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LIVE REPORT : les résultats 2015 de Carrefour

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Après le Pavillon Gabriel hier, à deux pas de l’Élysée, direction aujourd’hui… le Pavillon Gabriel pour les résultats Carrefour. Pas très original et, surtout, mauvaise date… Ce matin, le Roi Willem-Alexander et la Reine Maxima des Pays-Bas ont décidé de se balader dans Paris. La place de la Concorde est inaccessible. Les Champs-Elysées aussi. Bref, v’là tout le quartier bouclé. Et, vous l’aurez compris, ce n’est pas Georges Plassat 1er qui est dans la voiture ci-dessus, escortée par les motards de la République mais bien le Roi et la Reine. D’ailleurs, le “boss” n’est lui-même pas arrivé. Coincé à quelques centaines de mètres d’ici me dit-on… Au moins, cette fois-ci, chez Carrefour, on aura une objective raison d’être moins ponctuel que Casino ! 

Du coup, direction le bar. Très corporate ce bar… Je vous retrouve dans quelques minutes… 

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9h45. Le maître des lieux est arrivé. La lumière baisse. C’est parti. Petite pique au Roi des Pays-Bas (“visiblement plus important que les résultats de Carrefour“) et Georges Plassat passe la parole illico à Pierre-Jean Sivignon, le M. Finances du groupe pour des résultats “sans surprise“, dixit GP. “Je me conteterai – peut-être – d’une petite synthèse après“, glisse-t-il badin. 

9h47. PJS donc au pupitre. “Forte croissance organique des ventes : 3 %“. Bon, ici aussi on est dans l’emphase. Si 3 %, c’est fort, que doit-on dire chez… Lidl ? Explosion exponentielle des ventes, au bas mot… La marge commerciale ? 23,4 %. En hausse de 0,6 pt. Les coûts d’exploitation ? 18,6 %, en hausse aussi mais moins : + 0,2 pt. Là, sans être bac + 18 en finances (cf hier), j’imagine assez facilement la suite…

9h55.Je passe maintenant à l’examen de notre performance par zone géographique“. Là, j’aurai bien aimé une interruption de GP genre : “Passez donc à l’examen, cher Monsieur Sivignon“. L’examen donc. Pas peu fier le PJS : en Pologne, en Roumanie, en Espagne, en Italie, en Belgique, “l’ensemble des pays voit sa rentabilité s’améliorer“. Même constat en Amérique latine : hausse du chiffre d’affaires de 15,7 %, du ROC de 23,5 %. “Cinquième année de progression dans la zone“. Seul problème, va falloir partir en Asie là. Et ça sera pas la même chanson…

10h00. En Asie justement… Les ventes baissent de 9,5 %. Le résultat s’effondre : de 1,5 % du CA à 0,2 %. Comme Casino hier, Carrefour n’ose pas même donner l’évolution…  Parce qu’ils pensent sans doute que personne ne va le recalculer ? Ben, tiens ! 

10h02. Le résumé par PJS : “Solidité en France, redressement de l’Europe, croissance en Amérique Latine et repositionnement du modèle en Chine“.

10h03. Tout ça pour un résultat net ajusté part du groupe de… 1,11 milliard d’euros vs 1,04 milliard, soit une hausse de 7 %. 

10h06. “J’examine maintenant les investissements en les classant par nature“. C’est ça, examinez docteur… Les investissements donc : 2,4 milliards. Pour 2016, l’enveloppe est comprise entre 2,5 et 2,6 milliards. 

10h11. L’endettement à présent. Je retiens qu’il s’améliore et — c’est complètement abscons pour moi – qu’il y a eu en juin 2015 une “tombée obligataire“, dixit le docteur PJS. Ah !, ce charabia médical ;-)

10h14. La performance extra-financière à présent. Et, ici, l’homme de l’extra-financier, c’est Jérôme Bédier. Objectif : “faire de nous un acteur responsable“. Là, j’admets que certains fournisseurs, à peine remis des négos 2016, peuvent s’étrangler. Et considérer qu’il y a, là, du vent, du flan, de l’esbroufe, etc. Cela dit, difficile de nier que Carrefour a de quoi se justifier quand même… Jérôme Bédier étale les récompenses comme un élève commentant les bonnes feuilles de son bulletin : la note de 96B pour son Carbon Disclosure Project, le Grand Prix Essec pour la distribution responsable, le prix LSA pour la pêche durable et d’autres encore. Carrefour annonce également avoir fixé (volontairement) un prix du carbone dans ses investissements et se donne l’ambition d’une réduction de sa consommation énergétique de 2,5 %. A ce stade, on ne sait si c’est sur l’année qui vient ou sur une échéance plus lointaine. 

10h22. Passage sur le soutien de Carrefour à l’agro-écologie. Au passage, on apprend que les ventes des produits bio ont progressé de 21,5 % et les produits Filière Qualité de 6,1 % en 2015. 

10h23. Après la terre, la mer et la pêche durable. L’assistance, majoritairement constituée d’analystes financiers, est visiblement moins passionnée par la pêche au thon que par la libération de cash flow. 

10h26.Merci Jérôme“. C’est l’heure de la synthèse – peut-être – promise par Georges Plassat. “Nous sommes au rendez-vous. C’est le fruit d’un certain nombre d’équilibres. Equilibre de formats, équilibre de zone géographique“. Ca sent pas les grosses annonces tout ça. Parce que, par principe, quand il y a “équilibre”, toute nouvelle initiative risque de provoquer un… déséquilibre. 

10h29. Sur les formats. “L’hyper, c’est aujourd’hui 50 % de notre chiffre d’affaires, on vient de 65 % environ il y a 10 ans. L’hyper est un format dans lequel on doit avoir l’assortiment le plus large, les prix les plus bas et l’animation la plus forte.” La feuille de route est claire. Le super ? “Un magasin de flux répondant à des besoins récurrents alimentaires qui réduit la distance entre Carrefour et nos consommateurs“. C’est un peu général, ça non ? Pas un mot sur le positionnement prix des supers. En creux : le prix n’est pas un sujet pour les supers. D’un autre côté, à plus de 104 d’indice prix, c’est pas une info, juste une confirmation ! 

10h35. Sur le e-commerce, notamment alimentaire, “personne ne sera plus efficace pour livrer un client chez lui que le magasin qui est juste à coté“. Pour ceux qui ont manqué le LIVE REPORT Casino hier, Jean-Charles Naouri n’a rien dit de différent hier. Pour autant, Carrefour, via Ooshop, continue de livrer les Parisiens depuis un entrepôt central. 

10h39. La digitalisation à présent (après avoir quand même rappelé pourquoi les fondamentaux de Carrefour sont d’abord alimentaires et off-line). Et sa première phase : le big data. En gros, l’ambition d’avoir une unique data base, accessible à tous chez Carrefour. Là, il y a clairement un changement de posture… Après s’être souvent moqué de cet univers numérique (jusque dans les assemblées générales où le public, âgé, apprécie par tradition une forme de conservatisme…), voilà Georges Plassat brandissant son smartphone : “La plus grande invention de l’humanité“. J’étais bien assis. Heureusement car, au moins dans le symbole, il y a quand une forme de revirement. 

10h47. Prévenant sans doute à l’avance les remarques acerbes sur le thème “enfin, le patron de Carrefour est 2.0 !“, GP justifie après coup la prudence du groupe : “L’empressement ne créée que des catastrophes. Les actionnaires doivent comprendre que pour bien servir leurs intérêts, ce mouvement doit être effectué à ce rythme“. Sous-entendu : petite vitesse et grandeur lenteur. D’ailleurs, c’est anecdotique mais quand même…, la réunion a commencé depuis plus d’heure et, pas une fois, le site Rue du Commerce n’a été évoqué. 

10h56. Questions. La première (d’un analyste) sur les prix. “Nous n’entendons rien céder sur le prix mais pas non plus nous laisser guider par des indices à la journée ou à la semaine“. Puis, revenant sur la guerre des prix et les négos, p’tit couplet sur le contrôle dont a été victime Carrefour par la Concurrence : “Les régulations sont complexes, pas toujours légitimes, mais il faut les respecter“. Tout est dans le… pas “toujours légitimes“. 

11h08. Une consœur (Challenges) me souffle la question sur Rue du Commerce ;-)La Rue du Commerce pour nous, c’est un laboratoire“. Notez le “La Rue” comme par ultime coquetterie à ce monde on-line si longtemps snobé. Au-delà, réponse un brin vague mais en gros “La Rue” est une brique parmi d’autres (de 400 millions d’euros de CA quand même) de la stratégie digitale. Une brique mais pas le “chapeau” global qui demeure Carrefour.fr. En résumé, “c‘est pour nous la meilleure façon d’aller un peu plus vite“. Peut-être même de démarrer vraiment ! 

 11h22. Question sur le drive d’un analyste qui, à demi-mot, s’étonne de l’écart de performance entre Leclerc et Carrefour avec respectivement 2,3 milliards et 300 millions. Et toujours cette même réponse qui minimise le potentiel du drive et sanctuarise le magasin comme meilleure réponse aux besoins alimentaires des clients. Evidemment qu’un magasin sera durablement supérieur à une interface électronique pour les produits frais, notamment traditionnels. Mais, tout aussi évidemment, il y a déjà 5 milliards de business drive avérés. Et la croissance, telle qu’annoncée par mes soins ici ou par les sociétés d’études régulièrement, s’affiche toujours à environ 15 %. Mais peut-être qu’un marché à 5 milliards n’intéresse pas un groupe qui jauge 80 milliards sur la balance. Peut-être… 

11h40. Relance de ma voisine sur le drive. Et début de nuance quand même. “Évidemment que le drive va profiter de la mue digitale que nous initions“. Et notamment au niveau informatique… “On a un système informatique qui est consternant“. Et l’on apprend qu’un changement est prévu à court terme. Bon, ça bouge quand même ! 

11h50. Une annonce (en tous les cas présentée comme telle) mais qui n’en est pas vraiment une : “Le mot Carrefour va disparaître progressivement des packs au profit de notre logo. On a la chance d’avoir un logo qui parle à tous. Profitons-en !“. 

12h00. J’attrape le micro. Envie d’avoir la vision de Georges Plassat sur l’avenir de l’hyper et plus spécifiquement sur ce qu’il a pensé des deux initiatives les plus spectaculaires du moment : Mons en Belgique et Carrugate en Italie. Je n’aurai que le retour de l’Italie, sa visite en Belgique est programmée le mois prochain. “D’abord, sur le principe, Carrefour a l’obligation de travailler sur des pilotes. Il faut lâcher la bride ! A Carrugate, il y a des innovations fortes : sur les produits frais, sur la restauration, sur les matériaux (par exemple le carrelage), sur l’éclairage, sur la redistribution du non-alimentaire, etc. Il y a vraiment beaucoup de choses nouvelles“. Et au-delà “comment je vois l’hyper de demain ? Un magasin où la fonction restauration sera plus forte qu’aujourd’hui, où l’effort sur les produits frais sera encore plus visible, sans doute une zone de click & collect mieux organisée, plus rapide d’accès, sans doute aussi davantage de services. Prenez ces coiffeurs que nous avons dans certains magasins qui vous coupent les cheveux pour 10 euros. Oui 10 euros ! Jérôme (comprendre Bédier) y est allé, il n’en est pas revenu plus défiguré que d’habitude !“. Ah, enfin une vacherie. Ca manquait presque ce matin. Cela dit, derrière la vacherie apparente, un compliment (involontaire ?) pour son prédécesseur : les “bulles coiffeur” sont un héritage d’un certain… Lars Olofsson. Preuve que le temps est toujours apaisant. Même pour Georges Plassat. 

12h10. Rideau. Une poignée de mains. Et c’est reparti vers de nouvelles aventures (en magasins).