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Les Doublet (de Toulon), vous connaissez ? 
LES FAITS. La famille Doublet, deux  adultes et trois enfants, ont les honneurs de L’Express pour illustrer 4 pages d’enquête consacrées au pouvoir d’achat des consommateurs français.
La crise est là. La preuve ? Les Doublet, de Toulon. Français anonymes certes, mais Français suffisamment représentatifs de la gravité de la situation pour l’illustrer. De fait, à lire l’hebdomadaire généralement bien informé, c’est la panade chez les Doublet.  «On a réduit le poisson et la viande à la portion congrue, témoigne l’un des Doublet que l’on devine être la mère de famille. Et voilà deux ans que je ne vais plus dans les grandes surfaces gigantesques où l’on finit toujours par acheter ce dont on a pas besoin». La suite est logique, presque attendue… «On a beau faire attention, à la fin du mois on est tous les deux à découvert». Lui est pourtant chef de projet au Conseil Général du Var. Elle, éducatrice spécialisée. Preuve, faut-il sans doute comprendre, que la crise n’épargne personne, pas même les couples bi-actifs. D’ailleurs – attention, séquence compassion – la famille a cet hiver investi dans une tronçonneuse pour s’approvisionner gratuitement en bois : «75 euros le mètre cube, ça devenait trop cher». Pauvre France ! Un détail : le «revenu net mensuel du ménage», ainsi que le présente L’Express. 4300 euros. Pas franchement la famille moyenne ni… étranglée ! Les charges incompressibles payées (1600 e pour emprunt, impôts, assurances, factures d’électricité et de gaz, mutuelles), les Doublet ont un budget disponible de… 2 700 e.
Voilà donc les «nouveaux pauvres». Mais quelle pauvreté ? La pauvreté avérée, d’ailleurs statistiquement définie (949 e mensuels pour une personne seule, 1 362 e pour une couple, etc.) ? Non, évidemment pas. Comme la majorité des Français, les Doublet souffrent bien davantage de leur vouloir d’achat que de leur pouvoir d’achat (une idée déjà développée en septembre 2006, Tribune Grande Conso n°33). Factuellement et sur une longue période, par exemple dix ans, le pouvoir d’achat a progressé. Oh !, certes, bien moins que dans les décennies passées. Mais faible progression n’a jamais valu regression. En fait, les Doublet sont victimes d’une pauvreté ressentie, sentiment qui naît, indépendamment du revenu, dès qu’un consommateur ne peut s’offrir l’objet de son désir. Dit autrement, l’écart croissant entre pouvoir d’achat et vouloir d’achat génère frustration et sentiment d’appauvrissement. Les Doublet n’ont rien découvert d’autre que la société de la frustration, logique avatar de la société de la consommation dès lors que l’offre progresse plus rapidement que la ressource.
Olivier Dauvers

TGC94LES FAITS. La famille Doublet, deux  adultes et trois enfants, ont les honneurs de L’Express pour illustrer 4 pages d’enquête consacrées au pouvoir d’achat des consommateurs français.

La crise est là. La preuve ? Les Doublet, de Toulon. Français anonymes certes, mais Français suffisamment représentatifs de la gravité de la situation pour l’illustrer. De fait, à lire l’hebdomadaire généralement bien informé, c’est la panade chez les Doublet.  «On a réduit le poisson et la viande à la portion congrue, témoigne l’un des Doublet que l’on devine être la mère de famille. Et voilà deux ans que je ne vais plus dans les grandes surfaces gigantesques où l’on finit toujours par acheter ce dont on a pas besoin». La suite est logique, presque attendue… «On a beau faire attention, à la fin du mois on est tous les deux à découvert». Lui est pourtant chef de projet au Conseil Général du Var. Elle, éducatrice spécialisée. Preuve, faut-il sans doute comprendre, que la crise n’épargne personne, pas même les couples bi-actifs. D’ailleurs – attention, séquence compassion – la famille a cet hiver investi dans une tronçonneuse pour s’approvisionner gratuitement en bois : «75 euros le mètre cube, ça devenait trop cher». Pauvre France ! Un détail : le «revenu net mensuel du ménage», ainsi que le présente L’Express. 4300 euros. Pas franchement la famille moyenne ni… étranglée ! Les charges incompressibles payées (1600 euros pour emprunt, impôts, assurances, factures d’électricité et de gaz, mutuelles), les Doublet ont un budget disponible de… 2 700 euros.

Voilà donc les «nouveaux pauvres». Mais quelle pauvreté ? La pauvreté avérée, d’ailleurs statistiquement définie (949 euros mensuels pour une personne seule, 1 362 euros pour une couple, etc.) ? Non, évidemment pas. Comme la majorité des Français, les Doublet souffrent bien davantage de leur vouloir d’achat que de leur pouvoir d’achat (une idée déjà développée en septembre 2006, Tribune Grande Conso n°33). Factuellement et sur une longue période, par exemple dix ans, le pouvoir d’achat a progressé. Oh !, certes, bien moins que dans les décennies passées. Mais faible progression n’a jamais valu regression. En fait, les Doublet sont victimes avant tout d’une pauvreté ressentie, sentiment qui naît, indépendamment du revenu, dès qu’un consommateur ne peut s’offrir l’objet de son désir. Dit autrement, l’écart croissant entre pouvoir d’achat et vouloir d’achat génère frustration et sentiment d’appauvrissement. Les Doublet n’ont rien découvert d’autre que la société de la frustration, logique avatar de la société de la consommation dès lors que l’offre progresse plus rapidement que la ressource.

Olivier Dauvers

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