surface cible de 1 000 m2. Le concept hybride frais/discount de la famille Quattrucci, sous l’enseigne Marché Frais, pourrait s’étendre à une dizaine d’unités. 200 rayons f&l (hypers et supers) seront confiés en concession au groupe spécialiste Blachère.

Vusion : tous les hypers et supers français seront équipés d’ici 2030 des étiquettes électroniques, rails intelligents et caméras de Vusion. Ce qui permettra notamment de mieux surveiller les ruptures et d’accélérer les préparations de commande e-commerce en picking.

Google : comme déjà annoncé, Carrefour rejoint le protocole Universal Commerce de Google pour confier plus facilement des parcours de courses aux agents IA.

Réallocation de surfaces : 5 à 10 % des surfaces de vente seront réaffectées au frais ou à des verticales en croissance (maison, animalerie, parapharmacie, beauté, loisirs).

Part de marché : Alexandre Bompard se fixe l’objectif (contraignant) d’atteindre 25 % de part de marché en France d’ici 2030. Pour mémoire, son groupe est passé de 19,6 % (2021) à 21,6 % (2025) grâce au rachat de Cora-Match. Arriver à 25 % ne pourra pas se faire sans de nouvelles acquisitions. Aurait-il donc Auchan en ligne de mire ?

Pour les curieux, le détail du plan est ici en libre-téléchargement >>

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