
OD : Le biographie de votre grand père que vous signez sort cette semaine. Le point de départ ?
MM : C’est un cheminement dont l’origine est lointaine ! Comme un enfant, j’ai grandi sans la notion de patrimoine, de « galaxie », etc. Je savais que mon grand-père avait créé Auchan, mais ça s’arrêtait là. C’est vers 20 ans que j’en prends la mesure. Je lis les journaux, je lis les chiffres, je vois les infographies, l’été je lis Challenges et le numéro sur les fortunes de France. Je vois mon nom, je vois les milliards qui y sont accolé. Je « découvre » ma famille.
Vous devenez la « petite fille Auchan »…
C’était pesant. Le regard des autres. La relation aux autres. Je suis même parti pour un tour du monde en solitaire, sac à dos sur les épaules. Simplement. Avec des haltes en auberges de jeunesse ou chez l’habitant. Sur les réseaux sociaux, je redeviens simplement « Margaux ». J’avais besoin de nouer des relations en tant que Margaux. C’est à l’issue de cette période fondatrice pour moi que j’ai voulu connaître mon histoire. Et qui d’autre que mon grand-père pouvait la raconter ?
Il avait jusque-là refusé toutes les biographies. Pourquoi accepte-t-il ?
Je me rappelle précisément du premier rendez-vous. Septembre 2021. Je me lance : « Je voudrais écrire ton histoire ». Sa réponse ? « C’est ton livre, tu vas le signer en ton nom ? Donc vas-y ».
Concrètement…
Nous nous sommes vus une journée entière par mois pendant un an. Il me racontait les débuts, le développement, les difficultés, les rencontres. Dès qu’il me citait un de ses compagnons de route, je le contactais pour enrichir le récit. Parce que derrière l’histoire de mon grand-père, il y avait évidemment l’histoire d’Auchan. Et c’est pour ça que le temps s’est étiré jusqu’en avril dernier pour aboutir le manuscrit et solliciter plusieurs éditeurs. Dont aucun ne m’avait évidemment passé commande d’une bio de mon grand-père !
Comment a réagi celui que vous appelez « Daddy » dans le livre quand il l’a enfin découvert ?
C’était pour Noël. Comme un cadeau que je lui offrais. Il l’a regardé, ouvert et fondu en larmes. Je l’ai interprété comme une façon de me dire « merci » ! Et quelques instants après, il a pris conscience qu’il était en photo sur la couverture et m’a dit (je le cite) qu’il ne pourrait plus être tranquille !
Comment prend-on la distance critique sur le parcours du créateur d’Auchan quand on en est la petite-fille ?
Je ne me suis pas posé la question (rires). Mais je prétends pas non plus à la neutralité !
Dans les traits de caractère, on le savait quand même déjà par de nombreux témoignages, mais on le découvre vraiment « pingre » !
Je dirais plutôt… économe à l’extrême. C’est vrai qu’il n’aime pas gaspiller, c’est vrai qu’il emmenait les cadres dirigeants déjeuner chez Flunch pour ne pas dépenser l’argent de l’entreprise. Il ne faut pas non plus oublier qu’il a connu la guerre et les privations.
Dans le livre, on le découvre aussi « cancre ». C’est même le mot utilisé ! « Cancre », vraiment ou une coquetterie a posteriori ?
« Cancre », il le dit encore. En classe, il rêvait. En fait, il ne comprenait pas qu’on apprenne des choses qui ne servent à rien. Son père l’a envoyé en pension, lui a même promis une moto s’il réussissait un examen, mais rien n’y faisait.
Son père, justement. « Gérard » aussi, pour lequel « Gérard fils » a travaillé pendant 10 ans chez Phildar et qui l’a aidé à ouvrir le premier supermarché dans le quartier des Hauts Champs à Roubaix en mettant à disposition un bâtiment qu’il possédait…
Ses années chez Phildar, au cœur des usines, ont sans doute forgé sa fibre sociale. Et convaincu du « partage de l’avoir », ce concept qu’il a quasiment imposé à sa famille et qui a abouti sur l’actionnariat salarié.
Au fil des pages, on découvre aussi un patron qui ne voulait pas « lâcher le manche », faisant plusieurs fois repousser l’âge limite pour se maintenir en place…
Il a un attachement viscéral à Auchan, en témoigne d’ailleurs sa réaction quand a été rendu public le projet de rapprochement avec Carrefour en 2022, un épisode que je raconte dans le livre. C’est cet attachement et – je peux en témoigner – une pleine forme qui lui rendait difficile la perspective de se retirer ! Et la douleur de devoir s’y résoudre.
Il a des regrets aujourd’hui ?
J’en ai identifié deux. D’abord, l’échec aux États-Unis dont il pense qu’Auchan a voulu aller trop vite, ce qui a conduit à se retirer après pourtant une ouverture retentissante à Houston. Ensuite, le second regret, c’est de ne pas être allé assez vite sur les sujets d’écologie, de consommation responsable, de développement durable. Mais comme il me l’a plusieurs fois dit « on ne savait pas à l’époque ce que l’on sait aujourd’hui ».
Il n’a jamais eu le regret de ne pas être pleinement propriétaire d’Auchan à titre personnel alors qu’il en est le créateur ? Vous racontez comment dans les années 1990, il a demandé à monter au capital pour atteindre… 10 %.
Je ne pense pas que ça soit un regret. Je l’ai toujours entendu évoquer que si Auchan a pu exister et se développer c’était grâce à la famille dans son ensemble et à son organisation capitalistique.
On ne peut pas passer sous silence… « les » femmes de sa vie ! Il y en a deux…
Deux femmes, chacune dans son rôle, qui ont été indispensables. Bernadette, ma grand-mère, qui tenait la maison, s’occupait des enfants et le soutenait depuis toujours. Le vide a été immense l’été dernier à son décès, après plus de 60 ans de vie commune. Et puis il y a eu aussi Francine Vandamme. Bien plus qu’une assistante, un bras droit qui savait lui tenir tête. Même les hommes qui accompagnaient Gérard dans l’état-major d’Auchan la craignaient. A une époque où les femmes n’avaient pas le poids et la place qu’elles ont aujourd’hui ! J’ai eu plusieurs témoignages de visites de magasins à l’issue desquelles on se souvenait davantage de Francine que de Gérard tant elle était davantage qu’une assistante !




Ça a l’air intéressant, en effet, mais l’anecdote du “regard des autres trop pesant” et surtout “Je suis même parti pour un tour du monde en solitaire, sac à dos sur les épaules”… Ça a changé quoi??? Elle n’était plus la petite fille Auchan à son retour? Bah si et en plus elle bossait pour cette même boîte… Bruce Wayne a fait à peu près la même chose (pour d’autres raisons) mais il est revenu pour être le Batman!
Si je déteste bien une chose, ce sont ces “vedettes” ou “gens connus” qui ont besoin (ce sont toujours les seuls d’ailleurs) de nous pondre des livres pour nous raconter leur vie passionnante: Et je ne parle pas d’autobiographie, juste de certains “traumatismes” que je qualifierai d’anecdotes. Quand je me cogne le petit orteil, je le raconte à mon entourage ou pas et basta… Eux, l’enfouissent au fond d’eux et en sortent un livre car ils ressentaient ce besoin de coucher cette aventure sur le papier.
Quelque chose me dit que le besoin pesant de nous raconter son tour du monde va bientôt se faire sentir: L’envie de fréquenter d’autres cultures, de rencontrer des gens différents, hors du commun et exceptionnels, d’améliorer son espagnol… Ça a l’air bigrement intéressant, non? Bah pourtant, on n’y échappera pas! En plus, on aura le droit à “Le livre sur Daddy m’a exposé; même mon voisin savait qui j’étais… trop pesant pour moi”
https://www.youtube.com/watch?v=FYGTT7YhywA&t=99s
A 20 ans (quand même) elle découvre que son papy est blindé en lisant Challenges… J’ai du mal à comprendre. Mais bon. Je vais quand même acheter le livre pour ajouter à sa fortune, c’est bien moi le crétin en définitive 🙂
Je vais acheter cette bio car Gérard Mulliez a été mon patron depuis 1984 et pour moi l’ai toujours aujourd’hui même si je vais quitter la maison Auchan au 01/06/2026 je lui suis reconnaissant, mais pas a ses successeurs Merci monsieur Mulliez pour toutes ces belles années passés chez Auchan j’ai beaucoup de peine a voir comment mon entreprise est traitée aujourd’hui, mais c’est la vie ont ne pas être et avoir été