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Bretagne : l’écotaxe n’est qu’une goutte d’eau
LES FAITS. Le Premier Ministre reçoit ce matin les élus de la région Bretagne pour apaiser les tensions nées de la prochaine entrée en vigueur de l’écotaxe.
Les jours passent, la colère bretonne ne désarme pas. Dans un rare (et vraiment touchant…) œcuménisme, paysans, industriels et distributeurs sont littéralement vent debout contre l’écotaxe. Ne leur en déplaise, et parce que l’honnêteté intellectuelle l’impose, l’écotaxe n’est, en l’état, qu’une goutte d’eau. La quarantaine de millions d’euros qu’elle doit générer est à rapporter,                 par exemple, au chiffre d’affaires de la filière alimentaire, supérieur à 20      milliards d’euros (selon Bretagne Développement Innovation) ou au PIB breton, proche des 80 milliards (selon le Conseil Régional citant l’INSEE).
L’agro-alimentaire breton
est chancelant, donc menacé,
par toute nouvelle ponction
Pour autant, le poids très relatif de cette écotaxe sur l’économie bretonne ne la rend pas nécessairement indolore. Et c’est bien là le nœud du problème dont a hérité l’actuel gouvernement sur une idée (et un vote !) du précédent. En Bretagne, la filière alimentaire, incluant producteurs et transformateurs, est objectivement sinistrée. Les faits sont, à cet égard, incontestables. En dix ans, les marges ont été divisées par deux selon les calculs de Jean-Paul Simier, économiste et directeur de Bretagne Développement Innovation. Ce qui, forcément, signe un état de crise structurelle avec ses inévitables stigmates : les difficultés de Doux, Gad, Marine Harvest, Tilly-Sabco, etc.
C’est précisément parce que le modèle breton est chancelant, voire exsangue dans certaines filières, qu’il est menacé par toute nouvelle ponction. En ce sens aussi, l’écotaxe n’est symboliquement qu’une goutte d’eau. Une goutte néanmoins suffisante pour faire déborder le vase de la colère.
Un modèle agricole basé
sur la compétitivité, mis à mal
par des distorsions
de conditions de production
Historiquement, la Bretagne a assis son modèle agricole et agro-alimentaire sur la quête de la performance en amont. L’extraordinaire progrès agricole, qu’il s’agisse de génétique, de techniques d’élevage ou de pratiques culturales a permis d’alimenter en quantité, en qualité et à bon prix un tissu industriel dont une part appartenait d’ailleurs aux paysans eux-mêmes, organisés en coopératives. Dit autrement, et parce qu’on attendait de la région qu’elle contribue grandement à l’auto-suffisance alimentaire du pays, la Bretagne a  fait le choix de la compétitivité dès l’origine de son histoire agricole contemporaine
Mais depuis une vingtaine d’années, une série de décisions (comme de renoncements) politiques ont lentement mais très sûrement écorné le potentiel compétitif de la région. Un exemple parmi d’autres, hélas : l’élargissement de l’Union Européenne s’est trop souvent traduit par autant d’exceptions aux règles qui s’imposaient par ailleurs aux paysans français. Conséquence : des distorsions criantes dans les conditions de production, qu’elles soient fiscales, sociales ou environnementales. Résultat : à mesure qu’émergaient de “nouvelles” agricultures à l’Est de la France (en clair dès la frontière allemande !), l’Ouest agricole s’étouffait peu à peu. Et, accessoirement, se trompait de coupable, désignant à la vindicte la grande distribution, avec la complicité de la puissance publique, trop heureuse de voir sa propre responsabilité passée sous silence.
Face à ces nouveaux concurrents européens et leurs indéniables avantages compétitifs, les Bretons ont pris les coups et comprimé leurs coûts pour conserver leurs marchés. Mal éclairés, besogneux et légalistes, ils ont courbé l’échine. Jusqu’à ne plus pouvoir se relever. Sauf, à présent, pour se révolter. D’où ces bonnets rouges dans les manifestations (en souvenir de la révolte anti-fiscale des Bretons de 1675). Comme leurs ancêtres qui obtinrent partiellement gain de cause, les bonnets rouges version 2013 ont quelques chances d’infléchir la position d’un gouvernement aux abois. Reste qu’ils n’en auront pas pour autant remis la Bretagne alimentaire sur pied. Car, au risque de se répéter, l’écotaxe n’est (presque) pour rien dans le malaise breton.
Olivier Dauvers

TGC 129LES FAITS. Le Premier Ministre reçoit ce matin les élus de la région Bretagne pour apaiser les tensions nées de la prochaine entrée en vigueur de l’écotaxe.

Les jours passent, la colère bretonne ne désarme pas. Dans un rare (et vraiment touchant…) œcuménisme, paysans, industriels et distributeurs sont littéralement vent debout contre l’écotaxe. Ne leur en déplaise, et parce que l’honnêteté intellectuelle l’impose, l’écotaxe n’est, en l’état, qu’une goutte d’eau. La quarantaine de millions d’euros qu’elle doit générer est à rapporter, par exemple, au chiffre d’affaires de la filière alimentaire, supérieur à 20 milliards d’euros (selon Bretagne Développement Innovation) ou au PIB breton, proche des 80 milliards (selon le Conseil Régional citant l’INSEE).

L’agro-alimentaire breton est chancelant, donc menacé par toute nouvelle ponction

Pour autant, le poids très relatif de cette écotaxe sur l’économie bretonne ne la rend pas nécessairement indolore. Et c’est bien là le nœud du problème dont a hérité l’actuel gouvernement sur une idée (et un vote !) du précédent. En Bretagne, la filière alimentaire, incluant producteurs et transformateurs, est objectivement sinistrée. Les faits sont, à cet égard, incontestables. En dix ans, les marges ont été divisées par deux selon les calculs de Jean-Paul Simier, économiste et directeur des filières alimentaires de Bretagne Développement Innovation. Ce qui, forcément, signe un état de crise structurelle avec ses inévitables stigmates : les difficultés de Doux, Gad, Marine Harvest, Tilly-Sabco, etc.

C’est précisément parce que le modèle breton est chancelant, voire exsangue dans certaines filières, qu’il est menacé par toute nouvelle ponction. En ce sens aussi, l’écotaxe n’est symboliquement qu’une goutte d’eau. Une goutte néanmoins suffisante pour faire déborder le vase de la colère.

Un modèle agricole basé sur la compétitivité, mis à mal par des distorsions de conditions de production

Historiquement, la Bretagne a assis son modèle agricole et agro-alimentaire sur la quête de la performance en amont. L’extraordinaire progrès agricole, qu’il s’agisse de génétique, de techniques d’élevage ou de pratiques culturales a permis d’alimenter en quantité, en qualité et à bon prix un tissu industriel dont une part appartenait d’ailleurs aux paysans eux-mêmes, organisés en coopératives. Dit autrement, et parce qu’on attendait de la région qu’elle contribue grandement à l’auto-suffisance alimentaire du pays, la Bretagne a  fait le choix de la compétitivité dès l’origine de son histoire agricole contemporaine

Mais depuis une vingtaine d’années, une série de décisions (comme de renoncements) politiques ont lentement mais très sûrement écorné le potentiel compétitif de la région. Un exemple parmi d’autres, hélas : l’élargissement de l’Union Européenne s’est trop souvent traduit par autant d’exceptions aux règles qui s’imposaient par ailleurs aux paysans français. Conséquence : des distorsions criantes dans les conditions de production, qu’elles soient fiscales, sociales ou environnementales. Résultat : à mesure qu’émergaient de “nouvelles” agricultures à l’Est de la France (en clair dès la frontière allemande !), l’Ouest agricole s’étouffait peu à peu. Et, accessoirement, se trompait de coupable, désignant à la vindicte la grande distribution, avec la complicité de la puissance publique, trop heureuse de voir sa propre responsabilité passée sous silence.

Face à ces nouveaux concurrents européens et leurs indéniables avantages compétitifs, les Bretons ont pris les coups et comprimé leurs coûts pour conserver leurs marchés. Mal éclairés, besogneux et légalistes, ils ont courbé l’échine. Jusqu’à ne plus pouvoir se relever. Sauf, à présent, pour se révolter. D’où ces bonnets rouges dans les manifestations (en souvenir de la révolte anti-fiscale des Bretons de 1675). Comme leurs ancêtres qui obtinrent partiellement gain de cause, les bonnets rouges version 2013 ont quelques chances d’infléchir la position d’un gouvernement aux abois. Reste qu’ils n’en auront pas pour autant remis la Bretagne alimentaire sur pied. Car, au risque de se répéter, l’écotaxe n’est (presque) pour rien dans le malaise breton.

Olivier Dauvers

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