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J’ai lu la bio de Gérard Mulliez (et j’ai adoré)

A ma connaissance, c’est la première vraie biographie de Gérard Mulliez, le créateur d’Auchan. Et pour cause… L’homme n’est pas du genre loquace (à mon niveau, c’est par exemple le patron que j’ai croisé le moins souvent depuis 1990). Non seulement discret, mais pas franchement avenant avec les journalistes 😉. Là, la « plume » était familiale, donc plus acceptable : Margaux, la petite-fille, raconte Gérard, le grand-père. 

Évidemment, il ne fallait pas attendre une distance critique avec l’homme ou avec l’œuvre, c’est le jeu. Mais l’intérêt de l’exercice est ailleurs : rebalayer plus de 60 ans d’histoire par le prisme de celui qui l’a écrite. Car Auchan est une véritable histoire du commerce et de la conso. Et c’est aussi pour ça que j’ai adoré (et que j’en recommande la lecture). 

On suit Gérard, enfant, dans son premier commerce : les œufs. Puis dans l’usine Phildar de son père où il laissera deux doigts. Sur la route de Landerneau et de Sainte-Geneviève des Bois pour y rencontrer respectivement Édouard Leclerc et Marcel Fournieur (fondateur de Carrefour). Leclerc lui montrera ses factures d’achat, le convaincant que le premier sou gagné l’est à l’achat. On découvre aussi Gérard apeuré par l’avion, rebelle vis-à-vis de sa famille à laquelle il impose de partager la propriété de l’affaire via l’actionnariat salarié et aussi Gérard… numérologue ! Tous ceux qui l’ont rencontré peuvent en témoigner : sa première question, derrière son bureau, est votre date de naissance pour calculer votre « chiffre ».

Plus surprenant, on découvre aussi les difficultés des débuts. A la différence de Carrefour (dont le succès a été immédiat à Sainte-Geneviève des Bois), Auchan a sérieusement patiné les premières années. Au point d’inquiéter la famille… Gérard père menaçant même de couper les vivres à Gérard fils. Lequel avait négligé… le discount. C’est le jour où il a compris qu’il fallait casser les prix (donc donner une raison de venue aux clients) qu’Auchan a changé d’échelle. Ouvertures sur ouvertures et, surtout, de plus en plus grand, comme s’il n’y avait pas de limite à la performance. C’est Marcel Fournier qui l’aide à comprendre la puissance du discount. En échange, les deux signent un pacte de non agression : Mulliez ne chassera pas sur les terres de Fournier, à l’époque Paris et Lyon. C’est aussi Marcel Fournier qui lui donne les plans de ses grands hypermarchés pour lui faciliter la tâche. Le succès d’Auchan tient donc pour partie de Carrefour !

60 ans plus tard, on découvre aussi comment Gérard savonnera la planche de l’AFM (l’Association Familiale Mulliez) qui penchait justement pour un mariage avec Carrefour. Mais comme je veux pas spoiler, j’vous laisse le découvrir !

Gérard Mulliez, l’épopée du fondateur d’Auchan. Par Margaux Mulliez, Editions Grasset, sortie mercredi 4 février. 

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