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Géant Casino / Leclerc : une rumeur n’est pas une info (mais c’est plus qu’une rumeur quand même…)

Leclerc GéantLa “bombe” lâchée par Capital ce midi a produit son onde de choc. Leclerc négocierait donc avec Casino l’acquisition de 60 hypers Géant. Dans tous les états-majors, c’est le sujet le plus commenté du jour. Et même si le conditionnel demeure de mise, allons-y aussi pour quelques commentaires ! 

1/ D’abord, pour donner crédit à ce qui n’est encore qu’une rumeur, il est évident – au moins depuis le début de l’année – que Casino est vendeur de bien davantage que les 20 hypers Géant annoncés initialement… Ceux qui lisent VIGIE GRANDE CONSO connaissent depuis longtemps le pari que j’y ai pris sur le sujet (notamment ici) ! Faute d’avoir relancé réellement Géant par la baisse des prix, Casino a mieux à faire que de soutenir un réseau non rentable. Et ce qui est vrai pour l’essentiel du parc hypers l’est aussi pour les supermarchés non urbains. Donc que Casino soit vendeur est une évidence, surtout désormais que le groupe est confronté à l’urgence du désendettement. 

2/ Le “move” stratégique de Jean-Charles Naouri est plus que fondé. En alimentaire, Casino tourne le dos au mass-market depuis environ 2 ans. En se concentrant sur ses enseignes premium (Monoprix / Franprix) et les emplacements premium de ses enseignes HM/SM, Jean-Charles Naouri construit de facto un nouveau groupe en déconstruisant l’ancien. Plus petit mais… plus rentable. Au passage, il affaiblit indirectement Carrefour qui, tôt ou tard, sera aussi contraint de céder des sites structurellement non rentables. A ce moment là, il y aura mécaniquement moins d’acheteurs car les indépendants (pas uniquement Leclerc) seront en pleine digestion des actifs de Casino. Car il va sans dire que Système U et Intermarché regardent aussi le dossier supermarchés. Et pendant ce temps-là, Auchan voit son partenaire à l’achat maigrir… 

3/ Quelle revanche pour les indépendants… Il y a encore quelques années, ils étaient pointés comme le maillon faible du retail français. Forcément promis à se faire avaler par les groupes intégrés, à l’heure où le métier se financiarisait de plus en plus. C’est finalement l’inverse qui se produit. Leur propre dynamique commerciale (intrinsèque au modèle indépendant) a nourri la “top line” (comprendre : le CA) qui a à la fois permis de soutenir des investissements dans les actifs tout en maintenant la “bottom line” (le résultat). Conséquence : Leclerc, Système U et dans une moindre mesure Intermarché ont une qualité d’actif nettement supérieure aux intégrés et des positionnements prix inférieurs. Donc difficilement attaquables par des magasins… moins bien et plus chers ;-)

4/ Il y a en outre une revanche toute particulière pour Leclerc. En 2013 et dans les années qui ont suivi, c’est à lui que Géant a tenté d’arracher le totem d’enseigne la moins chère. Ponctuellement, Géant y est parvenu, obligeant Leclerc à remettre les gaz, secouant par ricochet tout le marché. Moralité : Géant est donc à la fois la cause de la guerre des prix actuelle et la première victime de l’époque. Et pour ceux qui ont de la mémoire, c’est une encore autre revanche pour Leclerc : en 1991, le groupement avait échoué à racheter Montlaur, devancé in extremis par Carrefour. Là, je n’imagine pas un instant – mais alors pas un instant – que, cette fois-ci, Carrefour puisse sur-renchérir pour coiffer MEL au poteau. Là encore, signe des temps. 

5/ D’évidence, si l’opération Leclerc / Géant se concrétise, Géant disparaîtra. Impossible de soutenir une enseigne ne comptant qu’une vingtaine ou une trentaine d’unités. Mais, là encore, j’ai pris un pari dès janvier (ici). A terme, la vingtaine d’hypers serait rebaptisée Casino pour l’alimentaire et Cdiscount pour le non-al. 

6/ Enfin, se poserait quand même la question de la capacité de Leclerc de “digérer” une telle acquisition. Si la digestion économique n’est probablement pas un souci (l’argent est facilement disponible aujourd’hui et la croissance de CA évidente), la digestion humaine et organisationnelle est automatiquement plus périlleuse. Leclerc dispose certes d’un vivier de postulants mais la proie est d’importance pour une coopérative.