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Le “caïd” vous salue bien !

TGC 196

LES FAITS. A l’occasion de son opération phare “Le Mois”, Carrefour a largement contourné le volet anti-promo de la loi EGA. Au même moment, la Commission d’enquête parlementaire sur “les pratiques de la grande distribution” rendait son rapport. 

Le 11 juillet, en se présentant devant la Commission d’enquête parlementaire (après avoir longtemps hésité), Alexandre Bompard, patron de Carrefour, ne s’attendait évidemment pas à se faire traiter publiquement de… “caïd” par le président de la Commission, Thierry Benoit. C’est pourtant bien ce qui lui arriva ! 

L’audace de Carrefour laisse autant pantois qu’elle interpelle

Le 25 septembre, la Commission a donc rendu son rapport et présenté ses 41 propositions avec l’espoir à peine caché d’en faire une (énième) loi. Au même moment, le “caïd” se rappelle au bon souvenir des députés. Pour célébrer dignement son “Mois”, il prend même le risque de l’indignité à leurs yeux. Dans l’histoire contemporaine du commerce (en clair depuis l’ère Galland et le “ticket Leclerc”), jamais une enseigne n’avait aussi ouvertement bafoué l’esprit d’une loi. L’esprit et non la lettre, naturellement. Car on imagine aisément que le service juridique de Carrefour a bien validé le doublement de la remise maximale de 34 % (la semaine dernière) et la mécanique “1 pour 1 offert” (cette semaine). De même, impossible que le chef lui-même n’ait pas été consulté pour valider l’assaut anti-EGA tant “Le Mois” est une attaque en règle, au-delà du simple hasard de calendrier.  A dire vrai, l’audace de Carrefour laisse autant pantois qu’elle interpelle. D’abord, parce que là où les industriels et les politiques attendaient le “snipper MEL”, c’est finalement “Alexandre le caïd” qui a dégainé le premier. Ensuite, parce “Le Mois” est en décalage tellement marqué avec le fameux “esprit des EGA” qu’il en devient a posteriori incompréhensible que Carrefour ait pu y apporter son soutien, ce qui était pourtant le cas. Mais c’est sans doute, là, la loi du… milieu. Trahir pour assurer sa survie. Car, pour les hypers Carrefour (ou Auchan et Cora d’ailleurs) il s’agit bien désormais de survie. Comment enrayer le déclin ? Sans aucun doute en redevenant le format de l’exceptionnel. Et, pour le coup, avec du champagne à 6 €, c’est gagné.

La suite est connue. Carrefour devrait réussir son “Mois”, sauf à rien n’y comprendre ! Les concurrents l’imiter, sauf à rien n’y comprendre. Et les députés promettent encore plus rapidement que prévu une nouvelle loi. Sauf à rien n’y comprendre.              

Olivier Dauvers

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