
Il y avait donc vraiment de quoi en faire tout un fromage… : le “camembert” du rapport Guhl (du nom de la sénatrice à la manœuvre sur la Commission d’enquête parlementaire) qui est à la base des 24 propositions et qui a surtout été largement repris depuis jeudi dernier. Problème : sa présentation est au mieux biaisée, au pire fausse.
Sur les 40 % de la valeur revenant “à la distribution et aux services” d’abord… Par facilité sans doute, la quasi-totalité des médias (y compris les plus sérieux) ont raccourci le message, évidemment au grand bonheur d’Antoinette Guhl. Voilà ce qu’on pouvait lire ou entendre : “sur 100 € dépensés, 40 € reviennent à la grande distribution”. Évidemment faux puisqu’il y a d’autres formes de mises en marché des produits alimentaires. Samedi, j’ai publiquement interpellé les patrons des fédérations professionnelles en leur posant une question simple (indépendamment de toute autre considération) : ce 40 % est-il la vérité mathématique de la situation ? Oui ou non ? Ni Jean-François Loiseau (Ania), ni Dominique Chargé (La Coopération Agricole), ni Nicolas Facon (Ilec) ou Jérôme Foucault (Pact’Alim) n’ont répondu. Je les imagine gêné aux entournures 🤣. L’auteur crédité de l’étude par les sénatrices (Olivier Mevel) m’a lui répondu publiquement via Linkedin. Je le cite : “Je n’ai aucun problème à dire que les 40 % ne correspondent pas à la seule grande distribution stricto sensu“. Voilà qui a le mérite de la franchise. Il ne fallait donc pas comprendre (et encore moins présenter) que Carrefour, Leclerc et consorts accaparaient 40 % de la valeur. C’est le premier point défaillant du “camembert”.
Second sujet : les 8 % revenant à l’agriculture. Il manque… un mot. A l’agriculture… “française”. Car l’arboriculteur polonais, le maraîcher marocain, le producteur de cacao ivoirien ou l’éleveur de poulet ukrainien sont, eux, dans le 35 % des importations. Là encore, Olivier Mevel l’a reconnu sur Linkedin : “Une partie de la valeur agricole étrangère est aujourd’hui logée dans les importations“. Bref, le 8 % pour l’agriculture est de facto minoré.
Entendons-nous bien : l’idée n’est évidemment pas de remettre en cause que les gains de productivité et la valeur ont tendanciellement glissé de l’amont à l’aval (jusqu’au consommateur final) en un demi-siècle de progrès agricole. Pas davantage d’affirmer que le sort des agriculteurs est enviable (difficile de me soupçonner de quoi que ce soit avec le combat pour l’origine…). Il s’agit juste de poser un constat un brin plus nuancé que ne le fait le rapport sénatorial. Dit autrement : de remettre l’église là où elle devait être… Pour espérer que l’éventuelle traduction législative serve la cause agricole française. J’y reviens demain avec une proposition d’amendement. Je sais, j’ai pris le melon depuis que j’ai le poireau 🤣 (comprenne qui pourra…).



