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Marques et enseignes : engagez-vous ! (épisode 1…)

TT 2019

Présentation jeudi à Paris des recommandations 2019 du Think Tank Agri/Agro des Echos dont j’ai la charge depuis l’origine il y a 5 ans (en libre téléchargement ici). Et semaine spéciale sur le blog pour évoquer le sujet qui me semble désormais central pour stopper le déclin agricole français : l’origine des produits. Pour ceux qui imaginent une dramatisation exagérée, lisez donc à partir de jeudi les premières pages du document, c’est édifiant…

Cinq années d’échanges au sein du Think Tank, complétées de nombreux échanges plus informels ici et là, m’ont permis de forger quelques convictions… 

Faire sans les “penseurs” agricoles

Qu’ils soient élus ou auto-proclamés défenseurs du monde paysan, ces “penseurs” n’ont, in fine, pas vraiment servi la cause qu’ils défendent. Car, faute de poser convenablement le problème, ils s’arcboutent sur des solutions qui ont, hélas, fait la démonstration de leur inefficacité. Les EGA sont un modèle du genre. Au moment de dresser le bilan des EGA pour la Ferme France, il faudra se souvenir du chantage à peine voilé de Christiane Lambert, patronne de la FNSEA, en fin d’année dernière : alors que la publication des ordonnances tardait, elle menaçait de manière à peine voilée que les “gilets verts” rejoignent les “gilets jaunes”. Ce qui revenait à considérer que ces dispositions étaient donc absolument favorables aux agriculteurs. 

Faire sans les politiques

Voilà quelques décennies que les politiques répondent avec plus de démagogie les uns que les autres aux problématiques agricoles. Jamais en admettant la réalité du problème originel : les distorsions dans les conditions de production qui entravent la compétitivité de l’offre française. Et pour cause… Au grand jeu (légitime) de la construction européenne, ils ont laissé s’installer des différences mortifères entre paysans du continent. Qu’il s’agisse de sujets fiscaux, sociaux ou environnementaux, la conséquence est la même. Hormis quelques filières toujours montrées en exemple (le Comté étant le meilleur exemple), l’offre made in France peine à concurrencer les agricultures européennes sur les marchés mondiaux. Et l’offre européenne alimente les usines agroalimentaires de l’Hexagone pour y être transformée ou les tables de restaurants pour y être avalée par des clients pourtant avides d’informations sur l’origine mais… laissés dans l’ignorance (nettement plus d’un poulet sur deux consommé en RHF n’est pas français).

Seule une modification de la demande des consommateurs pourra soutenir l’offre France

C’est une réalité économique accessible à n’importe étudiant en première année de fac d’éco : seule la valeur créée en aval peut être redistribuée en amont. Le reste n’est qu’utopie ! D’où la nécessité d’imaginer des mécanismes économiques qui modifient la demande des consommateurs au profit de l’offre française. Comment ? En assurant non seulement la transparence complète de l’origine mais aussi sa visibilité. Les exemples sont nombreux… Produits simplement estampillés “UE”, origine absente ou illisible sur les produits élaborés, etc. Mécaniquement (et même si le mouvement est modeste), expliquer clairement que le poulet du plat cuisiné est polonais, que le lait du dessert est allemand, que le cochon du plat cuisiné est espagnol, le bœuf du burger d’ailleurs encore réorientera une partie de la demande conso vers des produits à l’origine France garantie. Pas question d’attendre une bascule des marchés, évidemment. Mais l’économie est ainsi faite que chaque fois que la demande se porte peu à peu sur un produit précis, les prix sont davantage soutenus. Or ce sont bien des prix rémunérateurs qui manquent aux paysans français. 

Seul un engagement collectif permettra de passer de l’intention aux actes

En s’engageant collectivement (donc en évitant que actions positives d’un seul acteur le pénalise), marques et enseignes ont une responsabilité historique : sauver (parce que c’est bien le mot qui s’impose) la Ferme France. A plusieurs reprises, j’ai déjà interpellé publiquement plusieurs “institutions” collectives : FCD (pour les enseignes), ANIA, ILEC, FEEF et Coop de France pour les industriels. Et force est de constater qu’à date ni l’ILEC ni l’ANIA n’ont même daigné prendre acte de l’interpellation. Affligeant. Voilà pourquoi, cette semaine, j’utilise le blog et son audience pour de nouvelles interpellations, en images. Premiers interpellés aujourd’hui les enseignes… (les autres suivront, qu’ils s’en inquiètent ;-) )

 

btr

J’ai déjà publié cette photo samedi (revoir SAMEDI CONSO). Et je fais partager ici un rêve tout simple… Que les enseignes renoncent aux doubles-origines des produits : France et ailleurs. Car, en l’espèce, les deux melons ne portent pas la même valeur sociale selon qu’ils soient français ou espagnols. Chauvinisme ? Sans doute. Mais si l’objectif est de soutenir les paysans de France comme ne cessent de le répéter les “grands patrons du commerce” alors, il faut arrêter de parler et agir. Question simple donc à Michel-Edouard Leclerc, Dominique Schelcher, Thierry Cotillard, Jacques Creyssel et consorts : êtes-vous prêts à vous engager pour assumer de nommer ce qui doit l’être : l’origine précise des produits que vous vendez (au-delà des cas encadrés par la réglementation évidemment) ? Ce qui revient à revendiquer l’origine France ou… d’ailleurs. Avec la même force évidemment…