
On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, dit le dicton. Mais on attrape plus sûrement des clients avec un attrape-mouche chinois vendu 1,18 € et livré gratuitement en France ! Voilà pour la blagounette, douteuse j’en conviens. Plus sérieusement, j’ai voulu voir si Temu avait adapté sa politique commerciale depuis le 1er mars et la mise en place de la taxe « petits colis » à 2 €.
Autant tuer le suspense, la réponse est non. Ou pas encore. Mais restez un peu, je vous promets quelques surprises !
Mon scénario d’achat : je tombe donc en arrêt devant cet attrapage-mouche – fort décoratif vous me le concéderez. Quel style ! Et quel prix : 1,18 € ! Ce qui est donc inférieur à la taxe de 2 € dont Temu devra s’acquitter lors de l’importation. Bon, en vigueur mais théorique la taxe, car encore faut-il que l’avion atterrisse bien en France et pas en Belgique ou ailleurs dans l’U.E. (revoir ma Minute Retail sur le sujet). Au moins tant que ladite taxe est franco-française et pas encore européenne (en juillet a priori).

Le montant minimal de la commande étant fixé à 10 euros pour un nouveau client (20 € sinon), je me vois dans l’obligation de commander d’autres articles qui voyageront dans le même colis. Va pour un deuxième piège à mouche, un tapis de bain (2,55 €), un cordon USB-C (1,25 €), un lot de 10 éponges (1,78 €) et, plaisir ultime, des chaussettes Ricard (c’est sérieux Temu, ils ont forcément payé la licence de marque, hein…) à 3,34 €. C’est mécanique, plus je commande, plus Temu va payer de taxe, celle-ci étant calculée au nombre de catégories d’articles (5, donc, dans mon cas pour 6 articles) et non pas au colis.

Résultat des courses : j’ai commandé pour 11,28 € de divers produits auprès d’obscurs « vendeurs vedettes » chinois et Temu devra(it) donc payer 10 euros (5 x2 €) de taxe petit colis ! Et m’offrir l’expédition par avion, pour que je sois livré dans les 5 jours. Véridique, mais évidemment pas tenable… Ce qui démontre par l’absurde que le plan B est déjà à l’œuvre.
Outre la parade court terme (faire atterrir l’avion hors de l’Hexagone), sur le papier, Temu a déjà la parade long terme pour contourner la taxe : « l’entrepôt local ». Autrement dit, des produits stockés en Europe après avoir voyagé en container par bateau, comme tout bon import qui se respecte. Depuis plusieurs mois, l’onglet « entrepôt local » est d’ailleurs bien mis en avant sur le site et l’appli.
À l’instant T, l’offre disponible en « entrepôt local » repose surtout sur des vendeurs tiers européens, qui expédient en direct les commandes reçues, comme ils le feraient avec la marketplace d’Amazon. Les vendeurs chinois proposant du stock avancé en Europe restent marginaux.

Autant dire qu’on ne trouve ni la diversité d’offre, ni les prix du « direct China ». D’ailleurs, impossible de retrouver mon si joli globe attrape-mouche via le filtre entrepôt local. Je devrais me rabattre sur du vulgaire ruban collant (vendu par « Yaloshop » boutique gérée par le franchisé Marché aux Affaires d’Aizenay en Vendée, ce qui ne manque pas de sel au passage).
Le tarif proposé par ce Yaloshop n’a, sans surprise, aucun intérêt. Pour le même prix, on trouve sur Temu en « direct Chine » des paquets de 35 rouleaux (vs 8 pour ce vendeur français) ! Autant dire que les clients ne doivent pas se bousculer.
Last but not least, outre des délais logiquement raccourcis de 2 ou 3 jours, les conditions de livraison sont différentes pour les commandes « entrepôt local » : il faut payer 2,99 € de frais, si la commande n’atteint pas 30 €. Vous avez bien lu : c’est gratuit en livraison par avion de Chine mais payant en « local ». Pas très intuitif pour le client… Même si Temu n’impose alors plus de minimum de panier.
Conclusion : si Temu n’a pas modifié ses conditions de livraison si avantageuses depuis la Chine c’est qu’il a déjà trouvé la parade (dans l’attente de la taxe européenne). Mais il va devoir sérieusement accélérer d’ici l’été sur le dossier « stock avancé des vendeurs chinois » s’il veut rester crédible en tant que casseur de prix.



