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Tribune n°49 (novembre 2007)

Le pouvoir d’achat en question

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Sarko, si t’es champion !

LES FAITS. Toutes les études d’opinion l’attestent : le pouvoir d’achat est actuellement la préoccupation principale des Français. Pas surprenant que Nicolas Sarkozy s’empare du sujet, dès son retour de Chine demain. Reste à savoir s’il parlera vrai…

Nicolas Sarkozy est-il un homme politique comme les autres ? En clair : opportuniste, démagogue voire approximatif ? Ou, à l’inverse, est-il capable de redonner à son métier (après tout, “politique” en est un) et à sa mission la hauteur de vue qui devrait s’imposer ? Encore quelques heures à patentier, le temps que le Président de la République rentre de Chine. Promis-juré, ses conseillers l’assurent, il va prendre le problème du pouvoir d’achat à bras le corps, s’exprimant jeudi ou vendredi et annonçant – c’est l’expression consacrée – un “train de mesures”. Reste à savoir s’il parlera vrai…

Le pouvoir d’achat : quel “problème” ?

A l’origine du malaise, il y a malentendu. Non, il y n’a pas de “problème de pouvoir d’achat en France”, comme s’entêtent à le soutenir ceux qui hurlent avec la meute, sans doute par commodité. Evidemment, nombreux sont les Français qui, au quotidien, souffrent. C’est un fait. Mais si les indices macro-économiques sont certes perfectibles, ils n’en ont pas moins cette vertu qu’ils donnent la direction. Et aussi défectueux soient-ils, tous les indices (y compris celui du BIPE, historiquement le plus sévère) s’accordent à prédire une légère croissance du pouvoir d’achat en 2007. Modeste, mais réelle. Et surtout réaliste… La grandeur de la fonction devrait conduire Nicolas Sarkozy à expliquer, à éduquer. Au stade de maturité et développement actuel, la France ne peut objectivement voir ses richesses croître de quelques pourcents au mieux. Utopique donc d’escompter des croissances de pouvoir d’achat de 5 à 10%. Juste une illusion.

Faire la pédagogie de la frustration

Si Sarko était un champion de la fonction, il devrait même aller plus loin, quasiment jusqu’à la pédagogie de la frustration. Ah, la frustration, cet élément fondateur de la consommation du XXIè siècle. Imaginons : accordons 100 e de revenu supplémentaire à chaque Français. A court terme, dans le ressenti individuel, le pouvoir d’achat ne serait plus un problème. A moyen terme néanmoins, il le redeviendrait. Simplement en raison de l’écart entre pouvoir d’achat et vouloir d’achat que 100 e additionnels ne peuvent pas gommer, tant est grande l’envie d’avoir, d’utiliser, de posséder. Bref, de jouir de cette société de consommation qui culpabilise presque celui qui n’a pas. Jeudi matin, alors que l’Iphone d’Apple déboulera dans les boutiques d’Orange, la France comptera un bataillon de pauvres en plus. Tous ceux qui, voyant son prix (399 e), en conclueront qu’ils voudraient bien, mais ne peuvent point. Faut-il pour autant s’inquiéter du pouvoir d’achat de ceux-là…  La grandeur de la fonction devrait donc conduire Nicolas Sarkozy à éclairer le quidam, à dédramatiser autant que possible cette frustration structrurelle.
Quant à l’honneur de la fonction… La seule mesure vraiment efficace et simple (évidemment pas la loi Chatel, inopérante en l’état, ni une énième “usine à gaz” pour alléger les charges) a été proposée par Robert Rochefort, patron du Crédoc : limiter l’augmentation des loyers à l’inflation générale des prix, soit + 2% (vs + 3,5 % actuellement). Coup de pouce pour les locataires, mais coup… de massue pour les propriétaires, l’électorat plus naturel de Nicolas Sarkozy. L’honneur de la fonction devrait donc, en l’espèce, conduire le Président de la République à mécontenter les siens. Sarko, si t’es champion…

O. DAUVERS