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Le Point accuse

LePointDescendu de l’avion, passage rapide au kiosque Relay pour se « mettre à jour ». La « couv » du Point m’interpelle : Grandes surfaces, l’enquête qui accuse. Et là, un flash. Il y a quelque temps, disons 2 à 3 mois, une journaliste du Point (dont je tairais le nom car tel n’est pas l’objet) avait demandé à me rencontrer pour évoquer le plus largement possible la grande distribution. La rédaction-en-chef du magazine lui avait « commandé » une enquête sur les grandes surfaces, elle qui d’ordinaire « couvre » un tout autre sujet. D’ailleurs, dès le début de l’entretien, la franchise avec laquelle elle m’avait avoué sa méconnaissance de cet univers me laissait espérer un traitement plus pondéré que la moyenne, sans qu’il en devienne pour autant hagiographique. A ce stade, elle n’enquêtait encore sur rien de précis mais cherchait « à comprendre » tout en orientant systématiquement l’entretien sur ce qui pourrait être porté au débit des enseignes. Sans nier les travers des enseignes (la tension des négos, la gestion des pénalités, etc.), je modérais ses ardeurs inquisitrices en tentant de la convaincre qu’une enquête strictement à charge n’en serait pas honnête intellectuellement. J’imaginais – grand naïf que je suis ! – que Le Point ne pouvait se laisser aller à pareil raccourci. Mais mon interlocutrice douchait bien vite mes illusions en m’évoquant le cahier des charges fixé par la rédaction-en-chef qui, visiblement, avait commandé une enquête à charge. Et là, ce matin, face à la couverture du Point, j’en viens même à imaginer que le titre était probablement fixé avant que ne démarre l’enquête.

Pour autant (et probablement parce que Le Point est un journal sérieux), pas question de laisser à penser que les exemples cités par le magazine sont bidonnés. Non ! L’enquête sent le sérieux, le fouillé. C’est la mise en musique de l’ensemble qui est contestable, faite de sous-entendus et de raccourcis qui n’ont d’autres ambitions que d’étayer la couverture. Deux exemples parmi d’autres. 1) un encadré sur une erreur de caisse chez Auchan Bagnolet qui s’achève sur un terrible « Les erreurs de caisse ne sont pas programmées, du moins l’espère-t-on ». 2) évoquant les relations tumultueuses entre industriels et enseignes, Le Point l’illustre notamment par « la reprise d’invendus, très prisée, qui oblige le fournisseur à d’incessants trajets pour récupérer trois colis de yaourts, sauf à consentir un rabais supplémentaire ». Que l’exemple soit réel, c’est possible, peut-être même probable. Que Le Point le généralise (jusque dans le côté caricatural des trois colis de yaourts) en soulignant le caractère « très prisé » montre bien là l’ambition initiale de l’enquête.