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Si tous les Mulliez se donnaient la main…

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LES FAITS. Comme ses concurrents, Auchan, le centre de gravité de l’empire Mulliez, est chahuté par les évolutions de la consommation et l’émergence de nouveaux acteurs. Sa valeur baisse. S’ils veulent préserver leur patrimoine, les Mulliez doivent repenser l’organisation (et les interactions) de l’ensemble de leur galaxie.

D ‘un côté, il y a une entreprise en difficulté : Auchan, dont le chiffre d’affaires est en repli structurel en France et dont les résultats négatifs l’an dernier ont conduit à des cessions d’actifs (l’Italie notamment). De l’autre, il y a une famille, les Mulliez, qui trône au sommet du commerce français avec désormais plus de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires additionnés (une quarantaine de milliards uniquement en France) et, surtout, quelques-unes des plus belles enseignes : Leroy Merlin, Decathlon, Boulanger, Kiabi, Electro Dépôt et tant d’autres de moindre ampleur (Cultura, Brice, Jules, Top Office, Norauto, etc.)

Le “groupe Mulliez” n’existe pas. Par dogme comme par intérêt

Mais, voilà, depuis l’origine, ce “groupe Mulliez” n’existe pas. Pas question de consolider toutes ces enseignes en ce qui serait, sans aucun doute, le premier commerçant français. Les raisons à cette indépendance sont nombreuses. Depuis le dogme originel d’un entrepreneuriat          responsabilisant où chaque créateur  “joue” tout autant avec son patrimoine qu’avec le soutien de la famille ; jusqu’à l’intérêt bien compris (social notamment) de rendre étanche chacune des activités, même si elles appartiennent toutes à un bon demi-millier de cousins. 

Riches à milliards, ces cousins Mulliez le seront-ils encore demain ? De facto, la part la plus généreuse du pactole est le fait d’Auchan (la moitié de l’activité de la galaxie) dont la valeur ne cesse de baisser. En l’état (et le constat vaut tout autant pour Carrefour), comment imaginer un renversement de tendance ? Impossible. La déferlante e-commerce sur le non-al, une moindre attractivité des très grandes surfaces et la fragmentation actuelle de la consommation pèsent sur Auchan. De simples ajustements ne suffiront pas. Alors que s’ils reviennent sur la sacro-sainte indépendance de leurs activités – en clair, s’ils se donnent la main – les Mulliez peuvent à la fois sauver Auchan et régénérer le projet familial autour d’une ambition simple : être le premier commerçant français. Les synergies possibles sont (presque) sans limite et bien au-delà des quelques tests initiés actuellement (voir ci-dessus). Achats, datas, dernier kilomètre, front office, sur tous les “sujets métier”, la combinaison des enseignes est vertueuse. Et comme nécessité finit toujours par faire loi, les Mulliez se donneront tôt ou tard la main. Tôt ou… trop tard ? C’est la seule question. 

Olivier Dauvers

TGC 195 bis

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