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Pourquoi le miel est-il (encore) une exception ?

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LES FAITS.        Lactalis avait saisi le Conseil d’État pour “casser” l’obligation d’afficher l’origine du lait sur ses produits, suivant en ce sens le droit européen. Sans surprise, la plus haute juridiction administrative française a suivi “le laitier”. Depuis, le Ministre (de l’Agriculture, Julien Denormandie) traîne sa consternation du Parlement aux plateaux télé. 

Dans l’imaginaire populaire, le Brésil est bien davantage associé à ses plages qu’à ses montagnes. Plutôt Copacabana et ses 4 500 m de longueur que Pico de Neblina et ses 3 000 m de hauteur. Et pourtant les montagnes brésiliennes sont une réalité avec, sur les contreforts, des ruches, des abeilles et donc du miel… de montagne qui, 9 000 km plus loin, sera vendu en France. Énième symbole de la mondialisation alimentaire. Mais… exception notable dans l’opacité qui règne généralement en matière d’origine. 

L’origine, un puissant levier pour soutenir la ferme France 

Depuis l’an dernier en effet, la provenance précise du miel est une obligation. Les consommateurs ont donc le droit de savoir et les industriels le devoir d’informer. Présenté ainsi, c’est d’une banalité affligeante. Oui, pour le miel, les consommateurs ont le droit de savoir et les industriels le devoir d’informer. Tellement exceptionnel que le répéter est nécessaire pour y croire vraiment !

Pour tous les autres produits ou presque (le lait inclus depuis l’arrêt du Conseil d’État, à la demande de Lactalis), les marques comme les enseignes ont la transparence à géométrie variable. L’origine est revendiquée lorsqu’elle vertueuse (en clair française), soigneusement cachée dans les autres cas. Le poulet ukrainien, thaïlandais ou brésilien de votre plat cuisiné ? “Origine non UE”. Et s’il est polonais, l’hypocrite “UE” fera bien l’affaire. Le flou est érigé en normalité, alors que l’origine est un puissant levier pour soutenir la Ferme France, donc un outil au service de la souveraineté alimentaire. 

Ces derniers mois, les résistances à toutes formes de transparence ont aidé à positionner les marques et les enseignes : d’un côté, il y a ceux qui ont compris l’époque et les enjeux ; de l’autre, des conservateurs invétérés, empêcheurs d’une évolution inéluctable. Comprendre l’époque devrait à l’inverse les convaincre d’accompagner ce mouvement de transparence. Car, tôt ou tard, elle s’imposera. Et les marques qui auront trop longtemps caché une réalité peu glorieuse en paieront le prix. Car les consommateurs ont non seulement le droit de savoir. Ils ont aussi la capacité à sanctionner.  

Olivier Dauvers