
C’est la première infographie de la synthèse des travaux de la commission d’enquête sénatoriale sur les “marges des industriels et de la grande distribution”… La première infographie et surtout le socle de la réflexion des deux sénatrices qui ont conduit les travaux : Anne-Catherine Loisier, la présidente, et Antoinette Guhl, la rapporteure. Titre de l’infographie : “La répartition déséquilibrée de la valeur dans la chaîne alimentaire”. D’un côté 7 % pour l’agriculture, de l’autre 40 % pour la distribution et les services. Qui est vite devenu dans le débat “40 % de la valeur pour la grande distribution”. Ce qui, ainsi présenté, peut suffire à justifier n’importe quelle mesure contraignante (le bon sens peut même conduire à exiger illico un ré-équilibrage !).
Problème : le socle est… bancal. Jamais bon pour la réflexion qui doit s’en suivre ! Et ce qui pourrait être acceptée venant de lobbistes ou d’intérêts catégoriels (c’est le jeu) ne peut l’être venant de sénatrices. Or ce 40 % est une construction servant une intention. Non !, la grande distribution (au sens habituellement compris de Carrefour, Leclerc, Auchan & co) ne capte pas 40 % de la valeur ajoutée de la filière alimentaire. Tentant une approche “raisonnable”, la FCD est repartie de l’étude initiale pour rappeler que les 40 % sont une agrégation de la distribution, de la restauration, des grossistes, etc. La FCD représente certes des intérêts catégoriels (suis pas non plus une perdrix de l’année pour ne pas le voir !). Mais l’idée même qu’il faille désagréger ledit 40 % est une évidence. Serge Papin, Ministre du commerce et la conso, l’a aussi rappelé aux deux sénatrices, hier sur France 2. Mais l’époque est à la simplicité, pas à la raison. C’est le seul tort d’Anne-Catherine Loisier et d’Antoinette Guhl : d’y avoir cédé. Elles sont évidemment totalement libres de leurs pensées sur les commerçants. Elles sont fondées à contester les pratiques à l’achat (j’en suis moi-même critique sur le volet comportemental). Mais elles auraient du se prémunir d’une telle légèreté méthodologique (qui pourrait comdamner leur rapport à l’oubli parce que trop facilement contestable). D’ailleurs, je pose la question simplement aux patrons de fédérations d’industriels qui appellent aujourd’hui le gouvernement à reprendre au plus vite les mesures proposées par les sénatrices : ce 40 % correspond-il à la réalité ? Oui ou non ? J’interpelle donc Jean-François Loiseau (Ania), Dominique Chargé (La Coopération Agricole), Nicolas Facon (Ilec) et Jérôme Foucault (Pact’Alim). Messieurs, ce 40 % est-il la vérité mathématique de la situation ? Rien de plus. Alors, c’est… oui ou non ? Et je rendrai évidemment compte de leurs réponses (ou non-réponses).



