Le , par
Loi EGA : grand bazar et hypocrisie à tous les étages ou presque

EGA

Les défenseurs de l’entrée en application rapide de la loi EGA ont donc emporté le morceau. Vendredi, en fin d’après-midi, le cabinet du Ministre de l’Agriculture a officiellement indiqué que les ordonnances EGA seront présentées mercredi prochain en Conseil des Ministres. Le relèvement du SRP entrera en vigueur le 1er février alors que, pour les promotions, l’application se fera en deux temps : au 1er janvier pour la limitation à 34 % de la générosité (j’ai hâte de voir les premiers prospectus, déjà imprimés…) et au 1er mars pour le volume promo bloqué à 25 % des ventes. 

C’est, espère-t-on au ministère, la fin d’une semaine de cafouillage. Mais un cafouillage riche d’enseignements… Sur le grand bazar qui règne au sommet de l’État (on va commencer à s’y habituer !) comme sur l’hypocrisie des différentes parties prenantes (je l’évoque depuis longtemps). Côté État, il faut rappeler qu’il y a quelques jours encore les ordonnances n’étaient annoncées que pour 2019. Au Figaro, vendredi matin (quelques heures avant l’annonce du ministère donc…), le député Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la loi EGA à l’Assemblée (pas le premier parlementaire venu !), indiquait encore que « les ordonnances seront publiées en début 2019 ». Tout bon ! 

En parallèle, la semaine dernière, les militants de la cause EGA ont fait feu de tout bois pour défendre les ordonnances. Chacun avec ses raisons, aucune n’étant objectivement raccord avec l’objectif numéro 1 de la loi, soutenir le revenu agricole. En aval de la chaîne, les enseignes de la FCD et Système U ont plaidé publiquement pour le maintien du calendrier initial. C’était touchant d’amour agricole. Ou d’inquiétude pour leurs marges ou le plan d’action commercial 2019 qui n’avait pas été imaginé autrement que dans le cadre d’une application de la loi… ? Les industriels, eux-aussi, ont milité pour le respect du calendrier initial. L’intérêt des agriculteurs, vraiment ? Ou l’opportunité qu’ils n’entendaient pas laisser passer de retrouver partiellement le pilotage de leurs prix par la mesure SRP + 10 et la limitation de la générosité promo à 34 % ? J’ai ma petite idée…

Enfin, il y a le « cas » FNSEA. Depuis des mois Christiane Lambert se bat bec et ongles pour défendre les ordonnances. Parce que le revenu agricole en dépend ? Pfff… Parmi les agriculteurs, ils sont de plus en plus nombreux à en douter publiquement. D’ailleurs Christiane Lambert n’a toujours déniché l’argument qui ferait mouche (parce que rationnel) pour expliquer la théorie du ruissellement que lui a vendu le précédent Ministre, Stéphane Travert. Une théorie qu’elle a achetée comptant. Et surtout contente de voir peser une contrainte sur le maillon de la chaîne qu’elle honnit : le commerçant et notamment Leclerc, excellent levier d’unité agricole ! Reste quand même à savoir si l’objectif de la loi EGA était de conforter le pouvoir de Christiane Lambert sur son organisation (pour le coup, c’est réussi) ou d’améliorer le revenu agricole. #Hypocrisie.