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Du juste sens du partenariat économique
LES FAITS. Casino et Galeries Lafayette sont actuellement engagés dans une guerre de tranchées. Au point de s’assigner mutuellement en justice. En cause : la gouvernance et la valorisation de Monoprix.
C’est l’histoire de deux «partenaires» qui s’étaient engagés dans un accord «profitable». Casino et Galeries Lafayette s’aimaient si fort… Et le fruit de leur alliance – comprendre Monoprix – ne pouvait que prospérer à l’ombre d’une entente si cordiale. C’était il y a quasiment dix ans. Une éternité. Depuis quelques semaines, Casino et Galeries Lafeyette se déchirent. Et en public qui plus est ! En témoigne une récente interview de Philippe Houzé, président du directoire des Galeries Lafayette. «Sur Monoprix, il n’y a pas à négocier», explique-t’il aux Echos. Et pourtant… Lorsque l’un des partenaires propose 700 millions d’euros pour racheter la participation commune, l’autre en demande 1,95 milliard tout en s’avouant prêt à transiger à 1,35 milliard.
Casino–Galeries Lafayette :
le conflit était inscrit dans l’accord
N’en déplaise aux belligérants, la guerre ouverte entre Casino et Galeries Lafayette a un effet collatéral… extrêmement positif ! Elle affadit singulièrement un concept économique trop souvent érigé en dogme : le partenariat. Une si belle idée que certains – probablement saisis d’un enthousiasme naïf – vont parfois jusqu’à qualifier de «gagnant-gagnant», voire de «win-win» comme pour lui donner la force de l’universalité anglo-saxonne. C’est hélas oublier l’évidence que rappellent Casino et Galeries Lafayette. Le partenariat est, par construction, un non-sens économique dès lors que les intérêts des deux partenaires ne sont pas parfaitement en ligne. Dès l’origine, l’accord Casino-Galeries Lafayette portait les germes d’une mésentente courtoise (au mieux) ou d’un conflit plus âpre (au pire). L’un avait en effet la possibilité d’acheter à l’autre sa participation dans Monoprix et l’autre de la vendre. Or l’achat et la vente s’opposent par principe, ne serait-ce que parce que toute transaction se solde par un coût pour l’acheteur, une recette pour le vendeur. Et, hormis pour quelques idéalistes des relations économiques, à l’heure d’arrêter les comptes, l’euro l’emportera toujours sur la bien-pensance. Regrettable ? Peut-être. Mais tristement réaliste. L’encre du contrat n’était donc pas encore sèche que l’intérêt de Casino (acheter le moins cher possible) s’opposait à celui de Galeries Lafayette (valoriser au mieux sa participation).
Supprimer le partenariat
du dictionnaire économique ?
Non ! Mais mieux le définir…
Il en va évidemment de même pour toutes formes de relation commerciale. Et notamment des «partenariats» entre enseignes et fournisseurs, particulièrement évoqués dès lors qu’il s’agit de marques de distributeurs. L’enseigne et son fournisseur y gagneraient également, dit-on. Faux, puisque l’un vend, l’autre achète ! A une exception néanmoins : un calcul de la valeur ajoutée produite à l’euro près et un partage transparent pour que chacun des deux partenaires s’en octroie la moitié précise !
Faut-il pour autant supprimer le mot partenariat du dictionnaire économique ? Probablement pas ! Mais, à tout le moins, lui donner un sens plus réaliste à défaut d’être plus juste. Un partenariat économique n’est finalement, au mieux, qu’une relation d’affaires sans heurt. Et certainement pas le partage équitable de la valeur ajoutée produite par la relation. Lequel n’est qu’un concept fumeux pour économiste de salon, tout aussi éloigné de l’économie «réelle» qu’un trader de la City.
Olivier Dauvers

TGC108LES FAITS. Casino et Galeries Lafayette sont actuellement engagés dans une guerre de tranchées. Au point de s’assigner mutuellement en justice. En cause : la gouvernance et la valorisation de Monoprix.

C’est l’histoire de deux «partenaires» qui s’étaient engagés dans un accord «profitable». Casino et Galeries Lafayette s’aimaient si fort… Et le fruit de leur alliance – comprendre Monoprix – ne pouvait que prospérer à l’ombre d’une entente si cordiale. C’était il y a quasiment dix ans. Une éternité. Depuis quelques semaines, Casino et Galeries Lafeyette se déchirent. Et en public qui plus est ! En témoigne une récente interview de Philippe Houzé, président du directoire des Galeries Lafayette. «Sur Monoprix, il n’y a pas à négocier», explique-t’il aux Echos. Et pourtant… Lorsque l’un des partenaires propose 700 millions d’euros pour racheter la participation commune, l’autre en demande 1,95 milliard tout en s’avouant prêt à transiger à 1,35 milliard.

Casino–Galeries Lafayette : le conflit était inscrit dans l’accord

N’en déplaise aux belligérants, la guerre ouverte entre Casino et Galeries Lafayette a un effet collatéral… extrêmement positif ! Elle affadit singulièrement un concept économique trop souvent érigé en dogme : le partenariat. Une si belle idée que certains – probablement saisis d’un enthousiasme naïf – vont parfois jusqu’à qualifier de «gagnant-gagnant», voire de «win-win» comme pour lui donner la force de l’universalité anglo-saxonne. C’est hélas oublier l’évidence que rappellent Casino et Galeries Lafayette. Le partenariat est, par construction, un non-sens économique dès lors que les intérêts des deux partenaires ne sont pas parfaitement en ligne. Dès l’origine, l’accord Casino-Galeries Lafayette portait les germes d’une mésentente courtoise (au mieux) ou d’un conflit plus âpre (au pire). L’un avait en effet la possibilité d’acheter à l’autre sa participation dans Monoprix et l’autre de la vendre. Or l’achat et la vente s’opposent par principe, ne serait-ce que parce que toute transaction se solde par un coût pour l’acheteur, une recette pour le vendeur. Et, hormis pour quelques idéalistes des relations économiques, à l’heure d’arrêter les comptes, l’euro l’emportera toujours sur la bien-pensance. Regrettable ? Peut-être. Mais tristement réaliste. L’encre du contrat n’était donc pas encore sèche que l’intérêt de Casino (acheter le moins cher possible) s’opposait à celui de Galeries Lafayette (valoriser au mieux sa participation).

Supprimer le partenariat du dictionnaire économique ? Non ! Mais mieux le définir…

Il en va évidemment de même pour toutes formes de relation commerciale. Et notamment des «partenariats» entre enseignes et fournisseurs, particulièrement évoqués dès lors qu’il s’agit de marques de distributeurs. L’enseigne et son fournisseur y gagneraient également, dit-on. Faux, puisque l’un vend, l’autre achète ! A une exception néanmoins : un calcul de la valeur ajoutée produite à l’euro près et un partage transparent pour que chacun des deux partenaires s’en octroie la moitié précise !

Faut-il pour autant supprimer le mot partenariat du dictionnaire économique ? Probablement pas ! Mais, à tout le moins, lui donner un sens plus réaliste à défaut d’être plus juste. Un partenariat économique n’est finalement, au mieux, qu’une relation d’affaires sans heurt. Et certainement pas le partage équitable de la valeur ajoutée produite par la relation. Lequel n’est qu’un concept fumeux pour économiste de salon, tout aussi éloigné de l’économie «réelle» qu’un trader de la City.

Olivier Dauvers

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