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Et si le drive piéton bousculait la proximité urbaine…

DrivePiéton

Ce n’est pas – encore ? – une effervescence mais ça pourrait bien le devenir. Le drive piéton suscite en effet l’intérêt de toutes les enseignes, depuis l’ouverture d’un premier point de retrait d’Auchan Direct dans le 15e arrondissement de Paris. C’était en 2014. Depuis, Cora a ouvert deux drives piéton à Metz en 2016 et Verdun fin 2017. Entre temps, Leclerc s’est également lancé à Lille au printemps dernier. Et Carrefour a installé très récemment, via des casiers automatiques, un point de retrait piéton dans le centre d’Orléans.

Lille est, de loin, l’expérience qui est la plus significative côté business. Implanté dans le vieux-Lille, ce “drive” (une terminologie un peu étonnante pour des retraits piétons !) tourne actuellement à pas loin de 1 000 commandes semaines. Nettement mieux que nombre d’hypers Carrefour ou Géant par exemple. Le panier moyen est certes plus modeste qu’un drive classique (entre 40 et 45 € pour les piétons) mais, à ce stade, aucun doute sur la rentabilité de l’affaire. Avec de 1,7 à 2 millions de chiffre d’affaires et un local de 50 m2 (loué 50 K€ / an), faudrait y mettre de la bonne volonté pour demeurer en-deça du point mort ! D’où, d’ailleurs, l’ouverture prochaine (une affaire de semaines) d’un second point de retrait sur Lille (ce qui participera au passage à la massification de la préparation et, possiblement, des flux). Un succès qui s’explique : le prix de la périphérie en centre-ville, forcément ça attire ! Car, dans le cas de Leclerc, ce sont 12 000 références à l’indice 93,2 (source DistriPrix) qui débarquent en hyper centre. C’est-à-dire un double bénéfice pour le client : environ 5 000 références de plus que les enseignes de proximité et, surtout, 20 % en moins côté prix. Ce qui constitue, factuellement, une amélioration de la proposition de valeur ! 

En ce sens, le drive piéton est une véritable menace pour la proximité urbaine. Certes pas sur les offres de restauration (et plus généralement de services) sur le modèle Franprix. Mais sur les rayons épicerie et frais LS, si. Or, en l’état des structures de coûts, aucune supérette ne pourrait assurer sa pérennité sans ces produits. Ce qui va contraindre Casino et Carrefour, les champions de la proximité urbaine, à réfléchir sérieusement au dossier. Car lorsque les adhérents Leclerc implantés en périphérie de grandes métropoles auront – enfin (parce que je suis frappé par la forme de déni qui existe) – compris l’intérêt de l’expérience Lilloise, nul doute que le déploiement ira vite. Exactement sur le même modèle que le drive “classique”, initié à Roques-sur-Garonne et qui a mis quelques années à convaincre en interne. Mais ensuite la vitesse démultiplication a fait le reste. Carrefour et Casino avaient alors été pris de court. Faudrait quand même voir à ne pas faire deux fois les mêmes erreurs !