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Mousquetaires : sous le calme (apparent), toujours la tempête

Intermarché

Retour sur l’AG des Mousquetaires du 13 juin et, au-delà, sur le trouble (c’est un euphémisme) qui traverse toujours, trois semaines plus tard, bon nombre d’adhérents Intermarché. La veille de l’AG (parce que les Mousquetaires sont grandement prévisibles sur leurs crises de gouvernance), j’avais publié ici les raisons de la colère : une promesse unilatérale d’achat (PUA en jargon Mousquetaires) des affaires d’un adhérent du Nord pour la somme de… 155 millions d’euros. Une somme jugée extravagante (quasiment une année de résultat du groupe selon les adhérents qui ont dévoilé l’affaire à l’époque) et, au-delà, une méthode contestée puisque toute publicité de l’accord avait été soigneusement évitée pendant 5 ans (voir ci-dessous).

Habilement, le jour de l’AG, la direction du holding de tête des Mousquetaires (la “SLM”), emmenée par son président Didier Duhaupand, avait annoncé porter plainte contre X pour abus de biens sociaux. Ce qui, au moins dans l’esprit, revenait à mettre en cause la précédente direction suspecte d’avoir signé un engagement hors-norme. Objectif évident : calmer la fronde. Seul hic : les Mousquetaires-en-chef d’aujourd’hui n’étaient pas non plus complètement absents des organigrammes d’hier. Voilà pourquoi la plainte n’a pas éteint totalement éteint l’incendie. Et que, sous le calme apparent, la tempête gronde toujours. 

En témoigne un nouveau courrier interne auquel j’ai eu accès. Toujours aussi véhément que celui qui avait précédé l’AG, révélant les sommes en jeu dans le cadre de la PUA. Dans ce courrier, d’autres engagements de type PUA sont évoqués. Extrait : “Les PUA arrangées entre amis, mises en lumière ces dernières semaines, sont bien plus nombreuses que le nombre qui nous a été annoncé à l’Assemblée. Ce mensonge, un de plus, démontre bien qu’il y a des arrangements entre amis, ce qui justifie pourquoi les anciens dirigeants et certains membres actuels de la SLM ne souhaitent pas de véritable opération mains propres dans notre groupement“. Voilà qui donne le ton ! Sur la forme, ce collectif d’adhérents frondeurs (auto-baptisés “Les Mousquetaires de France”) révèle aussi qu’une partie de l’AG se serait déroulé “à huit clos“. En clair, sans la présence des commissaires aux comptes et des huissiers. “Vous êtes-vous posé la question du pourquoi ?“, interrogent faussement naïfs ces adhérents, avant d’apporter leur réponse : “La SLM aurait-t-elle eu peur du procès verbal d’AG ? Nous sommes convaincus que ce PV aurait pu être saisi par le Procureur de la République de Paris, dans le cadre l’enquête contre la PUA de Marc Legrand“. 

Sur le fond, à présent, l’interrogation de bon nombre d’adhérents réside dans la responsabilité de l’actuel patron de la SLM, Didier Duhaupand, dans la PUA signée à Marc Legrand. Promesse signée en 2012, selon le collectif, mais dont Didier Duhaupand n’aurait été informé qu’en juillet 2017. Ce dont nombre de Mousquetaires doutent. Sans leur donner raison ou tort (à chacun son métier, le mien est journaliste pas juge !), la question qui en découle est assez simple : pourquoi avoir attendu le 23 mai… 2018 pour reconnaître l’existence de cette PUA ? Sachant que Les Mousquetaires auraient même saisi l’autorité de la concurrence dès le 12 avril pour le rachat des points de vente. Sans le dire ainsi, ces adhérents considèrent qu’il existe plus qu’un flou sur un dossier qui engage les millions du groupement par dizaines ! Et quand c’est flou, c’est – comme dit l’autre – qu’il y a un loup. Et quand il y un loup (ou des loups), c’est rarement… pacifique. 

 

NB : au passage, petit message par avance aux adhérents légitimistes qui m’expliqueront que j’ai “grandement tort de me mêler de leurs affaires internes” et que je suis “plus intéressant à lire quand je m’intéresse au “vrai” métier“. Donc, sachez que : 1/ je n’ai que faire de vos avertissements répétés ; 2/ la gouvernance d’un groupement d’indépendants est un sujet qui m’a toujours passionné, précisément parce que j’assume que ma doctrine économique m’oriente vers le commerce indépendant parce qu’il est plus performant. Sauf, évidemment, quand il perd son temps et son énergie dans ce genre d’imbroglio. Et que la suite de l’histoire est écrite : sans apaisement à court terme, Intermarché ne pourra tenir bien longtemps le rythme actuel de conquête de parts de marché. Car chaque instant passé par les adhérents à se “pouiller” ou se justifier est du temps perdu pour le… commerce. Vous voyez qu’il y a bien un lien avec le commerce…