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Philippe Bouriez, l’un des derniers bâtisseurs

Philippe BouriezPrésident d’honneur du groupe Cora-Louis Delhaize depuis qu’il en avait confié la direction à ses deux fils, Pierre et François, Philippe Bouriez, 80 ans, est décédé ce week-end. Contrairement à d’autres « grands bâtisseurs » du commerce, il était peu connu*. Pourtant, il est incontestablement de leur famille. En 1969, à Garges les Gonesse, il ouvre son premier hyper. Un Carrefour. Faute d’enseigne connue, il prend en effet la trace de l’inventeur de l’hyper. L’association ne dure que quelques années. En 1975, alors qu’il commence la construction d’un groupe majoritairement orienté sur l’hyper, premier acte d’indépendance. Bye-bye Carrefour. Bonjour Cora. Les quatre lettres de la nouvelle enseigne étant dans la précédente, c’était plus rapide et moins coûteux !

La suite de l’histoire a conforté ce goût de l’indépendance. Philippe Bouriez a successivement repoussé Daniel Bernard (PDG de Carrefour) et Jean-Charles Naouri (Casino). Mieux, alors que Casino avait mis la main sur 42 % du groupe (je vous passe les détails historiques mais une fâcherie familiale et un frère et une sœur qui vendent à l’extérieur), la famille décide de se ré-endetter pour reprendre le contrôle total de son affaire. Pas de chance, l’opération se dénoue alors que la valorisation des affaires de distribution est au plus haut. Mais l’indépendance n’a visiblement pas de prix.

Alors, certes, ce goût de l’indépendance à tout crin explique sans doute la position isolée du groupe sur la scène hexagonale (également présent en Belgique et en Roumanie). Cora est le plus petit des grands distributeurs. Et le paye tous les jours via des prix notoirement plus élevés que la moyenne. Au fil des ans, les occasions qui se sont présentées ont toujours été repoussées. Souvent même avant d’avoir été réellement explorées. La volonté d’indépendance, là aussi…

Une pensée personnelle pour François, Sophie et Pierre.

* Sans grand risque de me tromper, Philippe Bouriez est le patron (retail) qui aura le moins cotoyé de journalistes sans que je comprenne exactement pourquoi. Conséquence, les rares rencontres sont mémorables. Notamment les déjeuners dans son bureau qui démarraient toujours par un coup de gong. La première fois, forcément ça surprend !