
Conférence de presse cet après-midi au siège de la FCD, la fédération du commerce et de la distribution. Derrière le micro, Judith Jiguet, la déléguée générale. Le ton est grave, la charge contre le rapport sénatoriale lourde. Pour faire simple, un “rapport à charge” et “manquant de courage“. “Courage de regarder tous les maillons, courage de regarder les marges nettes à 2 chiffres de certains, courage de regarder ceux qui, année après année, demandent des hausses de tarif sans toujours les justifier“. Et la déléguée générale de résumer sa pensée (et probablement celles de ses mandants) : “Le rapport a choisi la facilité“. Restait évidemment à le démontrer.
Mais la tâche (de le démontrer) avait quand même été rendue aisée par les sénatrices elles-mêmes, pas avares de raccourcis et d’approximations. Le fameux “40 %” par exemple (sur lequel je me suis déjà exprimé, jusqu’au micro de RTL et au million et demi d’auditeurs auxquels je l’avais débunké) : extrait à l’origine des travaux sur l’euro alimentaire de l’économiste Philippe Boyer (et non Olivier Mevel) dans lesquels ledit 40 % englobe bien distribution, restauration et les autres formes de commerce. Détaillée, la part de valeur captée par la distribution retombe à 8,9 % selon la FCD. Plus tout à fait la même limonade que 40 %…
Raccourcis aussi sur les marges annoncées sur les œufs ou sur la puissance d’achat. Evoquant par exemple la centrale Everest, le rapport explique qu’elle “mutualise une masse d’achat considérable : 212 milliards d’euros“. Ce, qui en réalité, ne correspond pas aux volumes d’achat négociés par Everest mais au chiffre d’affaires cumulé des membres (Leclerc, Rewe, Ahold-Delhaize). Là aussi, c’est quand même léger pour un rapport officiel. A chaque démonstration, la même question de la déléguée générale : “À qui profite le crime ?“. Sans le dire, on aura compris que son regard se tourne vers les multinationales, également soupçonnées d’avoir saboté un amendement visant à installer un traitement différencié à destination des fournisseurs jusqu’à 350 millions d’euros.
En revanche, sur les pratiques concrètes des enseignes à l’achat (ou pour la vente de services), je reste encore et toujours sur ma faim. A dire vrai, je n’imaginais pas qu’une fédération professionnelle puisse prendre ses distances avec des pratiques de ses membres. Mais je maintiens que quelques pratiques, par leur côté caricatural (comportement individuel ou services “à-la-mords-moi-le-nœud” !) desservent grandement la cause en alimentant le story-telling d’un oppresseur et d’oppressés. Et que, ce faisant, même si le socle chiffré du rapport est bancal, les enseignes prêtent encore trop le flanc à la critique. Manifestement elles ne le comprennent pas (encore).



