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Innovation : la méthode Decathlon

Innovation : la méthode Decathlon

La tente Quechua deux secondes. Le masque de snorkeling Easybreath. Le kayak Itiwit gonflable. Ou encore la combinaison spatiale EuroSuit. Decathlon innove beaucoup chaque année, et de temps en temps touche le gros lot. La cash machine de la famille Mulliez (17 Mds€ de CA, 11 % d’Ebitda et 5 % de résultat net) est un modèle à part dans le monde du commerce, qui prend bien soin de ne pas être seulement un “distributeur”.

Parmi les 103 000 personnes qui travaillent dans le monde chez Decathlon, 1 700 salariés ont pour seule mission d’innover. 1 400 ingénieurs et 300 designers, répartis dans les 18 centres de conception du groupe, planchent sur les futurs produits exclusifs qui continueront de nourrir la réputation de la marque enseigne.

Le Mountain Store Decathlon de Sallanches, face au Mont Blanc
Le Mountain Store Decathlon de Sallanches, face au Mont Blanc

Quand ils ne testent pas eux-mêmes les prototypes, ces employés ne sont jamais loin du terrain de jeu de leur spécialité pour recueillir les retours de pratiquants volontaires, voire d’athlètes professionnels. Cinq sites sont implantés dans le nord de la France, près du siège du groupe : vélo, sports collectifs-bagagerie, chaussures, golf, fitness. Sur la côte atlantique, ceux qui travaillent sur les sports nautiques sont à La Rochelle, et à Hendaye pour les sports d’eau. Sallanches et Chamonix, dans les Alpes, sont dédiés aux sports de montagne, au camping et à la randonnée. À Cestas, près des forêts de Gironde et des Landes, on s’intéresse à la chasse et à l’optique.

Un site en Italie se consacre aux sportifs en situation de handicap. En Espagne, c’est le padel. En Inde, le cricket. En Chine, le badminton. Au Kenya, la course de fond. S’y ajoutent un incubateur en Chine et un second site pour la chaussure à Taiwan.

Ici, de nouveaux sacs sont maltraités pour vérifier leur résistance. Là, des ballons sont écrasés ou plongés dans l’eau pour éprouver le gonflage et les coutures. Certains produits sont directement co-conçus avec des athlètes partenaires. Antoine Griezmann voulait des chaussures de foot plus basses et a choisi un design “retro gaming” pour une série limitée. Sans parler bien sûr des échanges avec l’équipe cycliste Decathlon CMA CGM.

Les torture-tests des sacs dans le laboratoire bagagerie

Le distributeur-concepteur fait également tester des ballons de foot maquillés durant l’entraînement de clubs pros pour des comparaisons à l’aveugle entre plusieurs modèles. Il paraît que les dessins sculptés sur la surface, en modifiant l’aérodynamique du ballon, peuvent améliorer la trajectoire des tirs !

Les ballons de foot maquillés
Les ballons de foot maquillés

Les clients ordinaires sont aussi invités à participer. Sur une plateforme en ligne (cocreation.decathlon.fr), environ 250 nouveaux projets sont proposés chaque année. Cela va du simple sondage pour choisir un design au test de prototype pendant plusieurs semaines à la maison, en passant par des sorties de groupe ou des tables-rondes. Sur le site, les projets en cours rassemblent selon les cas de 30 à 200 participants.

Une plateforme de co-création avec les clients

La réparabilité, elle, avance à petits pas. Mais elle est évidemment inscrite sur la feuille de route. Decathlon ressemelle déjà des chaussons d’escalade, entretient des vélos, restaure des paniers de basket ou des buts de foot. Son nouveau cheval de bataille : les ballons.

Un partenariat industriel vient de débuter avec Loops, à Tourcoing (59). Une mini-usine conçue pour fabriquer des ballons de foot réparables (signés de la MDD Kipsta), dont l’enveloppe extérieure n’est plus collée à la vessie interne. Quand le ballon est hors d’usage après une ou deux saisons intenses, il peut revenir à l’usine pour recevoir une enveloppe neuve.

Des ballons réparables

Le projet démarre via un service lancé l’an dernier à destination des clubs amateurs : “Play unlimited”, la location des ballons avec remplacement gratuit en cas d’usure. 36 clubs avaient signé pour la saison 2025-2026, 5 000 ballons ont été loués (pas encore réparables à l’époque). Mais parce que les enfants tapent moins fort quand ils jouent, 30 ballons seulement ont pour l’instant été retournés… Afin de rassurer les clubs et récompenser les plus soigneux, quand le coût de la location rattrape celui du neuf (au bout de 10 mensualités en général), les loyers supplémentaires sont cagnottés pour la saison suivante.

Après le foot, le basket va lui aussi avoir droit à son ballon réparable. Il sera “épluchable” pour recevoir un nouveau revêtement extérieur.

Chaque année depuis vingt ans, un événement interne célèbre en grande pompe les meilleures innovations du groupe. Un show à l’américaine, avec des athlètes stars sur scène et des chefs de produit qui pitchent pour obtenir les votes de l’assistance. 1 000 à 2 000 personnes dans la salle, et la moitié des effectifs du groupe connectés à distance.

Les “innovations awards” 2026 de Decathlon

L’édition 2026 des “innovations awards” a eu lieu le 8 octobre. Les projets primés : une chaussure de running avec capteur intégré pour évaluer l’usure de l’amorti, une tente familiale pour 4 qu’une personne seule peut monter en deux minutes, une combinaison cycliste avec airbag intégré.

Dans les cartons de Decathlon, on trouve aussi un casque vélo pour enfant équipé d’une mentonnière de protection, un short de running avec protection menstruelle intégrée sans couture, un paddle gonflable en seulement trois minutes, un vélo compact capable de transporter 160 kg de charge et j’en passe ! Avec l’espoir, comme chaque année, de refaire le coup de la tente Quechua…

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