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Et les masques tombèrent…

TGC masques 203

LES FAITS.        Ils sont vendus depuis aujourd’hui en officines et à partir de lundi en grandes surfaces. Les masques sont arrivés ! Et, surtout, les masques sont tombés, révélant à quel point (même chassé loin par une situation aussi improbable qu’exceptionnelle) le naturel revient toujours au galop.  

D’abord contestés (“inutiles” disait-on), puis désirés et donc attendus, les masques sont là. Quelques jours durant, les atterrissages toujours spectaculaires d’avion cargo Antonov justifiaient même d’interrompre le fil des chaînes info pour s’émerveiller de ces masques tombés du ciel. A chaque fois, au sol, des bataillons lourdement armés pour protéger les si précieuses cargaisons. Le masque objet banal devenu tant coinvoité. Cocasse. 

Après des semaines d’œcuménisme inédit, c’est désormais… chacun pour soi

A peine disponibles, voilà les masques au cœur de multiples polémiques. Ou quand le naturel revient au galop ! Pour les enseignes déjà, ces masquent tombent à pic. Une nouvelle occasion de démontrer leur utilité, leur puissance et leur efficacité dans l’action. Mais sans doute sevrées de compétition depuis des semaines d’un œcuménisme inédit, c’est désormais… chacun pour soit. En quelques heures,    le masque est devenu le produit d’appel par excellence. Et chaque boutique de promettre plus (en dizaines de millions d’unités) et moins cher : 60 centimes ici, 59 ou 58 là. Tous n’ayant alors qu’une obsession : être mieux-disant que la boutique d’en face. Et tant pis pour les approximations inévitables, où l’on ne sait si les millions promis sont déjà disponibles, livrés ou juste commandés. Qu’importe : il faut frapper les esprits et soigner sa propre image. Probablement le rendez-vous manqué d’une action coordonnée qui aurait conforté l’ensemble des acteurs, après des semaines où leur utilité sociale avait (enfin) éclaté. Dommage.

L’occasion était trop belle pour leurs habituels adversaires dès lors qu’il s’agit de produits de santé : les pharmaciens ! Dans une tribune au vitriol (soutenue par les médecins, les sages-femmes, les kinés, etc.), ils   s’enflamment : “Toute guerre a ses profiteurs. C’est malheureusement une loi intangible de nos conflits. […] Comment nos patients vont-ils comprendre que ce qui n’existait pas hier tombe à profusion aujourd’hui ? 100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C’est la surenchère de    l’indécence. […] Derrière le masque, se trouve le vrai visage. Nous, nous garderons celui de la dignité”. Ou quand le masque se mue en cache misère du mercantilisme. Car, d’évidence, les pharmaciens défendent, là, un bout de gras qu’ils attendaient avec gourmandise (ce qui peut d’ailleurs s’entendre). Posture, là encore. 

Et vinrent les politiques, rarement en retard d’une… posture. Les uns pour dénoncer des “stocks cachés” niant, au passage, l’efficacité des entreprises privées dès lors que l’autorisation d’importer les masques leur avait été donnée. Les autres pour exiger dans l’instant une commission enquête parlementaire. Rien de moins. Chassez le naturel, il revient toujours au galop !

Olivier Dauvers

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