Le , par
Cher Alexandre B.

RâpéCher Alexandre B., samedi, j’ai choisi Carrefour pour quelques courses alimentaires hebdomadaires. Comme ce genre de décision (choisir un magasin plutôt qu’un autre) est multi-factoriel (OK, je sais, le consommateur ne parle pas comme j’écris !), comme ce genre de décision est multi-factoriel disais-je, difficile de vous dire exactement pourquoi. Sans doute étais-je dans une disposition d’esprit… positive à l’égard de l’enseigne (la belle prestation, incluant sa lucidité, de Pascal Clouzard lors du Retail Execution Forum peut-être !). Sans doute ai-je considéré que les quelques pourcents d’écart avec le Leclerc voisin le valaient bien. Sans doute suis-je réceptif à votre posture du “bien-manger” et de la transition alimentaire. Sans doute. Mais, là, il va vous falloir reprendre rapidement la main pour ne pas me décevoir davantage. Ou, plutôt, avoir la main plus ferme…

Que vient donc faire ce “Père Jean” dans votre assortiment de fromages râpés, hormis semer le doute sur votre sincérité ? 

Quitte à me fâcher avec Orangina-Suntory (propriétaire de la marque), ce “Père Jean” est le “Canada Dry” du fromage râpé. Un ersatz. Tous les attributs en apparence mais si peu en réalité. Attardez-vous sur la composition, cher Alexandre : royalement 27 % de fromage (et je passe sur l’origine du lait). Le reste, 73 % quand même ? De l’huile (de palme !, allez-y soyez “provoc” jusqu’au bout…), de l’eau, de l’amidon de pomme de terre, etc. Bien loin d’un emmental râpé dont il reprend pourtant les codes. Ce que j’appelle “la zone grise de l’industrie agro-alimentaire”. Des produits légaux mais honteux. Surtout, le genre de produits qui nourrit légitimement la défiance alimentaire contemporaine. 

Alors, cher Alexandre, si les organisations professionnelles de l’agro-alimentaire sont incapables d’auto-régulation (en définissant ce qui se fait et, par voie de conséquence, ce qui ne se fait pas), prenez les devants. Assumer de “nettoyer” vos rayons de ces produits “gris”. Nettoyer et revendiquer de le faire. Agissez pour une qualité alimentaire minimale. En trois mots : Act for Food.