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Le mauvais quart d’heure d’Eureca au Sénat

C’était, cet après-midi à 14 h, au tour d’Eureca d’être auditionné par le Sénat dans le cadre de la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution. Les « invités » de la session : Pauline Glaziou, DG d’Eureca et Jean-Paul Onillon, administrateur et directeur PGC de Carrefour.

On aura appris, pour l’occasion, qu’Eureca a signé au 28 février 42 accords sur les 45 multinationales avec lesquelles elle négocie. Et que trois multinationales restent donc « sur le carreau » au 1er mars, faute d’accord. Pour deux d’entre elles, dont le contrat ne prévoit pas de préavis, on ne devrait pas tarder à en voir les conséquences en rayons chez Carrefour et U.

La séance a été, disons, cordiale mais tendue. Les sénatrices Anne-Catherine Loisier et Antoinette Guhl commencent à affûter leurs questions à force d’audiences (du coup je vais finir par considérer d’avoir eu de la chance d’avoir été de la première audition !)… Leur approche théoriquement neutre devient rapidement et implicitement à charge dans les faits.

Bien des échanges ont laissé un goût d’inachevé (des deux côtés sans doute). Je retiendrai trois sujets sur lesquels les arguments des deux représentants d’Eureca n’ont de toute évidence pas convaincu leurs interlocutrices :

  • Le scope des fournisseurs Egalim. Lors de la présentation introductive d’Eureca, Pauline Glaziou a spontanément indiqué que seuls 3 des 45 fournisseurs – Danone Frais, LNUF et McCain – utilisaient de la matière première agricole française et qu’à ce titre, les mandants (Carrefour et U pour la France) requéraient pour eux le respect des principes de la loi Egalim : date butoir, sanctuarisation de la MPA et clauses de revoyure. En creux, Eureca a donc reconnu que pour les 42 autres, Egalim n’était pas un sujet. « Quand bien même ces multinationales peuvent être implantées en France au plan industriel et donc acheter des matières premières en France » ont relevé les deux sénatrices. De facto, oui…
  • Le « chantage » au plan d’affaires. Sur la foi de plusieurs documents, les sénatrices suspectent clairement Eureca d’adresser des plans d’affaires dégradés aux fournisseurs dans la dernière ligne droite des négos pour forcer la signature. « Ce n’est pas une pratique d’Eureca » a répété à plusieurs reprises Jean-Paul Onillon. Sans convaincre, visiblement. « Je vous rappelle que vous avez prêté serment », a pointé la présidente de la commission, l’invitant à reconsidérer sa réponse. Eureca a admis que de rares « ajustements » des plans d’affaires étaient possibles car justifiés : si les conditions ne sont pas jugées satisfaisantes avec un fournisseur, il est logique que son concurrent en tire profit. Un jeu de vase communicants en quelques sortes.  
  • L’améliorateur commun. C’est l’essence du mandat que Carrefour et U donnent à Eureca, via Concordis : négocier un améliorateur commun du 3 fois net accordé aux partenaires, à défaut de pouvoir négocier un alignement des conditions qui s’apparenterait à de l’entente entre concurrents. Mais ce principe même de l’améliorateur commun « chagrine » les sénatrices. Au nom de l’autonomie des contrats. Et parce qu’un fournisseur devrait être libre d’accorder plus à l’un ou à l’autre selon son intérêt propre. Sur le principe, ça s’entend… Mais que resterait-il alors à négocier en commun ? C’est à mon avis la raison pour laquelle il faut déjà s’attendre à lire dans le rapport final l’envie d’en finir avec les centrales d’achats communes ET hors frontières.

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