Le , par
Ce matin aux États Généraux de l’Alimentation

EGA

Direction le Ministère de l’Agriculture ce matin. A la demande des deux co-présidents (Serge Papin pour Système U, François Eyraud pour Danone), j’interviens dans le cadre de l’atelier 5, sans doute le plus difficile de cette première session. Le thème ? “Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs”. Mon intervention, au même titre que celles de l’Observatoire des prix et des marges et du service statistiques du Ministère, vise à poser quelques éléments du débat qui doit se nouer ensuite entre la cinquantaine de participants. Et elle s’inscrit dans le cadre du Think Tank agroalimentaire des Echos que je dirige depuis trois ans (revoir nos recommandations 2017 ici).

Je n’en suis en rien responsable mais le libellé de l’atelier est fort subtil… C’est en tous les cas ainsi que j’apporterai la contribution du Think Tank. Rendre des plus rémunérateurs induit, par principe, d’aller plus loin que simplement améliorer les prix d’achat des produits agricoles. En effet, rendre des prix plus rémunérateurs ouvre aussi la porte à une baisse des coûts et à une meilleure gestion de la volatilité (tout en intégrant la hausse des prix, naturellement). Autant de sujets sur lesquels les trois années de travaux du Think Tank ont produit des recommandations. Sur les coûts par exemple, une partie du différentiel de compétitivité entre les matières premières selon leur origine n’est pas lié aux agriculteurs eux-mêmes ou à leur technicité mais bien aux distorsions existantes dans les conditions de production entre pays. Sur la volatilité, les à-coups dans les prix pénalisent la visibilité des exploitants, donc leur capacité à investir et, in fine, leur compétitivité. Bien sûr, il faudra ensuite s’assurer que les gains de compétitivité puissent demeurer pour partie au stade amont, faute de quoi ils n’amélioreront pas le revenu agricole. En clair, le sujet est autrement plus multi-facettes que la simple augmentation des prix d’achat. D’ailleurs, le pire de ces États Généraux serait qu’ils accouchent de “prix politiques” et non d’une approche “économique”…  

Evidemment, certains vont manquer de s’étrangler en apprenant ma présence dans ces États Généraux ;-) Et comme ils me citent nommément, je peux aussi y aller, au moins pour les deux qui ont les propos les plus durs, ad hominem. D’abord Olivier Mevel pour lequel je ne serais que le porte-parole de – je cite – “la main invisible qui [me] nourrit“. Pour pour mal comprenants : Leclerc. Second contributeur au tweet-bashing : Thierry Roquefeuil, le président des producteurs laitiers. J’ai apprécié à sa juste mesure sa capacité à résumer ma pensée en moins de 140 caractères : “L’enfumage de Mr Dauvers qui travaille pour les Gms à la veille des EGA montre bien que l’aval ne veut tjs pas se remettre en cause !!“. Evidemment, je suis flatté de tant de bienveillance, d’autant que, l’an dernier, j’avais convié les deux à rejoindre les travaux du Think Tank, considérant que la réflexion s’enrichit toujours par la confrontation des points de vue. Aux deux – et à ceux qui les écoutent – je voudrais rappeler en premier lieu que, non, hélas pour leur pseudo-démonstration, les distributeurs ne sont pas les principaux contributeurs à la TPE Dauvers. A l’image – je le pense ou je le sais ! – de mes camarades de Linéaires ou LSA par exemple, le poids des industriels dans notre activité est supérieur. Et pan, tant pis pour le raccourci chers Olivier et Thierry. Peut-être plus cocasse, je dois confesser avoir déjà été rémunéré par d’importantes coopératives agricoles ou sections départementales de la FNSEA ou des Jeunes Agriculteurs pour partager des vues et des convictions sur le commerce. Je suis vraiment confus de vivre sur le dos de ceux que… j’enfume. Ensuite, je ne peux que les inviter à mieux suivre la totalité de notre production éditoriale. Je n’ai pas la sensation d’être systématiquement (et par principe) tendre avec les enseignes… Loin s’en faut. En revanche, j’assume une totale liberté de pensée. Et, ce matin encore, j’ai bien l’intention de continuer.